‹ Observations sur un ouvrage intitulé Histoire du Canada, etcChapitre 3 sur 14 · PRE PR AS · texte numérisé non relu

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Dans l’automne de 1845, un jeune prêtre français venait frapper à la porte du Séminaire de Québec; l’hospitalité lui fut offerte avec la bienveillance qui caractérise les membres de cette maison. La navigation étant sur le point de se fermer, le voyageur accepta l’cffre qu’on Ini fit de passer l’hiver dans l’ancienne capitale de la !‘:uvelle-France. Installé au milieu de ses confrères Canadiens, il ne tarda pas à dérouler devant eux l’objet de sa mission, et les plans qu’il avait conçus pour la régénération intellectuelle et religieuse des habitants de ce pays. Dans ce but, il se proposait d’établir une communauté de réguliers, dont il deviendrait le supérieur ; l’ordre de Saint Benoit était toutefois celui qui lui convenait davantage. Il avait même communiqué son dessein au Souverain Pontife, qui l’avait autorisé à fonder un institut de Bénédictins et à y admettre ceux qui consentiraient à devenir ses disciples. Pour appuyer ses prétentions à la dignité de premier abbé du futur monastère, il se déclarait l’auteur de deux ou trois romans imités de Chateaubriand, qu’il montrait avec complaisance ;

et de plus il distribuait gracieusement des cartes portant A2

une couronne de comte, et le nom aristocratique de ‘ Reverend Count Brasseur de Bourbourg. ”

Par malheur pour le projet favori de M. le comte, ces puissants moyens ne suffisaient pas à convaincre Mgr. Signay, Archevêque de Québec, qu’un jeune homme, ordonné prêtre depuis quelques mois, fût assez avancé dans la spiritualité et dans les études théologiques pour conduire une communauté de prêtres. Le vénérable prélat avait peine à concevoir qu’un romancier fût propre à former des Mabillon et des Ruinart: il comprenait encore moins que le Saint Père eût confié le droit de se créer abbé de l’ordre de St. Benoit à un individu qui ne connaissait les Bénédictins que pour les avoir rencontrés dans les rues de Rome. Quelques membres du clergé Canadien allaient plus loin ; ils se permettaient de taquiner le moine improvisé, sur sa supériorité future in partibus infidelium, et sur la protection dont il jouissait à Rome.

Avec des natures aussi peu progressives, les monastères de M. Brasseur devenaient des châteaux en Espagne ; force lui fut donc de replacer dans son porte-feuille ses plans magnifiques qui devaient élever le Canada au rang des pays civilisés. Les directeurs du Séminaire de Québec eurent pitié de M, le comte dans sa déconvenue ; pour l'empêcher de se regarder comme inutile, ils le prièrent d'entreprendre un cours d’histoire ecclésiastique, en faveur des jeunes élèves en théologie. Sans être un Rohrbacher, il put, en feuilletant et en compilant le grand ouvrage de cet auteur, parvenir sans encombre jusqu’à la huitième leçon. Mais un nouveau contre-temps vint obseurcir la gloire du savant professeur; le cours ne réussit pas, et les leçons cessèrent ; le titre de professeur d’histoire ecclésiastique au Séminaire de Québec n’en demeura pas moins attaché au nom de M. Brasseur. Il pouvait lui servir en Europe comme celui de comte lui avait servi en Amérique.

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Après cette seconde retraite, il n’eut plus qu’à s’occuper de recherches littéraires. Il aurait bien souhaité visiter les archives du Séminaire de Québec; mais, à son grand déplaisir, l’entrée en demeura fermée pour lui M. le comte n’est pas heureux sous ce rapport, car dans un fragment d’Histoire du Mexique, il avertit piteusement ses lecteurs que pareil contre-temps lui est advenu dans une collégiale mexicaine ; et il fait beau voir comme l’écrivain se grandit, pour laisser tomber sa verge avec plus de poids sur la tête des coupables. Gare au Séminaire de Québec! Cependant, il eut un peu plus de succès dans un autre quartier; il réussit à avoir accès aux archives de l’Archevêché, et put recueillir à la hâte quelques notes sur des documents incomplets, qu’il n’a pas toujours compris, et qu’il a interprétés plus tard dans un sens défavorable aux institutions catholiques du Canada. Plusieurs fois déjà ces documents avaient été examinés par des chroniqueurs, et aucun d’eux n’y avait encore trouvé l’occasion de calomnier les Evêques de Québec. Cette tâche était réservée à M. Brasseur.

Pendant six mois, il avait été hébergé par le Séminaire de Québec ; et durant ce temps le futur historien du Canada s’était occupé à loger dans ses cartons, des commérages, des rumeurs malveillantes mises en circulation par la haine de quelques sectaires fanatiques. Il réservait ces documents précieux, si propres “ à donner un caractère de vérité à ses récits?” pour couvrir de boue plusieurs des anciens directeurs de cette maison hospitalière, +t déverser le blâme sur les Evêques, sur le clergé, sur toute la population catholique du Canada.

A louverture de la navigation, M. Brasseur laissa Québec, connaissant le Canada et les Canadiens, comme un Anglais qui a passé vingt-quatre heures’ à Boulogne connaît la France et les Français. Il avait visité deux ou trois paroisses dans les environs de Québec, avait lu quelques

mémoires sur les affaires de la Nouvelle-France, et feuilleté quelques régistres de l’Archevêché de Québec ; mais il n’avait pu parcourir les campagnes, ni se mettre en rapport avec les populations rurales ; les archives des communautés et celles de la Province lui étaient entièrement inconnues. Pour écrire sur le Canada, avec les minces matériaux qu’il possédait, il se reposait principalement sur son imagination, espérant qu’elle lui aiderait à remplir les lacunes qui se rencontreraient dans ses connaissances historiques et topographiques. Elle ne lui a point fait défaut.

Pendant un séjour de quelques mois qu’il fit à Boston, il pria l’Evêque du heu de vouloir bien le nommer vicairegénéral de son diocèse, alléguant que ce titre lui serait d’un puissant secours, pour les recherches littéraires qu’il avait intention de continuer en Europe. Sa demande fut accordée ; mais depuis quatre ans il a cessé d’être vicairegénéral de Boston, quoiqu’il se quali:: de “ Grand-Vicaire de Boston, ancien professeur d’Histoire ecclésiasdique au Séminaire de Québec, membre de plusieurs s0ciétés savantes en Europe et en Amérique, etc., etc. ?” Cette longue enfilade de titres, si justement mérités, est ce que nos voisins les Yankees décorent pittoresquement du nom de “ humbug. ?” M. Brasseur connaît la valeur de ce mot. Nous tenons ces renseignements de sources offcielles.

Depuis sa rentrée en France, il paraît s’être occupé à coudre ses extraits inexacts et ses notes informes, entre des pages arrachées à Charlevoix, à Smith, à Garneau, à Montgomery Martin. Le résultat de ses veilles a été un roman historique, intitulé : ‘ Histoire du Canada, de son Eglise, et de ses missions, etc. ?

Au jugement de quiconque connaît tant soit peu l’histoire du Canada, ce travail est tellement défiguré par les omissions, les inexactitudes, les bévues grossières, les ap-

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