‹ Observations sur quelques types de réaction simpleChapitre 1 sur 12 · GENÈVE · texte numérisé non relu

GENÈVE

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Corraterie, 3, et rue Centrale, 1.

Genève. — Imprimerie Rky & Mala vallon, Pélisserie, 18.

DE

(Communiqué à la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève dans sa séance du 19 mars 1896 )

Depuis une dizaine d'années que la distinction entre la réaction sensorielle et la réaction motrice a été introduite dans îa science par Ludwig Lange', de nombreux auteurs ont touché ce sujet % sans que les psychologues aient jusqu'ici réussi à se mettre d'accord sur la signification véritable et la portée de cette distinction.

Lange lui-même inclinait à y voir une sorte de loi générale ; conformément aux résultats les plus frappants de ses recherches, il admit que, chez tout individu normal, la concentration de l'attention sur le mouvement de réponse convenu abrège notablement la réaction simple et la rend de plus en plus automatique, tandis qu'en se portant sur le signal sensoriel attendu, la pensée ralentit la réaction qui reste alors pleinement consciente et volontaire. Il avait bien rencontré des personnes qui, en dépit de l'exercice et de la meilleure volonté du monde, n'arrivaient point à manifester d'une façon constante la différence caractéristique des deux genres de réaction. Mais il regarde ce fait comme une anomalie due à leur nervosité qui les

^ L. Lange. Neue Expérimente uher den Yorgdng der einfachen Reac' tion auf Siuneseindrûcke, Phil. St^flien IV, p. 479.

* Outre les noms de Lange et de Wundt, il me faudrait rappeler ici ceux de Baldwin, v. Biervliet, Binet, Bliss, Cattell, Dessoir, Dwelshauvers, Hill et Watanabe, Kiilpe, Marti us, Munsterberg, Titchener, — et présenter mes excuses à tous ceux que j*oublie.

empêcherait de concentrer leur attention dans une direction déterminée, et il n'estime pas que la psychologie normale ait à prendre en considération les résultats obtenus « dans cet état évidemment maladif* » dont les meilleurs sujets peuvent d'ailleurs se trouver momentanément affectés. On a toutefois cité depuis lors bon nombre de cas, opposés à la règle de Lange^ où cette hypothèse d'une distraction pathologique est inadmissible,, en sorte que la question reste ouverte de savoir si cette règle peut encore prétendre à la valeur normative exclusive qui lui a été accordée, ou s'il n'y a pas d'autres modes de réaction tout aussi constants et réguliers, quoique peut-être plus rares. Dans le cas où plusieurs types différents viendraient à se partager le domaine ordinairement attribué au seul schéma de Lange, une tâche ultérieure serait, après avoir défini ces diverses formes de réaction, de rechercher d'où elles dérivent et si on peut les rattacher à d'autres particularités psychophysiologiques, telles que la nature des images verbales, etc.

Ces deux questions — l'existence d'autres types normaux que celui de Lange, et la connexion de ces divers types de réaction avec les variétés du langage intérieur, — font précisément l'objet de la discussion fort intéressante et instructive actuellement pendante entre M. Baldwin, l'ardent promoteur de la théorie des types, et M. Titchener, qui défend avec autant d'énergie que de compétence le point de vue de l'école de Leipzig, selon lequel les cas contrevenant à la loi de Lange n'ont guère que la valeur des exceptions qui justifient la règle ^

Mon intention n'est point d'intervenir directement dans ce débat, car on ne pourrait s'y risquer avec quelque chance de succès qu'en ayant par devers soi des observations beaucoup plus nombreuses et plus étendues que celles dont je dispose. Lange a en effet bien donné à entendre que l'opposition senso-^ rio-musculaire, telle qu'il la décrit, n'apparaît dans tout son relief que chez les individus déjà parvenus à un certain degré d'exercice et d'habitude. Malheureusement ce degré indispensable n'est pas une quantité assignable avec précision ; on ne

^ Loc. cit. p. 495.

2 Voir les phases les plus récentes de cette discussion dans les articles ^suivants : Titchener, Simple Reactions. Mind, janvier 1895, p. 74. — Paldwin, Types of Reaction. Psychol. Review, Mai 1895, p. 259. —Titchener, The Type-Theory ofthe simple Reaction. Mind, oct. 1895, p. 506. — Baldwin, The Type-Theory of Rea^ction. Mind, janv. 1896, p. 81.

sait jamais si on peut le considérer comme atteint, de sorte qu'un partisan décidé de la valeur absolue de la loi de Lange pourrait toujours se retrancher derrière le vague de cette réserve et opposer une fin de non-recevoir aux exemples contrai- 4*es, en arguant du fait que les essais tentés sont sans doute ^.ncore insuffisants dans le cas donné, et qu'en les poussant plus loin on verrait peut-être rentrer dans la règle l'exception apparente du début. Pour résoudre définitivement la question, il faudrait donc poursuivre les expériences jusqu'à ce que tous les sujets réfractaires fussent à force d'exercice ramenés à la loi commune, ou que décidément il ne fût plus raisonnablement possible d'attribuer les exceptions à des circonstances accidentelles et à un défaut d'habitude. J'ai échoué plusieurs fois dans la première de ces tentatives, mais il est clair que je ne prétends point avoir dans ces cas-là réalisé la seconde condition, qui, en vertu de son élasticité, restera toujours atiaire d'appré- <5iation personnelle. Tout ce que je puis par conséquent affirmer €'estque, quelle que soit (ce que j'ignore) la valeur de la loi de Lange lorsqu'il s'agit de sujets absolument rompus aux expériences de réaction et arrivés à l'apogée de l'accoutumance et de l'entraînement, elle n'est du moins pas d'une valeur générale chez les novices, même en étendant ce terme aux personnes ayant fourni bien des centaines de réactions en quelques semaines. Or ce sont ces novices auxquels je me suis trouvé avoir affaire dans l'enseignement pratique, et force m'a bien été, en constatant qu'ils ne se pliaient pas tous à la loi de Lange, de les répartir en divers groupes selon leur façon de se comporter dans des expériences de réaction identiques. On conviendra qu'à moins de vouloir restreindre la psychologie à n'avoir pour objet que l'âme des psychologues de profession déjà dûment formés, entraînés, et figés, il faut pourtant bien tenir compte des différences qu'on rencontre dans le vulgiim pecm des commençants et y introduire quelque classification, toute empirique d'ailleurs et sans préjudice des réductions savantes qu'on y pourra peut-être opérer ultérieurement.

Je me propose simplement, dans ce travail, d'indiquer les types qui se sont présentés à moi avec le plus de netteté en mesurant des réactions au laboratoire de Uenève, et de donner un exemple caractéristique de chacun. Sans accorder à ces recherches, je l'avoue, toute la sollicitude qu'elles mériteraient si elles étaient le but essentiel de la vie humaine, j'ai fini par récolter

à diverses reprises, eu quatre aus, plus de vingt-cinq mille temps de réaction sur environ soixante-dix étudiants des deux sexes, dont quelques-uns m'en ont donné jusqu'à deux mille et tant, et d'autres à peine une cinquantaine, au gré de leur patience — ou de la mienne. Ces documents, assez inégaux à première vue, présentent cependant une unité de méthode qui permet de les comparer entre eux avec quelque profit. Toutes ces réactions ont été prises et leurs moyennes calculées par moi-même, dans des conditions que j'ai visé à conserver aussi uniformes et constantes que possible. J'ai assez promptement abandonné le chronoscope de Hipp (dont je ne me sers plus qu'exceptionnellement, dans un but de démonstration) parce que n'ayant pas d'instrument de contrôle autre que l'ancien « appareil de chute », ni surtout de cabine d'isolement pour le patient comme c'est la coutume dans les laboratoires mieux organisés, le maniement bruyant et compliqué du chronoscope avait des inconvénients que ne rachetait point l'exactitude fort illusoire de ses millièmes de seconde. Toutes les réactions citées plus loin ont été prises avec le chronomètre de d'Arsonval, le sujet étant assis à peu près en face de moi et les yeux fermés (sauf, cela va sans dire, pour les réactions aux impressions visuelles, où le départ de l'aiguille du chronomètre sert de signal), ce qui me'permet d'observer constamment son attitude, et de le questionner à loisir sur ses impressions subjectives après chaque groupe de réactions.

J'attache une importance capitale à cet interrogatoire, les données de la conscience du patient me paraissant être d'un intérêt bien supérieur pour la psychologie à toutes les mensurations objectives; s'il me fallait absolument opter entre les deux moitiés de l'investigation psychophysiologique, je renoncerais plus vite — horrïbile didu — au chronomètre qu'à l'introspection, et préférerais un sujet tapotant à vide sur la table mais sachant décrire ce qu'il éprouve et les images dont il se sert pour réagir le plus vite à son sentiment, plutôt qu'une belle série de chiiires, même exacts jusqu'au dix-millième de seconde, recueillis sans savoir ce qu'il y a derrière. Car les expériences de M. Martius', et d'autres après lui, ont montré qu'après tout, même en ces expériences de précision, la conscience n'est pas un aussi mauvais juge qu'on s'est plu à le dire au temps

1 Phil. Stud. VI, 199 et suivantes.

des grandes croisades contre V « ancienne psychologie ». J'ajoute que je ne partage pas la méfiance outrée de M. Wundt à l'endroit des novices. On sait que l'illustre fondateur de l'Institut de Leipzig, précisément parce qu'il met aussi les données de l'introspection au premier rang dans les études psychologiques, considère comme inutilisables, surtout pour les rectierches chronométriques, les personnes « non exercées ^ ». Cet ostracisme ne me semble pas complètement justifié. Il est incontestable qu'ici, comme en toute chose, l'exercice développe, affine, et fait fructifier les germes préexistants. Mais il ne crée rien. La sûreté et la richesse des informations psychologiques qu'on peut obtenir d'un patient m'ont toujours paru être bien moins une question d'exercice que de don naturel et d'aptitudes innées. Il y a tel commençant qui, dès la première séance et après une dizaine de réactions, vous fournira de ses impressions une analyse d'une délicatesse et d'une précision que vous attendrez vainement de tel autre individu dont au bout de plusieurs semaines d'expériences vous ne réussirez pas à tirer quoi que ce soit. Reste la part possible de l'invention, de la suggestion et de l'autosuggestion, dans ces analyses psychologiques des débutants ; mais il ne faut point se l'exagérer, et d'ailleurs le danger est-il moindre avec les sujets exercés, et l'ivraie de la broderie ue se développe-t-elle pas dans la même proportion que le bon grain de l'exacte observation sous l'influence de l'habitude et de l'entraînement? J'ai toujours observé que la confiance que m'inspirent ou que méritent les analyses de mes sujets, comme la netteté et l'abondance de ces analyses, dépend beaucoup plus de leur caractère et de leur tempérament intellectuel que de l'exercice.

Mon but principal étant d'observer l'influence de la direction de l'attention sur la rapidité de la réaction, la plus grande partie des temps mesurés ont été recueillis sous la forme de séries comparatives oîi ce facteur seul variait, toutes les autres circonstances restant les mêmes. Ce que j'entends par une série comparative se compose ordinairement de deux groupes successifs (quelquefois davantage), comprenant chacun une quinzaine de réactions (ce chiflïe n'a rien d'absolu) exécutées à la file, sous l'empire d'une certaine orientation mentale (.attention sensorielle, motrice, etc.) adoptée par le patient au début du

1 V. p. ex. Phil. Stud. X, p. 490.

groupe. Pour égaliser l'influence possible (en fait extrêmement faible) de la fatigue ou de l'entraînement au cours d'une même série, on renverse alternativement l'ordre temporel des groupes, et à une série commençant par exemple par l'attentiou sensorielle on en fait succéder une autre où c'est l'attention motrice qui vient en premier lieu. Les groupes à comparer, formant une même série, ne sont séparés que par un intervalle de quelques secondes, juste le temps nécessaire au sujet pour eflectuer le changement d'attention qu'on lui prescrit, lequel se traduit généralement au dehors par un changement plus ou moins frappant d'attitude corporelle (inclinaison de la tête, position de la main ou flexion du doigt chargé de réagir, etc.), et la série comparative totale, embrassant en moyenne une trentaine de réactions, ne dure que deux à trois minutes. Les séries ellesmêmes sont séparées par un temps de repos de longueur très variable, consacré à causer avec le sujet et à recueillir ses impressions comme je l'ai ditplushaut ; trois ou quatre séries, soit une centaine de réactions en moyenne, constituent le menu ordinaire d'une séance, qui peut d'ailleurs diflerer notablement, suivant les jours, d'après le loisir disponible ou l'état d'entrain ou de fatigue du sujet.

Ce procédé expérimental, s'accordant d'une façon naturelle avec l'usage du chronomètre de d'Arsonval, diftere notablement de celui qu'impose l'emploi du chronoscope de Hipp et dont le travail de Lange fournit un bon exemple. Dans ce dernier cas, chaque signal sensoriel était précédé, à un intervalle constant de une ou deux secondes, d'un avertissement indiquant au sujet d'avoir à rassembler son attention dans la direction convenue, et suivi d'un repos de 30 ou 40 secondes, pendant lequel la pensée du sujet avait le temps de se détendre complètement jusqu'à l'arrivée de l'avertissement suivant. Un groupe de 25 réactions, dans ces conditions, représente un quart d'heure de concentrations et de détentes alternatives. Le procédé quej'ai adopté, au contraire, — où les réactions d'un même groupe se suivent sans autre interruption que le temps nécessaire à relever le chiffre du chronomètre (c'est-à-dire 3 à4 secondes), et où les signaux successifs se servent les uns aux autres d'avertissement d'une régularité assez grande quoique point mathématique — exige du sujet le maintien continu d'une même attitude mentale pendant une minute environ, ce qui représente un effort parfois considérable. La régularité (faiblesse de la va-

riation moyenne) des temps obtenus pendant cette minute est un indice de la puissance et de la constance d'attention du sujet, et l'irruption plus ou moins fréquente de chiffres détonants au milieu des autres révèle les vagues de distraction, sans cesse refoulées avec un succès inégal, qui viennent inévitablement à la traverse de l'attitude mentale prescrite. On conçoit que cette capacité d'attention soutenue, et de résistance aux idées intercurrentes^ varie énormément selon les individus . Chez un sujet donné, elle dépend aussi beaucoup de l'orientation (sensorielle, motrice, etc.) imposée à sa pensée ; elle est en ce sens une caractéristique de la direction de l'attention ; aussi convient-il, pour bien apprécier les effets de cette dernière, de conserver, dans le calcul des moyennes et de la variation moyenne des divers groupes, tous les chiffres de chaque groupe (à l'exception du premier ou tout au plus des deux premiers, lorsque par leur valeur extrême ils manifestent une adaptation encore incomplète de l'attention). C'est la règle que j'ai suivie et dont je ne me suis départi que dans quelques rares circonstances exceptionnelles (telles que distractions dues à des incidents extérieurs imprévus).

Comme les chiffres figurant dans les tableaux suivants expriment des moyennes, on ne s'étonnera pas qu'ils donnent les temps do réaction en g ou millièmes de seconde selon l'usage, bien que le chronomètre de i'Arsonval n'accuse que le demicentième et puisse présenter des erreurs de 1 à 2 centièmes de seconde. Je n'attache aucune importance à la valeur absolue de mes chiffres, la seule chose essentielle ici étant leur valeur relative et plus particulièrement la différence S — M entre la moyenne des réactions sensorielles et celle des réactions motrices. En fait, les conditions des expériences n'ont point toujours été exemptes de modifications d'une séance et parfois d'une série à l'autre ; il y a eu au cours du temps des changements de manipulateur ; et quelques personnes ont, pour diverses raisons, réagi dans certaines séries avec l'index gauche, ou avec le médius, au lieu de l'index droit ordinairement chargé de cet oflSce. Mais le point capital auquel j'ai soigneusement pris garde, c'est que les groupes de réaction formant une même série comparative fussent toujours exécutés dans des conditions externes et internes aussi strictement identiques que possible, afin que le seul facteur variable d'un groupe à l'autre, à savoir la direction de l'attention, pût révéler sans ambiguïté ses effets dans

la diflérence obtenue S — M. On remarquera que dans les cas cités plus loin comme exemples, cette différence S — M est telle^ par sa constance ou sa grandeur, que sans attribuer une valeur absolue aux chiffres qui l'expriment, son existence et sa direction du moins peuvent être considérées comme certaines et hors des atteintes de toute-s les causes d'erreurs.

Sans parler des cas mixtes, ou mal déterminés faute d'expériences suffisantes, j'ai rencontré jusqu'ici une demi-douzaine de formes de réaction bien distinctes, qui se ramènent à quatre types principaux dont deux présentant une division secondaire. Ce sont : P le type moteur j comprenant le type moteur naturel et le type moi&av forcé ; 2° le type central; S** le type indifférent; 4° le type sensoriel^ subdivisé en visuomoteur et kinésomoteur,

A côté de ces formes données par l'observation, on peut naturellement en prévoir ou imaginer beaucoup d'autres, d'une égale possibilité logique, mais dont l'existence réelle reste une question de fait relevant exclusivement de l'expérience. Nos connaissances psychologiques et nos ignorances physiologiques (ou l'inverse si l'on préfère) sont telles en effet, à l'heure actuelle, qu'il est impossible de décréter a priori les procédés de réaction qui sont exécutables, utiles, ou parfaits, et ceux qui ne le sont pas. Car dans les expériences de réaction, il s'agit toujours d'attacher un mouvement déterminé à un signal sensoriel convenu, par une décision préalable, qui se renouvelle plus ou moins, ou dont l'effet se réalise tout seul, à l'arrivée du signal; or les divers processus mentaux ou, si l'on me passe l'expression, les tru£s par lesquels l'esprit s'acquitte de cette tâche, varient énormément, dans le détail^ d'une personne k l'autre, et ce serait beaucoup se hasarder que de prétendre assigner d'avance la limite de ces idiosyncrasies. Pour la conscience il n'existe pas de système nerveux ; il n'y a que des sensations et des images, des sentiments, des efforts d'attention, des actes de volonté, des états de distraction, etc. ; à tout cela, en vertu d'un parallélisme (d'aucuns disent d'une identité) aussi difficile à ne pas admettre qu'impossible à comprendre, l'écorce cérébrale répond par des distributions d'énergie, des changements de tension, des ouvertures et des fermetures de voies, bref par des excitations et des inhibitions qui retentissent sur tout le parcours reliant les organes des sens aux muscles en passant par le cerveau. Le plus simple serait assurément que chez tout

le monde la disposition organo-neuro-musculaire la plus favorable fut exactement liée au même contenu mental ; mais en fait il n'en est rien, et il paraît que, pour obtenir le même résultat pratique final, les divers individus, de par leur constitution héréditaire ou acquise, doivent fixer leur attention sur des images difierentes, c'est-à-dire innerver des plexus cérébraux difiérents.

Si l'on osait encore se représenter les mystères des centres nerveux à la mode de Descartes, on pourrait admettre que sur l'arc cortical sensorio-moteur, qui sert de tube à travers le cerveau dans les expériences de réaction, sont ajustés plusieurs robinets ou entonnoirs par oîi l'âme verse les esprits-animaux indispensables au fonctionnement de la machine ; mais que par suite de petites différences de fabrication, tous ces robinets ne jouent pas également bien chez les diverses personnes, en sorte que cela ne revient point au même que l'âme se serve de l'un plutôt que de l'autre : les esprits-animaux se tassent différemment dans tout le tube selon qu'ils sont introduits par ce boutci, ou par celui-là, ou par les deux à la fois, et la perméabilité totale de l'appareil s'en ressent. Mais la physiologie moderne réserve sans doute aux psychologues la surprise de conceptions tellement supérieures à ces vieux symboles, que je me hâte de quitter ce sujet pour aborder le rapide examen des divers types mentionnés tout à l'heure.

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