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ANTE«SGR1PTUM
Dans une conversation qu aurait eu lieu à Versailles en septembre 1870, entre M. le comte de Bismarck et un diplomate anglais, conversation qui a été reproduite par toute la presse européenne et qui n'a pas été démentie, le ministre: prussien, s' élevant aux plus hauts sommets delà philosophie historique^ aurait déclaré que les malheurs subis aujourd'hui par la France sont le produit fatal de l'évolution naturelle des peuples.
Voltaire, que M. de Bismarck aime, paraît-il, à citer, avait dit :
Chaque peuple à son tour a brillé sur la terre Par les lois, par les arts et surtout par la guerre; Le temps de l'Arabie est à la fin venu. Ce peuple généreux, trop longtemps inconnu, Laissait dans ses déserts ensevelir sa gloire; Voici les jours nouveaux marqués pour la victoire. Vois Tempire romain tombant de toutes parts, Ce grand corps déchire, dont les membres épars Languissent dispersés sans honneur et sans vie; Sur ces débris du monde élevons TArabie. U faut un nouveau culte, il faut de nouveaux fers, Il faut un nouveau dieu pour l'aveugle univers.
. de Bismarck se fait aujourd'hui Técho de
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Voltaire, en substituant^ toutefois, à l'Empire romain la France, et à TArabie
— L'Allemagne?
— Non; la Prusse!
M. de Bismarck déclare que le règne des races latines est fini et que le dieu deBossuet et de Fénelon doit céder la place au dieu de Luther et de Calvin; il se proclame le Messie de la religion universelle de l'avenir, et d'une régénération sociale devenue nécessaire ; c'est de lui que datera F ère a d'une nouvelle civilisation^ fondée sur la liberté^ y> sur la justice, sur le droit et sur le devoir » (sic).
A l'heure lugubre oii je commence ce douloureux récit, j'ignore encore le sort que le destin réserve à mon pays, mais je connais déjà la Civilisation dont M. de Bismarck doterait le monde, si la fortune des armes devait lui rester fidèle jusqu'au bout; je connais la manière dont ce soldat, devenu homme d'Etat sans cesser d'être soldat, comprend et pratique la Liberté et la Justice, le Droit et le Devoir, et je crois qu'il est bon de dévoiler à l'opinion publique de l'Europe un
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système qui ne serait rien moins que le renv^ersemeiit, au profit du droit du plus fort^ de tous les principes de liberté, de justice, de droit et de devoir que la conscience universelle a introduits dans le code des nations qui ne sont pas encore courbées sous le joug de la civilisation dont nous menace M. de Bismarck,
Ce que je vais dire, je l'ai vu, entendu et souffert ! Dans l'exposé des faits, comme dans les appréciations dont ils seront l'objet, j'affirme que je me tiendrai plutôt en deçà qu'au delà de l'exactitude et des principes les plus élémentaires du droit des gens et du droit international. Les douleurs de mon patriotisme, les tortures morales qui m'ont été infligées, les souffrances physiques que j'ai subies, l'anéantissement d'une situation laborieusement acquise par trente années de travail — situation que mon âge et ma santé ne me permettront probablement plus de rétablir — n'ont altéré ni la rectitude de mon jugement ni l'équité de mes sentiments; j'écrirai avec L'impartialité qui fait la force et la vertu de l'historien.
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Les actes que je vais retracer, n'ont d'ailleurs pas été accomplis dans un obscur et petit village, par une soldatesque indisciplinée^ abandonnée au commandement de quelques officiers subalternes. Non! ils sont l'œuvre d'un état-major et de troupes d'élite commandés par l'un des principaux généraux de la Prusse; ils ont été perpétrés sous les yeux de chefs d'un grade élevé et souvent par les chefs eux-mêmes; ils ont eu pour théâtre une localité importante qu'ont visitée le grand-duc de Mecklembourg-Schwerin, le duc de Saxe-Weimar, le comte de Molike, le général Fransecky et le comte de Bismarck luimême; qui a été le champ de bataille le plus sanglant du siège de Paris ; en un mot, Villierssur-Marne et Plessis-Lalande, où ils ont été constatéspar des témoins dignes de foi.
Les faits dont je veui^ parler ne sont pas exceptionnels, je ne le sais que trop ; ils sont analogues à ceux qui se sont produits sur tous les points de la France envahis par l'ennemi ; mais ils ont ici des caractères qui leur donnent une valeur toute particulière, et qui réside dans la
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nature même des faits, dans les conditions au milieu desquelles ils ont été accon)plis et, enfin, dans la personne du narrateur.
Je crois^ en effet, qu'il est en France peu d'écrivains qui se soient trouvés placés dans une situation semblable à la mienne; qui, pendant trois mois, aient vécu au milieu d'un état-major allemand ; qui en aient observé tous les mouvements; qui, en présence des phases les plus diverses de la guerre, en aient suivi et analysé toutes les pensées, tous les sentiments; qui, dans des circonstances aussi favorables et aussi décisives, aient pu étudier sur le vif le caractère national de nos ennemis et les passions qui les agitent ; qui aient pu, en un mot, tracer un tableau aussi vrai, aussi complet et aussi authentique.
En décrivant l'occupation de Villiers-sur- Marne et de Plessis-Lalande , je me propose, d'ailleurs, un but général d'un grand intérêt historique et philosophique ; je désire et j'espère provoquer de nombreuses manifestations analogues, et j'adjure tous les bons citoyens de vouloir bien m'adresser, ou de porter directement à la connaissance du public, les notes,