‹ Observations sur une tumeur anévrismale accompagnée de circonstances insolitesChapitre 3 sur 5 · SUR UNE TUMEUR ANÉYRISMALE · texte numérisé non relu

SUR UNE TUMEUR ANÉYRISMALE

vrisme. Mais guidé dans mes recherches , par le malade lui-même, qui s était observé avec une grande sagacité , je ne tardai pas à constater que le ligament de la rotule droite était plus saillant et beaucoup plus large que celui du côté opposé. Au côté interne se trouvaitune petite élévation qui dépassaitle niveau du reste de la tumeur, elle n’avait paru que depuis deux ou trois mois ; en cet endroit on sentait les pulsations beaucoup plus distinctement; en comprimant perpendiculairement cette petite élévation avec le doigt indicateur, on enfonçait dans la tumeur principale presque toute la première phalange , et l’on sentait une ouverture circulaire de cinq à six lignes de diamètre dont la circonférence était dure et mince; en appuyant fortement le pouce sur le bord de cette ouverture on sentait la tumeur céder avec un bruit exactement semblable à celui qu’aurait produit une coque d’œuf qu’on aurait cassée en la comprimant. La petite tumeur située au côté externe, pressée de la même manière, s’aplatissait peu à peu en faisant entendre de temps en temps un bruit semblable ; enfin, en comprimant l’une des tumeurs, on rendait l’autre plus saillante et les battemens devenaient plus superficiels. Dès lors il me parut évident que la tumeur anévrismale s’était développée dans l’intérieur même de l’os, qu’elle l’avait dilaté et aminci , que le tendon de la rotule soulevé et aplati par elle , mais opposant une plus grande résistance à la destruction que le tissu osseux, l’avait forcé à se partager pour ainsi dire en deux et à faire saillie de chaque côté; qu 'enfin l’expansion fibreuse des muscles couturier et droit interne avait soutenu de la même manière la partie interne de l’extrémité supérieure du tibia, en sorte que l’endroit de la tumeur interne qui-offrait une élévation plus prononcée et une ouverture correspondante dans laquelle on pouvait introduire l’extrémité du doigt indicateur, était précisément la partie de la surface du tibia qui n’était pas fortifiée par du tissu fibreux, c’est-à-dire l’intervalle qui sépare le tendon de la rotule de la patte-d’oie formée par l’aponévrose des tendons réunis du couturier et du droit interne. Là le tissu de l’os n’étant pas soutenu avait été complètement détruit; sous les tissus fibreux ayant résisté davantage , il formait une coque mince qui se brisait sous la pression du doigt. La tête du péroné avait été déjetée en dehors par la dilatation du tibia.

La maladie bien reconnue , la ligature de l’artère crurale devait se présenter naturellement à la pensée comme le seul moyen qui pût offrir quelque chance de guérison en conservant le membre. Je communiquai mes idées au malade ; il les conçut avant que je les lui eusse expliquées et les adopta avec joie. MM. Dubreuil, Dugès et Dunal, appelés en consultation , constatèrent les mêmes faits et ei\ tirèrent les mêmes conséquences. Le 4 avril, en présence des praticiens consultés, j’exécutai l’opération projetée; l’artère complètement isolée vers le tiers supérieur de la cuisse , etsoulevée par le fil, nous parut avoir des parois d’une épaisseur peu ordinaire; jusque là le malade m’avait tranquillement regardé opérer et m’avait même adressé diverses questions, mais quand je serrai la ligature il poussa un cri perçant, et dit ressentir

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