‹ Observations Sur Une Feuille Gemmipare De BEGONIAChapitre 2 sur 4 · SÉANCE DU 27 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 27 NOVEMBRE

point comparables, que se sont produits les bourgeons adventifs sur la feuille d ’Ornithogalum décrite par Turpin. Voici, en effet, ce qu’il rapporte : Poiteau avait détaché des feuilles d’un pied A'Ornithogalurn thyrsoidcs , afin de les dessécher pour son herbier. En les exposant à l’air quelques jours après, il vit, à leur surface et sur leurs bords, un grand nombre de petits corps que Turpin étudia et qui n’étaient autres que des bourgeons ou, comme il disait, des embrvons adventifs. D’autres feuilles détachées d’un Eochea coc-

cinea dans les mêmes conditions, il obtint souvent le même résultat. On connaît bien d’autres faits analogues, et même depuis longtemps, car on en trouve déjà cités par Hedvvig (1) et par Sénebier (2), par exemple, qu’avait offerts une feuille d 'Eucomis regia. Dans tous ces cas, les feuilles gemmipares sont blessées ou mourantes ; on dirait que c’est par un effort suprême de la végétation d’organes que la vie va abandonner, que se produisent de tels bourgeons.

Toutefois il n’en est pas toujours ainsi, et, sans chercher des exemples parmi les Cryptogames, nous voyons signalées certaines plantes où la production spontanée de bourgeons sur les feuilles n’est pas très-rare. De ce nombre sont, pour prendre quelques exemples parmi les plantes de nos climats, le Cardamine pratensis (3) dont les feuilles portent des bourgeons à la base des folioles, les Drosera intermedia (ù) et rotundifolia (ô) où les bourgeons adventifs se montrent vers le milieu de la face supérieure, le Malaxis paludosa (6) où ces bourgeons se développent au sommet des feuilles.

Les Bégonia présentent aussi fréquemment, dans les serres, un phénomène semblable. II n’est pas rare de voir se développer spontanément, sur leurs feuilles, an point où aboutit le pétiole et d’où émanent Ips nervures, un bourgeon adventif dont on peut se servir pour la multiplication de la plante. C’est dans ce cas un bourgeon unique qui se forme d’ordinaire à la base de la feuille des Bégonia comme sur celles de diverses Aroïdées (7) et Nymphéacées (8).

Les choses se sont passées autrement sur la feuille de Bégonia que M. Verlot a envoyée à la Société (9) et qu’il m’a été permis d’examiner avec détail depuis

(1) Hedwig, Collect. de Mém. vol. Il, p. 123.

(2) Sénebier, Physiol. végél. t. IV, p. 364. — Voyez à ce sujet la note publiée par M. Duchartre, dans son mémoire sur les feuilles ramifères des Tomates, in Ann. sc. nat, 3* série, t. XIV, p. 244.

(3) Cassini, Opusc. phyt. t. II, p. 340. — J. Muenter, in llotan. Z eil . août 1845,

(4) Naudin, in Ann. sc. val. 2 e série, XIV, p. 14.

(5) Nitschke, in Bolan. Z eil. 1860, n os 7 et 8.

(6) Henslow, in Ann. sc. nat. l re série, XIX, p. 103.

(7) Par exemple : l’Amorphophallus bulbifer Bl., cité par M. Al. Braun, dans son mémoire sur la polyembryonie, p. 182.

(8) Nymphœa micrantha Perr. et Guill. et N. guineensis Thonn. et Schum., cité par M. Al. Braun, ibid.

(9) Voyez plus haut, p. 47ft.

h9h SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE.

la dernière séance. Je n’y ai pas compté moins de soixante-sept bourgeons adventifs qui s’y sont développés spontanément, çà et là, sur toute la face supérieure de la feuille. Ce n’est pas seulement l’analogie avec les faits que je viens de rapporter (d’une part production artificielle de nombreux bourgeons sur la surface des feuilles des Bégonia , d’autre part production spontanée d’un bourgeon à la base de ces feuilles) qui me fait regarder chaque petite feuille qu’on observe, sur la feuille envoyée par M. Verlot, comme manifestant un bourgeon ; l’observation directe m’a montré, vis à-vis de la feuille déjà grande qu’on aperçoit au premier coup d’œil, une seconde petite feuille plus ou moins développée que l’on peut distinguer la plupart du temps très-aisémeut en observant le jeune bourgeon «à l’aide d’un grossissement suffisant; on aperçoit même, entre les deux feuilles, un petit mamelon représentant une troisième feuille. Aussi, pour moi, il n’est pas douteux que chaque feuille plus ou moins grande, que porte la feuille que j’ai examinée, ne soit la première d’un bourgeon adventif.

M. Verlot a supposé que, dans ces feuilles de Bégonia, des poils véritables, formés seulement de quelques cellules épidermiques, se seraient transformés en feuilles complètes ; rien ne me paraît justifier une pareille hypothèse. La production de bourgeons adventifs se fait ici, ce me semble, à peu près comme on l’a décrite et figurée dans les Drosera ; seulement la feuille, au lieu de porter deux ou trois bourgeons, en porte plus de soixante qui sont répartis sans ordre appréciable sur toute la surface de la feuille, non pas sur le trajet des nervures principales, mais dans l’intervalle qui les sépare.

M. J. Gay dit qu’il a vu l’année dernière, à Poitiers, multiplier avec succès les Bégonia à l’aide de morceaux de feuilles.

M. Gris fait remarquer que, dans les feuilles gemmipares de Car- (famine qu’il a observées, les bourgeons naissaient toujours sur le trajet ou au point de bifurcation des nervures principales.

M. Réveil présente à la Société un échantillon de Fève (le

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Calabar , graine d’une Légumineuse (.Physostigma venenosum ) qui jouit de la propriété très-remarquable de contracter la pupille. 11 annonce qu’il fera à ce sujet une communication plus étendue dans la prochaine séance.

M. Duchartre rappelle que M. Giraldès a présenté à l’Acadénue des sciences une note sur les propriétés médicales de la Fève île Calabar.

M. J. Gay annonce à la Société qu’un voyage d’exploration trèspénible, dirigé par M. N.-I. Fellman, et dont les résultats présentent un grand intérêt, a été heureusement accompli l’été dernier, dans la Laponie russe, par quelques jeunes naturalistes finlandais

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