M. LALLEMAND. —OBSERVATIONS
•de trois mois, les médecins ne peuvent plus nier l’existence des pulsations, mais ils ne sent pas d’accord sur leur cause ni sur le moyen curatif à employer; etle malade après sept mois de traitement se décide à venir à Montpellier (mars 1826). Quoiqu’il fût bien décidé à se faire opérer, il consulta en passant à Toulouse un chirurgien d’une réputation justement méritée, il en reçut la consultation suivante : «Tout semble indiquer l’existence de deux tumeurs anévrismales ; cependant il m’est difficile de décider si le battement de ces tumeurs dépend réellement de la dilatation des parois des deux artères articulaires inférieures, ou si elle tient à l’existence d’un fungus hématodès ou à une maladie de l’articulation du genou. »
J’ai rapporté cette consultation textuellement pour donner une idée de la difficulté du diagnostic. Voici dans quel état je trouvai le malade : Quarante-cinq ans, faciès en indiquant au moins soixante, pâleur extrême tirant sur le jaune, rides nombreuses et prononcées annonçant l’habitude de la douleur, corps sec, muscles grêles mais forts, locution vive, gestes expressifs, conception rapide, caractère décidé, membre abdominal droit comme atrophié, surtout au-dessus, de la rotule , genou droit un tiers plus gros que le gauche , environné de nombreuses veines variqueuses et recouvert d’une peau tendue et rosée , jambe fléchie sur la cuisse , mouvemens volontaires presque nuis , mouvemens communiqués très douloureux , extension complète impossible , tête du péroné très saillante , douleur excessive partant de son côté externe et suivant le trajet du nerf péronier. Quand le malade retenait sa respiration les veines variqueuses qui entouraient le genou doublaient de volume et la peau prenait une teinte rouge violacée; le même phénomène se manifestait dès que la jambe était pendante ; quand au contraire'le pied était très élevé la peau reprenait sa couleur naturelle et les veines disparaissaient complètement : c’est probablement ce phénomène qui a pu faire croire à un fungus hématodès. L’extrémité supérieure du tibia avait à peu près doublé de volume. Au côté interne du tendon de la rotule était une tumeur oblongue aplatie, de la forme et du volume de la moitié d’un œuf de dinde ; la main appliquée à plat sur cette tumeur sentait distinctement des battemens très étendus, isochrones à ceux du cœur et accompagnés d’un mouvement d’expansion dans tous les sens ; au côté externe de la rotule au devant de la tête du péroné existait une seconde tumeur saillante sous la peau , à peu près de la forme et du volume de la moitié d’une noix, offrant les mêmes battemens que la précédente : on les faisait cesser complètement dans l’une et dans l’autre en suspendant la circulation dans l’artère crurale. Lorsqu’on levait les doigts le malade sentait un feu qui parcourait rapidement l’artère comme un charbon et allait dans le genou : c’était au sang qu’il attribuait cette sensation , il prétendait pouvoir en suivre la marche quand il rentrait dans l’artère.
Ce premier aperçu et l’opinion émise dans plusieurs consultations me firent croire d’abord que les deux artères articulaires inférieures étaient en effet le siège de l’ané-