I. — Type Moteur ou Type de Lange
Ce n'est que justice de donner le nom de cet observateur à la modalité psychophysiologique, dont il a magistralement décrit le degré le plus élevé, où le sujet dispose à son gré de deux attitudes mentales entièrement différentes et réagit notablement plus vite quand son attention se porte sur le mouvement à exécuter que lorsqu'elle est dirigée vers le signal sensoriel.
Lange fixe ce raccourcissement à */„> de seconde environ. Je n'ai jamais rencontré de différence régulière aussi considérable, ce que j'attribue à une triple cause. D'abord mes sujets étaient peut-être moins entraînés que les siens. Il est probable en second lieu que cette valeur S — M diffère beaucoup d'un individu à un autre, et que loin d'être une sorte de constante commune à tout le monde, comme Lange paraît enclin à
l'admettre, elle représente au contraire un coeflBcieut personnel éminemment variable. Enfin et surtout je n'ai point adopté la prescription qui veut que dans l'attention sensorielle extrême le sujet attende pour réagir d'avoir pleinement et complètement aperçu le signal ; une telle condition ne fait qu'allonger d'une façon fort arbitraire le temps de réaction \ J'ai toujours donné la consigne de réagir aussi vite que possible, la différence essentielle entre les deux genres d'attention ne consistant point à mon avis dans le degré plus ou moins complet de Vapetxeption, mais dans la direction préalable de la pensée sur le signal ou sur le mouvement.
Il ne serait pas sans intérêt d'ordonner les individus appartenant au type de Lange suivant la valeur moyenne ou maximum que prend chez eux la différence S — M, et de chercher si cela correspond à quelque particularité de tempérament et de constitution. Mes documents sur ce point ne sont pas suffisants; tout au plus trahissent-ils une influence du sexe, en ce que je n'ai pas rencontré de cas chez les femmes oii S— M fût aussi élevé que chez certains hommes.
Au point de vue introspectif, le type de Lange réclame une subdivision fondée sur l'impression éprouvée par les divers sujets, qui se répartissent en deux catégories bien distinctes selon que l'un ou l'autre des deux procédés de réaction leur semble plus facile et donne un mouvement plus machinal.
1° Type moteur naturel. — Je désigne ainsi le cas où c'est l'attention motrice qui constitue l'attitude instinctive et préférée, que le sujet prend de lui-même pour réagir avec le maximum de vitesse et le minimum de peine, et par laquelle il s'achemine vers l'automatisme. En voici un exemple.
W^^ M. (Roumaine), étudiante en lettres, a fourrii, en quatre périodes échelonnées sur une durée de 1 '/a an. 1200 réactions, au nombre desquelles 3-i séries comparatives (25 auditives, 9 visuelles. Voir Tableau I). Elle se ratlache d'emblée au pur type de Lange, en ce que la consigne de faire attention au mouvement se manifeste subjectivement, dés la première série, par une sensation de contraction et de préparation musculaire dans le bras, avec raccourcissement objectif de 15 a dans la réaction. Les séries suivantes ne font qu'accentuer la distinction sensorio-motrice, dont le tableau, à l'introspection, peut se résumer ainsi :
1 Comp. Martius, Phil. Stutl. VI, p. 211-212.
RÉACTIONS .\UDiTiVES. — Attention sensorielle. Avant le sigaal : sensations auriculaires (tension et frémissement dans l'oreille droite oui est tournée du côté où frappe le marteau de Verdin) et orbitaires (elle sent ses yeux se tourner vers la droite) ; oubli complet du bras et du doigt qui réagira; ordinairement aucune image visuelle, par exception image vague du marteau ; sentiment d'inquiétude et de tension d'esprit dû à la crainte de se trouver en retard et aboutissant à des formules que Mi*« M. se répète mentalement (ea images motrices d'articulation), telles que : « Voilà... maintenant... vite, vite. . il faut réagir..., etc. »; quelquefois au contraire sa pensée se relâche et elle se livre à la contemplation esthétique du son attendu, qui lui paraît laid et désagréable. A l'arrivée du signal : l'index part tout seul, mais d'un mouvement exagéré et manquant de précision qui fait tressaillir M*^» iM. et attire son attention ; elle éprouve une surprise désagréable de cette réaction inattendue et disproportionnée, qui lui donne une secousse dans tout le bras et jusque dans le corps.
Attention motrice. Avant le signal, sensations kinesthésiques (de crispation dans le doigt et de tension musculaire dans l'avant-bras) et tactiles (de contact de l'index sur le bouton du manipulateur et de pression de la main et de l'avant-bras sur la table); ordinairement aucune image visuelle, rarement image de l'index; oubli complet de l'oreille, du marteau, du signal; pas d'inquiétude, aucune tension d'esprit; souvent pense à autre chose tout en sentant son bras préparé. A l'arrivée du signal, M"6 M. sent la réaction s'exécuter automatiquement, d'un mouvement instantané et précis qui n^. lui doune aucune secousse et ne la surprend pas, mais lui procure au contraire une impression agréable de réus-