Les profits microscopiques des écoles qu'elles tiennent
2. L'allocation du Gouvernement à l'asile des pénitentes, soit S600 ; 3. Le travail des religieuses ; 4. Les quêtes et les appels incessants à la charité publique. On comprend que, dans ces conditions, il faille y voir de très près pour équilibrer un budjet toujours très précaire et qu'une dépense additionnelle de quelques centaines de piastres puisse mettre en péril une partie de l'œuvre.
On pourrait poursuivre cette statistique pour toutes les communautés de la ville et on arriverait partout au même résultat : dépense intégrale de tous les revenus et absence complète de tout secours de la part de la ville.
Les communautés demandent donc le maintien de la loi actuelle, et cela surtout pour se protéger contre les mesures arbitraires de la Corporation. Depuis trente ou quarante ans, la Corporation leur a toujours fait payer de plus en plus cher l'eau qu'elle leur distribue. Elle a été même jusqu'à demander au Séminaire S4.000 par année. Un conseiller de ville poussa le lyrisme cette fois
jusqu'à dire que $10,000 n'était pas trop fort pour le Séminaire. Ce conseiller est maintenant dans l'autre monde ; que Dieu ait pitié de son âme !
Nous payons l'eau à sa valeur, plus qu'à sa valeur. Pourquoi donc veut-on nous faire payer plus cher encore, veut-on nous taxer ? Si on veut en venir là, qu'on le dise. C'est une question toute différente* et qui devra se discuter à part.
On dit que les communautés ne contribuent pas suffisamment aux revenus de la ville. Mais elles y dépensent tout ce qu'elles ont de ressources. On exempte de taxes un hôtel, une manufacture, parce qu'ils augmentent la circulation de l'argent. Fort bien. Mais quelle autre chose font donc les communautés religieuses ? De plus, ces hôteliers, ces manufacturiers s'enrichissent avec leur négoce, et c'est parfaitement juste. Mais les communautés, elles, ne s'enrichissent pas ; elles dépensent tout ce qu'elles ont, dans la ville et pour la ville ; c'est à peine si à la fin de chaque année elles peuvent attacher les deux bouts, et, après cela, on a encore le courage de dire qu'elles ne font pas assez pour la ville. Mais dans quel pays vivons-nous donc !
Que les communautés disparaissent un jour, les citoyens de Québec n'en seront pas plus riches et le trésor municipal se verra grevé d'obligations nouvelles qui lui feront une rude saignée. (Soins des malades, éducation, etc.)
La ville exploite véritablement le dévouement des prêtres et des religieuses qui font sa besogne, et elle veut encore que ces prêtres et ces religieuses lui payent à elle la permission de se dépenser gratuitement. En
d'autres termes, c'est un peu comme si elle exigeait des licences, achetées à prix d'argent, de gens qui remplissent pour rien et par dévouement une partie de ses obligations... Cela ne se voit pas partout.
On se plaint que la Corporation a perdu $5,000 l'année dernière par la loi des hydromètres. D'abord, elle n'avait pas droit à ces $.5,000, puisque, d'après cette loi, nous payons encore l'eau deux fois ce qu'elle vaut, et que l'eau n'a jamais été regardée même par les conseillers de ville, et cela d'après leur propre aveu, que comme une marchandise.
Mais cette prétendue perte n'existe que dans l'hypothèse où la Corporation aurait maintenue ses taux ridicules de 1893-1894. Or, elle a reconnu elle-même que cela devenait impossible puisqu'elle a accordé cette année aux Sœurs Grises un contrat pour cinq ans, à un taux qui dépasse à peine la moitié de ce que les religieuses avaient dû payer l'année précédente.
En supposant qu'on en eût agi ainsi pour les autres communautés, la prétendue perte de $5000 était réduite à moins de $3000.
On nous permettra de faire remarquer en passant combien la conduite de la Corporation à l'égard des Sœurs Grises est instructive pour les autres communautés. L'année dernière, ces bonnes religieuses ont payé $1400. Au dire des Messieurs de la Corporation, c'était encore bon marché. Or leur contrat porte qu'elles ne paieront plus désormais que $800. L'arbitraire crève les yeux. Dans cinq ans, les négociations seront à recommencer et si, cette année-là, le Conseil de ville est mal disposé, ou
mal composé, ce qui s'est déjà vu, les bonnes sœurs seront complètement à sa merci, si on modifie la loi dans le sens demandé aujourd'hui par le susdit Conseil.
Revenons au déficit de $3,000. Sur un budjet d'une centaine de raille piastres, qu'est-ce que cette somme ? Un rien, une quantité négligeable. Cela ne vaut pas la peine de tourmenter des gens qui, encore une fois, travaillent autant que n'importe quel citoyen pour le plus grand bien de la ville. Car après tout, tout n'est pas fait dans une ville, quand on a pavé, repavé ou élargi quelques rues, installé un télégraphe d'alarme, organisé une brigade de pompiers et une autre de gendarmes. Reste encore les intérêts moraux et intellectuels de la population, qui valent bien en importance le macadam et les pompes à incendie. Mais de ces grands intérêts, la Corporation ne s'est jamais occupée, et elle n'a pas l'air de vouloir s'en occuper de sitôt. Son rôle sur ce point est joué par d'autres qui y dévouent tout ce qu'ils ont de talents, de bonne volonté et de ressources. Et voilà si longtemps que les choses sont ainsi que la Corporation parait regarder comme mipossible qu'il en soit autrement. La Corporation en est même venu à croire, du moins on pourrait le supposer, qu'il y avait là une nouvelle source de revenus pécuniaires à exploiter ; que ces braves gens qui consacrent leur vie à travailler au bien moral de la ville étaient taillables et corvéables à merci. Voilà une curieuse manière d'envisager les choses.
Encore une fois, les communautés ne demandent pas l'eau gratuitement. Elles tiennent seulement à se mettre à l'abri de l'arbitraire. Elles veulent bien payer,
mais payer pour ce qu'elles dépensent. Elles ont la conscience de travailler assez efficacement au bien de la ville, pour avoir droit, de la part de celle-ci, à un acte de simple justice.