‹ Observations sur un ouvrage intitulé Histoire du Canada, etcChapitre 4 sur 14 · AS LT CL NN: M · texte numérisé non relu

AS LT CL NN: M

préciations fausses, que pour celui qui n’a déjà étudié l’histoire de notre pays, il est impossible d’y déméler le vrai d’avec le faux. Les dates sont souvent jetées au hasard, les faits dénaturés, les hommes jugés avec une partia lité qui dénote la légèreté et la mauvaise humeur. L’écrivain protestant Smith, adversaire acharné de la rare française et du catholicisme, s’est montré moins injuste envers le clergé et le peuple catholiques du Bas-Canada, que M. Brasseur de Bourbourg, dans la seconde partie de son ouvrage. Aussi cette œuvre mérite-t-elle, sous ce rapport, d’être accueillie avec joie par ceux qui haïssent les Canadiens-Français à cause de leur religion, de leur origine et de leur langue ; pour les amis de la vérité et de la justice, c’est un travail qui ne fait honneur ni au cœur, ni au Jugement de l’auteur. Voilà de bien graves reproches adressés à l’historien ; nous allons prouver qu’ils sont mérités.

Signaler toutes les erreurs et les omissions qui déparent cet ouvrage, serait une tâche bien longue et bien fastidieuse ; il suffira, pour en faire connaître la valeur, de choisir au hasard celles que nous avons aperçues à une première lecture.

Qu’on lise Charlevoix; et l’on remarquera la large part qu’occupe M. Le Moyne d’Iberville, dans le récit des guerres du Canada, vers la fin du règne de Louis XIV. Avec des forces bien inférieures, il chasse les Anglais de la Baie d'Hudson, détruit leurs vaisseaux, et s’empare de leurs forts ; il se rend maître de leurs principaux établissements dans l’île de Terre-Neuve ; il donne la chasse à leurs navires sur les côtes de l’Acadie et de la Nouvelle-Angleterre, et promène en triomphe le pavillon français sur toutes les mers de l’Amérique du Nord. En explorant les côtes qui bordent le golfe du Mexique, il découvre l’embouchure du Mississipi, et le premier remonte le grand fleuve sur un vaisseau. Plus tard il forme des établissements français dans ia Louisiane, où il laisse son

frère M. de Bienville, fondateur de la Nouvelle-Orléans. Le gouverneur de Saint-Domingue écrivait en 1699, à M. de Pontchartrain, que les vues et le génie de d’Iberville répondaient à sa valeur et à son habileté dans la guerre. D’Iberville laissa en mourant la réputation d’un des plus hardis partisans et des plus habiles marins que la France eût possédés dans ces temps.

Eh bien ! l’auteur a trouvé le moyen de ne pas le nommer. Il a fallu une rare habileté pour éviter de mentionner le nom de d’Iberville, lors même qu’on raconte quelques-uns des plus beaux faits d’armes de ce guerrier. Cette omission serait-elle due à ce que d’Iberville était Canadien ?

Mais voici une grave et impardonnable omission dans une histoire de l’Eglise du Canada : omission d’autant plus inexplicable qu’elle .a pour objet un établissement avèc lequel l’auteur a eu des rapports si intimes, et dont il prétend avoir eu les archives à sa disposition. Le Séminaire de Québec a exercé l’influence la plus large et la plus féconde en heureux résultats, sur la petite population française, restée en Canada après sa cession aux Anglais. Malgré sa pauvreté, il fournissait aux besoins des missionnaires qu’il continua d’envoyer aux (1) Illinois, sur les bords du Mississipi et dans l’Acadie ; il donna l’hospitalité aux Evêques de Québec pendant plus de 60 ans ; il se chargea de l’instruction non-seulement des jeunes gens qui se destinaient à l’état ecclésiastique, mais encore de tous ceux qui, aspirant à occuper une position distinguée parmi leurs compatriotes, désiraient se préparer aux professions libérales, par un cours d’études classiques. Dans son sein ont été formés la plupart des hommes qui ont dirigé les Canadiens «dans

(1) M. Brasseur ne dit pas un mot de ces missions qu’il pouvait connaître, puisque Charlevoix en parle dans son histoire et surtout dans sa Relation de voyage.

le-Orléans.

d’Iberville la guerre.

n des plus France eût

ne pas le er de menon raconte e guerrier.

rville était

ssion dans autant plus ment avêc t il prétend

inaire de lus féconde française, Malgré sa aires qu’il s du Misx Evêques ea de l’indestinaient qui, aspirs compasrales, par été formés iens dans

’il pouvait et surtout

leurs luttes pour la conservation de leurs institutions reli gieuses et civiles.

Toutes les voix, d’un bout du pays à l’autre, se sont élevées pour bénir et louer cette institution.

& Chargés jusqu’alors de l’enseignement supérieur, *” dit un écrivain canadien, “ les Jésuites avaient été emportés par la tourmente ; le Séminaire de Québec entreprit de conserver parmi nous le précieux flambeau de la science ; et cette tâche, il l’a dignement remplie jusqu’à ce jour avec le plus parfait désintéressement. ??

Dans son Mandement d’entrée, Mgr. Cooke, premier évêque des Trois-Rivières, s’adresse ainsi aux directeurs de cette maison : ‘“ Vous avez conservé dans notre pays le précieux flambeau de la science ; vous avez gardé fidèlement le dépôt des lettres sacrées et humaines pour les faire servir à la gloire de Dien et à l’avantage de nos compa-

triotes ; auprès de vous, nous avoris puisé ce que nous pos-

sédons de piété, de zèle, de connaissances, de vertus sacerdotales. Aussi conserverons-nous religieusement le souvenir de votre générosité et de votre dévouement. ??

Les étrangers qui ont visité Québec, ont joint le tribut de leurs éloges à celui des enfants du sol. Parmi les écrivains européens qui ont sû apprécier les services rendus à l’éducation, en Canada, par cette vénérable maison, nous aimons à nommer M. Xavier Marmier, littérateur français distingué, et le professeur Johnston, d’Edimbourg, qui, durant leur séjour dans ce pays, ont visité et examiné soigneusement nos établissements publics.

Un membre du collége de Maynooth, délégué par les Evêques d’Irlande, afin de recueillir des fonds pour l’établissement d’une université catholique, adressait, il ÿ « peu de mois, le paragraphe suivant à l’éditeur du Tablet de Dublin.

«4 Ce Séminaire est une ville en lui-même... Tout œæ qui s’eniseigne dans les séminaires, les colléges et les

universités est enseigné ici, par un corps nombreux et capable de professeurs et de maîtres... (Cette institution renferme 30 ou 40 jeunes ecclésiastiques ; plus de quatre cents élèves, se destinant au monde, sont soigneusement formés dans toutes les branches d’une éducation séculière

qui peuvent en faire des citoyens instruits, et ies rendre.

propres aux professions... Le cabinet de physique est fourni de nombreux instruments, et renferme toutes les découvertes modernes. Le musée contient une collection choisie, et la bibliothèque possède 12,000 volumes des ouvrages les plus rareset les plüs importants dans tous les départements. Cette splendide institution est sur le point d’êtr° érigée en université. ??

Nous pourrions multiplier les citations dans lesquelles les louanges les mieux méritées sont données à cette maison, où M. Brasseur a été professeur d’histoire ecclésiastique. ?” Nous avons inutilement cherché dans son ouvrage, une page où il fasse connaître les justes droits du Séminaire de Québec à la reconnaissance de la population catholique du Canada. Ila néanmoins été plus juste envers d’autres établissements du même genre, qui n’ont pas le malheur d’appartenir au diocèse de Québec.

L’historien paraît ignorer complètement la topographie du Canada. On croirait qu’il n’a pas vu les lieux par lesquels il est passé. Ainsi (p. 38, v. I.) il place la ville des Trois-Rivières, près d’une rivière du même nom, à soixante lieues de Québec ; tandis qu’elle est située au confluent du Saint Maurice et du Saint Laurent, à trente lieues de la capitale.

(P. 88, v. I.) “ La rivière Saint Charles se jette dans le fleuve à côté de Québec, dont elle forme le port.’ Le port de Québec, qu’il a pu voir de sa fenêtre pendant six mois, n’est pas formé par la rivière Saint Charles, mais par le Saint Laurent.

(P. 109, v. IL.) “ Nicolet agréablement situé à l’em-

Rs *

reux et ca- > institution s de quatre gneusement n séculière

ies rendre.

hysique est utes les dé- > collection les des outous les dér le point

quelles les tte maison, iastique. ?

> une page ninaire de holique du autres étaheur d’ap-

ppographie lieux par à la ville e nom, à e au connte lieues

e dans le

Le port dant six ais par le

à l’em-

RE re RE 2

Ted on.

DS ESS ue dm

{ % > ti] À = * .

bouehure & la rivière Saint François. ” Nicolet est situé sur la rivi. . Nicolet, à vingt-un milies de celle de Saint François. .

(P. 262, v. IL.) “Le Lac Supérieur a cinq cent quarante-un milles de longueur. ? C’est presque le double de sa longueur réelle, que Montgomery Martin estime à 360 milles, et les géographes américains à 380 milles.

Au reste, l’auteur n’est pas ordinairement heureux dans la description des lieux.

(P. 207, v. IL) De la terrasse Durham, il vous montre ‘ le fleuve superbe et calme malgré la rapidité de son cours, qui part de Québec avec ses goëlettes, ses britks à trois mâts,.ses navires de tout bord pour s’unir à la mer dans toute la majesté de sa puissance. ??

A propos du site de Toronto, il remarque que ‘ le lac Ontario en cet endroit forme une rade magnifique fortifiée par une forteresse en bon état. ”

Le R. P. Aubert, dans une lettre citée, (p. 261, v. II.) décrit ainsi les pays déserts qu’il a parcourus en remontant lOttawa, et en côtoyant les rivages des lacs Nipissing, Huron et Supérieur.

‘6 La solitude jette une même empreinte sur tous les pays que nous avons parcourus. Le bruit des rames, le sifflement des écureuils et ls cri des oiseaux parviennent seuls à l’oreille. Des arbres, des rochers, et des eaux, c’est là tout ce que l’œil aperçoit. ?”

Cette description est trop vraie et trop naturelle pour M. Brasseur ; aussi se fait-il un devoir de la barbouiller avec son pinceau de romancier, pour donner à ses lecteurs une amplification d’écolier.

(P. 260, v. IL.) “ La solitude a par elle-même quelque chose de grave et d’exceptionnel, qui jette malgré la variété des lieux et des climats une même empreinte sur tous les pays que l’on parcourt ainsi. Le bruit des rames, le grondement lointain des trente le frôlement des serpents

qui se dérobent dans la fourrée, le sifflement des écureils, les garouillements des oiseaux frappent seuls l’oreille, Des arbres, des rochers, des eaux, des montagnes, us ciel d'azur, c’est là tout ce que l’œil aperçoit. ?

Qui croira que la solitude, malgré tout ce qu’elle possède d’exceptionnel, porte la même empreinie, dans les sables du Sahara, dans les prairies du Missouri, dans les passes des Montagnes Rocheuses ; que partout elle montre des arbres, des montagnes, etc., et un cie d’azur ; et qu’elle n’ait d’autre bruit pour frapper les oreilles que le grondement lointain des torrents,............ et le frôlement des serpents ? Nos pauvres petites couleuvres du Canada n’auraient jamais cru, qu’en se glissant dans la fourrée, elles dussent éveiller les échos du romantisme.

La passion de faire de belles phrases a joué de mauvais tours à l’écrivain. En traçant un tableau d’un autre genre, à propos de la tenue du premier Concile Provincial de Québec, il est emporté par la fougue de son imagination, et se lance en plein paganisme : ‘ Sans doute, *? dit-il, lombre sacrée du premier évêque de Québec a dû tressaillir de joie au fond de son tombeau, et du haut du ciel où il jouit du bonheur des justes il a jeté un regard de glorieuse béatitude sur cette assemblée et sur celui qui la présidait. ??

Dans le cours de son ouvrage, l’écrivain a répandu les citations avec une grande libéralité ; malheureusement pour les auteurs qu’il invoque, il leur fait dire des absurdités qu’ils n’ont jamais rêvées.

& Le simple habit de gros drap ” dont 1l affuble Mpr. de Laval (p. 180, v. I.) n’est autre chose qu’une paire de : raquettes ! Dans l’histoire de l’Hôtel-Dieu, qu’il cite à Pappui de ce passage, on lit (p. 266 ) que le prélat faisait ses voyages en jacquettes ; pour un Canadien, ce mot est évidemment une faute de typographie, que M. B. a oru

corriger au moyen d’un simple habit de gros drap.

Page 1