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Depuis longtemps, les biens considérables du sémi-
naire de Montréal excitaient la convoitise de quelques-
uns de leurs censitaires protestants, qui auraient aimé
à partager les dépouilles de cette institution catholique.
Ces projets de spoliation avaient été déconcertés par
un mémoire que l’évêque Plessis présenta à la cour de
Saint-James, en 1819, et qui avait produit le meilleur
effet. L’agitation de cette mesure s'était renouvelée
après la mort delillustre prélat. A la vue de l'opposition
qui se manifestait contre eux et qui les aceusait de possé-
dertropde richesses, MM. de Saint-Sulpice envoyèrent à
Londres deux des membres les plus distingués de leur
communauté, chargés de proposer au ministère un ar-
rangement pour la cession de leurs seigneuries, en
retour desquelles le gouvernement britannique consen- ,
tirait à leur payer une rente annuelle. Toutefois, avant
de conclure définitivement ce compromis avec le mi-
nistère, les deux mandataires du séminaire voulurent
avoir le consentement du Saint-Siége, pour un acte qui
était regardé comme une aliénation de biens ecclésias-
tiques. Pendant qu’ils étaient à Rome, la nouvelle des
négociations alors pendantes à Londres, et entamées à
l'insu des évêques du Canada, transpira dans la pro-
vince, où elle causa beaucoup d’alarmes aux catholi-
ques. C'était, en effet, reconnaître lacitement que les
droits du séminaire de Montréal à la jouissance de ses
propriétés n’étaient point clairement établis, puisqu'on
recourait à un compromis. L'une après l’autre, les ins-
litutions religieuses pouvaient être altaquées dans la
possession de leurs biens, si un précédent aussi dépla-
rable avait lieu. Des rentes fournies par l'État auraient
assujetti les communautés aux caprices dn gouverne-
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ment civil, qui, dans l’occasion, aurait trouvé le moyen de satisfaire sa mauvaise humeur, cu différant les payements, ou même en en retranchant une partie. On citait plusieurs pays où le clergé, après avoir été forcé d’échanger ses possessions territoriales contre des rentes sur l'État, avait été réduit à la misère par le mauvais vouloir des gouvernants, ou par suite d’embarras dans les finances publiques. D'ailleurs, le séminaire de Montréal avaitrendu trop de services à la province pour qu’on lui permit de se sacrifier ainsi, dans la vue d'obtenir de ses ennemis une paix qui ne lui aurait pas été accordée; car une fois la spoliation commencée, on ne se serait pas arrêté en si beau chemin.
Tout le clergé catholique du Canada, ayant à sa tète les évêques de la province, adressa donc une requète au gouvernement impérial, pour réclamer contre cette 'ansaction forcée et injuste. En 1829, deux délégués, MM. Maguire et Tabeau, se rendirent à Rome et à Londres, pour soutenir les représentations du clergé. Éclairée sur le caractère de cette cession, la cour pontilicale refusa de la sanctionner. Le ministère anglais ne se rendit pas aussi facilement, quoiqu’une requête, remarquable par la largeur des vues et la noblesse des sentiments, lui eüt été présentée en 1830, par la chambre d’assemblée du Bas-Canada, à l’appui des protestalions du clergé. L'affaire traîna encore pendant quelque temps. L'évêque Panet, dont la fermeté était inébranlable lorsqu'il avait une fois pris son parti, adressa en 1832, à lord Aylmer, un mémoire dans lequel il soutenait la justice de laisser le séminaire de Montréal dans la jouissance de toutes ses seigneuries.
« Intéressé comme je le suis, » disait le prélat, « à la. conservation des biens ecclésiastiques de mon diocèse, je croirais manquer aux devoirs de ma charge, si je ne faisais mes efforts pour les conserver à ceux que je ne puis m'empêcher de regarder comme leurs légitimes possesseurs.
« V. E. me permettra de lui faire passer une copie d’un mémoire que mon digne prédécesseur. Mgr J.-0. Plessis, présenta en 1819, à lord Bathurst, sur laffaire qui fait l’objet de ma présente lettre. Ce prélat, dont la mémoire sera toujours chère aux Canadiens, prévoyait dès cette époque les maux qui résultcraient pour la province de la mesure qu’on désire amener aujourd’hui à conclusion. À son exemple, je prie Dieu qu'il termine ma carrière, avant d’avoir à déplorer les suites d’une transaction qui, si elle a lieu, ne pourra qu'être funeste à la religion, et désavantageuse à la province, et à laquelle ma conscience ne peut me permettre de prêter jamais les mains. »
Devant cette formidable opposition de toute la province, le projet fut enfin abandonné, et le séminaire de Montréal demeura en possession de ses biens.
On comprendra, par l'énergie déployée dans eette lutte, que le sommeil de l'Église du Canada ne la dépouillait pas de sa force vitale. Depuis !saglemps, l’historien accuse les Canadiens d’apathic et ne soumission trop humble aux ordres du gouve.:.:ment; il prétend que le clergé n’a pas su réclamer les biens des religieux. Eh bien! voici une réclamation de biens ecclésiastiques, faite en bonne forme, et couronnée de succès, parce qu’elle était appuyée sur les traités. Qu'en
pensera M. B.? On ne le devinerait jamais. Si le clergé
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canadien a maintenu le séminaire de Saint-Sulpice dans la possession de ses biens, c’est qu'il était peut-être porté par quelques motifs de jalousie et par le désir de contrecarrer les sulpiciens dans leurs plans. 1 faut avouer que les membres du clergé canadien sy prenaient fort mal pour satisfaire leur jalousie, puisqu'ils travaillaient à maintenir le séminaire de Saint-Sulpice dans la possession deses biens.
Tout en portant ce jugement, l’auteur continue d’accuser le même clergé de n’avoir jamais osé faire de réclamations directes à l’égard des biens des jésuites. Cependant des documents déposés aux archives de l’archevêché de Québec prouvent que, depuis 1762, le peuple et les prêtres du Canada ont présenté au gouvernement sept ou huit requêtes, pour obtenir que ces biens fussent rendus à leur deslinalion primitive, le soulien de l'éducation et l'entretien des missions. Nous cilerons celles que nous avons trouvées. En 1764, requête des Canadiens au gouverneur Murray; en 1765, requête de M. Briand à George IT; en 1767, représentations de Mgr Briand au gouverneur; mémoire présenté, en 1787, à lord Dorchester; requête de l’évêque au gouverneur en 1790; requête des évêques au gouverneur, le 20 octobre 1838; une autre, le 12 juin 1843; requête des évêques et du clergé au parlement provincial, 12
juin 1846.
(P.275, v. IT.) « Tandis que Québec cherchait à se faire oublier par sa timidité et par son inaction dans le mouvement religieux que l’évêque de Montréal imprimait au Canada, avec le spectacle des grandes choses que ce prélat zélé entreprenait dans l'esprit du développement intellectuel, qui est la séve véritable du catholi-
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isme, le vicarial apostolique du Haut-Canada, érigé en siége épiscopal, étendait de plus en plus sa vivifiante influence. »
Nous avons inutilement essayé de comprendre re mouvement que l'évéque de Montréal imprime, avec le spectacle des grandes choses que ce prélat entreprend dans l'esprit du développement intellectuel, qui est la sève véritable du christianisme.
On demandait à un individu, connu à Québec sous le nom de philosophe Gosselin , s’il pouvait expliquer les causes d’une brillante aurore boréale qui avait paru la veille. «Rien de plus simple, » répondit le philosophe, « c'est le combat des splendeurs. » Cette réponse renferme l'explication la plus intelligible qu’on puisse don- ” ner de la phrase de l'historien : « Rien de plus simple ; c'est le combat des splendeurs. » On y entrevoit pourant, au milieu de ce langage nuageux, une attaque contre le clergé de Québec. C’est un spectre qui poursuit l’historien' jusqu’au milieu de ses plus beaux rêves.
(P. 256, v. IL.) « Ce n’est que lorsque l’évêque de Montréal eut appelé dans son diocèse les anciens civilisateurs du Canada, ainsi que les oblats de Marie Immaculée ; que les missions si longtemps délaissées, et celles des territoires du Nord-Ouest, commencèrent à concevoir quelques espérances. »
Les missions n’ont jamais été oubliées ni délaissées par les évêques du Canada; plusieurs d’entre eux ont pu même se glorifier du titre d’évêques-missionnaires. Avant la conquête, les jésuites avaient étendu leurs courses apostoliques dans une grande partie de l’'Amérique du Nord; le séminaire de Québec était chargé de
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missions, aux Illinois, sur le Mississipi et dans l’Acadie, missions auxquelles il continua de pourvoir jusque vers l’année 1789. Mgr Hubert, avant d’être évêque, avait été missionnaire aux Illinois et au Détroit, d’où il avait rapporté les fièvres tremblantes. Les évêques de Québec pourvoyaient autant qu'ils le pouvaient aux besoins spirituels des catholiques de Terre-Neuve, du Cap-Breton et de l’île du Prince-Edouard. En 1818, Mgr Plessis élablissait la mission de la Rivière-Rouge, à plus de six cents lieues de Québec.Les deux premiers missionnaires, MM. Provencher et Dumoulin, étaient chargés de visiter les postes tenus par les Canadiens et les Métis, et d’évaugéliscr les tribus sauvages. Dans cette colonie de la Rivière-Rouge, à mesure que les circonstances Île permettaient, de nouveaux missionnaires se joignaient aux premiers, ou remplaçaient ceux qui étaient usés par leurs longues et pénibles courses , la mission s'étendant entre les Montagnes-Rocheuses et le lae Supérieur, et depuis les sources de la Rivière-Rouge jusqu'aux affluents de la baie d'Hudson.
Il y a plus de quinze ans que MM. Proulx et Charest, prêtres séculiers, ouvraient des missions chez les sauvages qui habitent les bords du lac Huron. En 1835, MM. de Bellefeuille et Dupuy commencçaient à évangéliser les familles sauvages aux environs des lacs Témis caming et Abbitibbi; la seconde année de sa mission, M. de Bellefeuille mourait encore jeune, à la suite des fatigues du voyage. Dès l’année 1837, M. Dumoulin remontait le Saint-Maurice, jusqu'aux postes de Warmontashingue et d’Obedjiwan, et réunissait autour de lui les Têtes-de-Boule, avides d'entendre la parole de Dieu et de recevoir le baptème. MM. Decoigne et Lé-
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vêque parcouraient en 1839 les établissements de Saguenay , où, dans les années suivantes, ils furent remplacés , par M. Pouliot; les postes du Roi et la côte du Labrador étaient visitées chaque année par des prêtres. En 1838, MM. Blanchet et Demers traversaient les Montagnes- Rocheuses et allaient planter le signe de la rédemption sur les bords de la Columbia, et aux rivages de l’océan Pacifique, à quinze cents licues de Québec. Lorsque le R. P. de Smet arriva dans l’Orégon, il fut tout étonné d'apprendre que déjà il avait été devancé dans ces lieux par des prêtres venus du Canada.
Ces détails serviront à faire connaître que les missions du Canada n'avaient par été négligées pas les évêques de Québec. Leur sollicitude pastorale les avait engagés à pourvoir aux besoins spirituels des indigènes , aulant que leur permettaient la rareté des prêtres et les nombreuses demandes faites par les nouvelles paroisses.
Les oblats de Marie Immaculée arrivèrent dans le pays, précédés de la réputation bien méritée qu'ils s'étaient acquise par le succès de leurs missions dans le Midi de la France. Les jésuites rentraient dans leur patrie; leurs pieds foulaient partout le sol qui avait été si fructucusement arrosé des sueurs et du sang de leurs prédécesseurs ; partout ils rencontraient des monuments et des lieux qui leur rappelaientl’héroïsme chrétien des Jogues, des Brébeuf, de Ladlemant, des Bressani ; dans la mémoire du peuple ils retrouvaient tout vivant le souvenir des vertus d’un Glapion, d’un Casot, d’un Labrosse. Les Jésuites et les oblats étaient de puissants auxiliaires, qui venaient partager les travaux des prêtres séculiers , dans le champ du père de famille. Pionniers de la foi,
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sn OÙ 0 les missions leur appartenaient; illes reçurent avec joie, des mains des zélés missionnaires qui remplissaient avant eux ce pénible ministère. En rendant témoignage aux mérites de leurs devanciers, ils ont hautement reconnu que les missions n’avaient pas été délaissées par les évêques du Canada.
Nous devons clore nos observations , qui se sont éten-
dues bien au delà de toutes nos prévisions. Nous avons prouvé suffisamment que M. Brasseur ne connaît ni le Canada, ni l’histoire du Canada, qu’il a cruellement défigurée dans son ouvrage; nous avons démontré, en cilant des documents authentiques, que ses accusations malveillantes contre l’épiscopat de notre pays ne reposent sur aucun fondement solide, et que l'Église du Canada peut à bon droit se glorifier de la fidélité et du zèle de ses pasteurs, aussi bien que de la foi et de la docilité de leur troupeau. A l'honneur de cette Église, nous aurions pu décrire les larges développements donnés à nos-institutions catholiques dans le Bas-Canada par les Lartiguc, les Turgeon, les Bourget; mais ce champ était trop vaste pour entrer dans le cadre étroit que nous nous étions tracé.
En somme, cette petite Église du Canada, qui en 1763 ne renfermait que 70,000 fidèles, qui ne possédait qu'un petit nombre de prêtres, qui se trouvait privée de son premier pasteur alors qu’elle passait sous la domination d’une puissance protestante, a jeté de profondes racines dans le sol; elle a étendu ses rameaux, et produit des.fruits abondants de sanctification. À la mort de Mgr Siguay, le Canada catholique possédait 1 archevé-
— 92 — ché, 4 évèchés, 572 prètres; plus de 100 étudiants en théologie; 900,000 membres de l'Église ; 1,800 élèves recevant une éducation collégiale dans onzé institutions ecclésiastiques ; 3 ordres religieux s’occupant de l’inslruction primaire des garçons ; 4 maisons de jésuites et 3 d’oblats; 50 communautés de filles chargées de l’inslruction des enfants de leur sexe, du soin des malades et des orphelins ; 400,000 membres de la société de temrance ; elc., etc.
Deux nouveaux évêchés viennent d’être élablis, et une université liée avec le séminaire de Québec a été érigée l’année dernière, en vertu d'une charte royale, dans laquelle la reine Victoria « nomme le très-révérend archevêque de Québec, » seul visiteur de cette insti- Lulion.
Voilà des œuvres dues en grande partie aux évèques et aux prêtres du Canada, instruments de la miséricorde de Dieu envers notre patrie. |
Notre cœur a été profondément attristé, lorsque nous avons lu l'ouvrage de M. Brasseur sur le Canada, et que nous l'avons vu revêtu de l'approbation d’un prélat que nous regardons à bon droit comme une des lumières de l'épiscopat français. Notre devoir était tracé : Canadien, nous ne pouvions nous taire lorsqu'on arrachait au Canada ce qui lui fait le plus d'honneur, sa fidélité inviolable à défendre les droits de la religion catholique ; prêtre, aurions-nous pu demeurer spectateur muet des insultes prodiguées à nos pères et à nos frères dans le sacerdoce ? Nous avions encore une raison toute personnelle de réclamer en faveur de la vérité.
La mémoire de Mgr Plessis, sacrée pour tous les Canadiens, nous est particulièrement chère. Il à été pour
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tions linses el l'inslades e tem-
lis, el , a été royale, vérend , justi-
vÈqUues miséri-
que nous a, et que rélat que ières de anadien, chait au délité intholique ; muet des es daus Île oute per-
us les Ca-
a été pour
nous un bienfaiteur et un père; sa main bienveillante a été bien des fois étendue sur notre tête pour nous bénir ; au commencement de notre carrière ecclésiastique, nous avons eu le bonheur de vivre auprès de lui, ct nous avons appris à l'aimer et à le vénérer profondément. Le respect et la reconnaissance nous commandaient de repousser les injures adressées au protecteur et au guide de nos jeunes années.
Ne connaissant pas personnellement M. Brasseur, nous avons voulu savoir quelle autorité pouvait être altachée à ses titres, et quelle confiance méritaient ses écrits. Nos renseignements, puisés à des sources tou- Jours respectables, et souvent officielles, nous ont convaincu que les titres accolés à son nom n’ajoutaient rien à l'autorité de l'historien. En parcourant son ouvrage, nous avons reconnu que cetle « Æistoire du Canada » dénotait une grande légèreté dans son auteur, était écrite dans un mauvais esprit et fourmillait de graves erreurs.
Les reproches injustes adressés au clergé de Québec nous ont prouvé que l'écrivain a oublié la bienveillance qui lui à été témoignée, à son arrivée en cette ville, par les prêtres canadiens et surtout par ceux du séminaire. Engagé à se rendre à Québec par un de ses amis, membre de cette maison, M. Brasseur s'était trompé sur la portée de cette invitation ; il reconnut à Québec qu'elle n'avait pas été faite au nom du séminaire. Sa position était embarrassante ; il en fut tiré par les offres géntreuses des directeurs de cette institution. Le retour leur est arrivé avec l'Histoire du Canada par l'ancien professeur d'histoire ecclésiastique au séminaire de Québec.
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