C PRONOSTIC ET CONDUITE DU TRAVAIL
Lorsque vous aurez fait le diagnostic du travail, il vous faudra répondre encore à maintes questions.
Combien de temps cela va-t-il durer ?
L'accouchement sera-t-il naturel ou exigera-t-il l'emploi des fers? La mère et l'enfant courent-ils des dangers, lesquels?
Plus le travail se prolongera, plus les douleurs et l'agitation seront vives, plus pressantes deviendront les questions — et plus il faudra vous garder d'une réponse aventurée qui risquerait de compromettre votre autorité dans le moment même où vous en avez le plus grand besoin, pour résister aux suggestions de la parturiente et de son entourage.
Combien de temps dure l'accouchement ?
Rien n'est plus variable que cette durée. 11 faut donc éviter de préciser et vous cantonner dans les généralités.
Le travail, dans son ensemble, est en général plus long chez les primipares que chez les multipares. Ne faut-il pas, disait Dionis, plus de temps et plus de peine pour mettre des gants neufs que des gants ayant déjà servi ?
Les moyennes que j'ai obtenues en calculant sur 2.000 accouchements physiologiques sont, pour la durée totale du travail, de la première douleur à l'expulsion du fœtus :
13 heures 1/2 pour les primipares.
7 heures 1/2 pour les multipares.
De ces 13 heures 1/2, les primipares emploient en moyenne 1 heure 15 à la période d'expulsion. Sur leurs 7 heures 1/2 les multipares ne mettent en moyenne que 33 minutes à triompher de la résistance affaiblie des parties molles du plancher pelvien.
C'est donc sur la période d'effacement et de dilatation que l'écart porte au maximum : 12 heures contre 7. Voilà ce que disent les moyennes.
Mais que de primipares qui se comportent comme des multipares, restant même et de beaucoup au-dessous de la moyenne de ces dernières. Les quatre dernières primipares que je viens d'assister au moment où j'écris ces lignes, ont accouché en 1 heure 10, 2 heures 30, 4 heures et ô heures J . Que de multipares aussi se comportent comme des primipares, dépassant même, et parfois de beaucoup, la moyenne de 13 heures 1/2 de ces dernières.
C'est ce dont le lecteur pourra se convaincre en étudiant les graphiques ci-joints (p. 175) qui résument 2.000 accouchements spontanés par le sommet dont 1.000 chez des primipares et 1.000 chez des multipares.
Ces écarts fréquents delà moyenne ont poussé les accoucheurs à rechercher quelles pourraient être les causes, indépendantes de l'état de primiparité ou de multiparité, capables d'influer sur la durée du travail, de le prolonger surtout et par là d'assombrir le pronostic.
11 semble en effet actuellement bien démontré que les inconvénients attribués par la tradition au travail très rapide, à l'accouchement dit précipité', ont été singulièrement exagérés. Cela est indiscutable pour les périodes d'elfacementet de dilatation. Plus tôt lait, plus tôt quitte. Et plût à Dieu que le travail ne dure jamais plus d'une heure ! Ni la parturiente ni l'enfant n'auraient lieu de s'en plaindre.
En est-il de même pour la période d'expulsion ? N'y a-t-il pas inconvénient au point de vue de l'intégrité des parties molles, vagin, vulve, périnée, à une distension trop rapide?
A priori, il semble que oui. Mais si l'on réfléchit un peu, on s'aperçoit bien vite que chez les multipares l'expulsion précipitée, en 2 ou 3 douleurs, est chose très commune, presque la règle, et que cela ne compromet pas l'intégrité