‹ Occupation et libération du territoire, 1871-1875. CorrespondancesChapitre 14 sur 103 · Voir aux annexes, pièce · texte numérisé non relu

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aussi me concerter avec les préfets pour faire diriger des cantonniers sur quelques points où les ouvriers voulaient faire grève ; ils deviennent plus raisonnables quand ils voient qu'ils ne sont pas absolument indispensables.

Une autre difficulté provient des tentatives effrontées de spéculation de la part des propriétaires de maisons pour le logement des officiers. Nous arriverons pourtant à être prêts en temps utile; mais les sous-intendants auront bien mérité du Gouvernement; je devrai en signaler quelques-uns à votre bienveillance, et je déplore les injustes attaques dont ils sont l'objet dans quelques journaux de Paris.

Veuillez agréer, etc.

S^-V ALLIER

CGX

M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER A M. THIERS

Nancy, le l^"" octobre 1872.

Monsieur le Président,

A l'époque où nous nous trouvions à Compiègne, M. de Manteuffel avait tenu vivement à venir chez moi dans l'Aisne pour présenter ses devoirs à mes parents; il avait reçu de leur part le meilleur accueil et en avait

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gardé le meilleur souvenir. Vous aviez approuvé ce voyage dont le résultat a été de rendre plus cordiales encore les relations entre le général et moi. Depuis lors, M. de Manteuffel m'a souvent exprimé le désir de retourner faire une seconde visite au château de Coucy, habitation de mes parents, dans le but surtout de présenter à ma mère M"* et M"* de Manteuffel qui n'étaient pas encore en France lors de son premier voyage.

L'âge et la santé de mes parents me faisant craindre pour eux la fatigue qui devait en résulter, je n'avais pas encouragé ce projet, mais le général a mis la plus grande insistance à l'accomplir avant l'évacuation de la Marne. Avec cet esprit de discipline qu'il porte en toutes choses, il a demandé à son souverain la permission de sortir pour quelques heures du rayon de l'occupation; il a reçu, hier, la réponse télégraphique de l'Empereur Guillaume ; elle est ainsi conçue : « Je vous autorise pleinement à sortir du territoire occupé pour aller faire une visite au marquis de Saint-Vallier, père du plénipotentiaire français. »

M. de Manteuffel a donc prié mes parents de le recevoir pour quelques heures, cette semaine, avec sa famille; nous partirons d'ici vendredi matin et arriverons à six heures du soir chez mon père; le lendemain, samedi 5, nous en repartirons dans la matinée, nous nous arrêterons tjuelques heures à Reims pour prendre avec M. le général Schwerin certaines dispositions relatives à l'évacuation, et nous serons de retour dans la nuit à Nancy. Ce voyage et cette visite attestant les bons sentiments du général pour moi et pouvant être utiles à

mon œuvre, j'ai prié mes parents de lui réserver, comme Fan dernier, un accueil amical et j'espère avoir votre haute approbation. J'avertirai, du reste, de ce voyage les préfets de la Marne et de l'Aisne.

L'envoi dans les départements non occupés des jeunes Alsaciens-Lorrains qui | doivent passer devant nos conseils de revision, ou qui veulent, étant mineurs, contracter des engagements dans notre armée, s'accomplit depuis hier dans des conditions satisfaisantes jusqu'ici; je me tiens en communication télégraphique constante avec les dix préfets que la mesure concerne, et je leur envoie à tout instant des instructions pour éviter tout malentendu et les empêcher de donner à ce mouvement une portée et des proportions de nature à semer de l'inquiétude dans la population, à attirer l'attention des Allemands et à faire peser sur le Trésor des charges qui ne seraient pas indispensables.

Quelques-uns avaient voulu aller trop loin et faire partir tous les émigrants Alsaciens-Lorrains; j'ai pu les arrêter à temps dans cette voie et leur faire comprendre qu'ils devaient restreindre les départs aux hommes qui pouvaient se trouver exposés à des difficultés avec l'autorité allemande; je crois devoir vous envoyer et soumettre à votre appréciation une circulaire que je leur ai adressée hier soir; je la choisis parce qu'elle résume les autres et définit les limites dans lesquelles j'estime que la mesure doit être exécutée, pour ne pas dépasser le but à atteindre.

Voilà, d'ailleurs, approximativement les chiffres en présence desquels nous nous trouvons ; il y a en ce

moment de cinquante à soixante mille émigrants Alsaciens-Lorrains dans les départements occupés : la majorité sans esprit de retour, une partie pour éviter la date du 1" octobre. Sur ce nombre, il y a de vingt à vingt-cinq mille jeunes gens qu'il serait insensé de vouloir déplacer, comme certains fonctionnaires en avaient l'idée, puisque la plupart ont des emplois, gagnent leur vie sans notre assistance et ne sont pas dans une position irrégulière aux j'eux des Allemands. En limitant la mesure à la catégorie définie par mes instructions aux préfets, on n'aura pas à déplacer plus de huit à dix mille jeunes gens, et, dans mes idées, ce déplacement devra être tout à fait momentané ; il ne devra pas dépasser l'époque à laquelle les conseils de revision auront terminé leurs opérations.

Ce chiffre de huit à dix mille me paraît pouvoir se décomposer ainsi : trois mille dans Meurthe-et-Moselle (sur lesquels deux mille sont partis hier de Nancy); trois mille dans les Vosges; quinze cents dans la partie française du Haut-Rhin ; quinze cents dans la Meuse ; mille à douze cents dans les trois autres départements occupés.

J'espère que vous voudrez bien approuver les dispositions que j'ai prescrites; je me suis préoccupé d'assurer la tranquillité en faisant partir les jeunes hommes qui pouvaient se trouver menacés dans leur sécurité, mais j'en ai réduit le nombre au nécessaire afin d'alléger nos charges. Je me suis inspiré soigneusement des recommandations contenues dans vos instructions télégraphiques du 28 septembre.

Je dois d'ailleurs cette justice à l'autorité militaire allemande que, jusqu'ici, elle a montré de la modération ; il y a bien eu des rixes, des insultes échangées, des propos violents tenus par des officiers de grade inférieur, mais le Quartier général paraît recommander une grande réserve. Les jeunes Alsaciens-Lorrains arrêtés ces jours derniers à Nancy, à la suite de conflits avec des soldats, ont été remis en liberté. Du reste, depuis son retour de Berlin, M. de Manteuffel semble animé de dispositions plus satisfaisantes encore que de coutume; son excellente influence se fait sentir autour de lui; le langage de l'État-Major est meilleur; les défiances diminuent.

Pourquoi faut-il que nous ayons dans notre pauvre pays, des agitateurs qui viennent réveiller les inquiétudes, les soupçons que nous inspirons aux étrangers? Les promenades de M. Gambetta nous font un mal affreux; le général me dit qu'elles causent à Berlin une impression déplorable. Tous vos efforts habiles, tout votre généreux dévouement pour panser nos blessures, pour inspirer confiance dans notre avenir sont battus en brèche par les harangues de ce personnage.

On éprouve des instants de cruel découragement quand on voit détruire comme à plaisir cette œuvre de réorganisation patiente au dedans, de rétablissement de notre influence au dehors, et détruire par qui ? par l'homme qui, par ses folies, a été pendant la guerre le meilleur allié des Prussiens (ils le disent très franchement euxmêmes) et qui ne craint pas de semer encore l'agitation.

Les appréciations des Allemands sont bien dures

et bien pénibles à entendre pour des oreilles françaises; ce n'est certes pas le discours de Grenoble non plus que celui d'Albertville qui nous aidera à obtenir une diminution de la durée et du fardeau de l'occupation!

Je ne puis terminer sans appuyer auprès de vous quelques-unes des demandes de récompense qu'a sollicitées de votre bienveillance, à l'occasion de la prochaine évacuation de son département, le préfet de la Marne, M. Jousserandot, en faveur des fonctionnaires dont le concours lui a été le plus utile tandis que le pays était occupé. J'ajouterai seulement que le plus méritant de tous est M. Jousserandot lui-même, qui n'a pu vous parler de lui; je puis mieux que personne apprécier la valeur de ses services à ce point de vue, et je crois pouvoir me permettre de vous demander pour lui la croix de chevalier de la Légion d'honneur; je vous prie également de vouloir bien prendre en considération la demande d'avancement au grade supérieur qu'il vous a présentée en faveur de M. Schirman, capitaine du génie, constructeur des baraques de Châlons et Vitry, ainsi que sa proposition de croix de chevalier pour M. Brichard, sous-intendant militaire à Reims.

Je dois rendre aussi le meilleur témoignage des services de : M. de la Grandville, intendant militaire de Châlons; M. Legros, sous-intendant militaire à Châlons; M. Varenne, secrétaire général de la Préfecture •de la Alarne.

Veuillez agréer, etc.

S^-Vallier.

P. -S. — Pour la Haute-Marne, je crois qu'il y aurait lieu d'accorder une récompense au sous-préfet de Langres, M. Balleidier, qui l'a bien méritée et qui a eu bien des difficultés dans l'affaire Pistollet. M. Schérer, adjoint à l'Intendance à Ghaumont, me paraît aussi très méritant.

GCXI

M. THIERS A M. LE COMTE DE SAINT-YALLIER

DEPECHE TELEGRAPHIQUE

Paris, le 2 octobre 1872.

J'approuve le voyage dans votre famille, et je n'y vois que des avantages de tout genre. Renouvelez mes plus affectueux compliments à M. de Manteuffel.

Quantauxjeunes Alsaciens-Lorrains qu'il s'agit de déplacer, et de déplacer temporairement, il faut en restreindre le nombre autant que possible, etje trouve même que septà huit mille c'est déjà trop. Nous n'avons jamais entendu éloigner du lieu qu'elles ont choisi les familles nombreuses qui sont venues s'abriter dans la région de l'Est restée française. La mesure d'internement momentané doit s'appliquer exclusivement à quelques jeunes gens agités, sans domicile fixe, cherchant à s'en-

gager dans rarinée, et pouvant provoquer des collisions avec les Allemands. La mesure, de plus, ne doit durer que le temps qui sera nécessaire pour fixer leur situation. Quant à ceux même qui auraient déjà trouvé un gîte et des occupations, il faudrait se garder de troubler le nouvel établissement qu'ils se seraient créé. Je n'ai pas besoin de vous en dire davantage, pour vous faire sentir la limite à laquelle il faut s'arrêter pour atteindre notre but sans le dépasser.

Mille amitiés.

A. Thiers.

M. THIERS A M. LE COMTE DE SAINT-YALLIER

Paris, le 5 octobre 1872.

Mon cher Monsieur de Saint-Yallier,

Je ne puis pas vous dissimuler que je trouve M. de Manteufl'el bien impressionnable, et qu'à sa suite vous me semblez le devenir aussi. Si nous cédions si vite à ces brusques émotions, nous finirions par être livrés à une tracasserie perpétuelle. Je vous dirai même que, le hasard ayant amené sur le sujet qui vous agite en ce

moment la conversation avec la Légation prussienne, j'ai aperçu un léger sourire qui n'était pas une approbation des émotions manifestées à Nancy.

Nous avions dû envoyer toute une division, et ce n'était pas trop pour deux départements aussi vastes que la Marne et la Haute-Marne, semés de plusieurs villes populeuses et facilement agitables. Ajoutez que c'était l'ancienne garnison de ces départements en temps de paix, et que nous étions dès lors dans l'esprit et la lettre du dernier traité d'évacuation.

Nous étions donc dans notre droit, et si nous avions voulu porter la question à Berlin, nous l'aurions facilement gagnée ; mais nous ne l'avons pas voulu pour M. de Manteuffel d'abord, et pour le maintien de la bonne entente avec l'Etat-Major de Nancy ensuite. Nous n'enverrons donc qu'une brigade ainsi répartie :

Un régiment d'infanterie à Reims.

Un régiment d'infanterie et un bataillon de chasseurs à pied au camp de Ghàlons, pour se porter de là où le maintien de l'ordre pourrait l'exiger.

On ajoutera un régiment de cavalerie à Reims, parce qu'il est impossible de n'avoir pas au moins un régiment de troupe à cheval dans ce pays. Le tout, à cause de l'envoi en congé de ce qu'on appelle les semestriers, ne fera certainement pas quatre mille hommes. Nulle part nous n'avons moins, et dans ces départements l'esprit des ouvriers exige les plus grandes précautions. Voilà ce que je fais par déférence pour M. de Manteuffel; mais, moins serait impossible.

Dites-moi le moment pr^^cis où il faudra procéder à

révaciialion el à la siil)sliliihoii dos troupes françaises aux troupes allemandes.

Mille amitiés.

A. Thikiis.

GCXIII

M. LE COMTE DE SAINT-VALLIE R A M. THIERS

Nancy, le 7 octobre 1872.

Monsieur le Président,

J'ai reçu hier matin votre affectueuse et bienveillante lettre^ du 5, et je me suis empressé de faire usage des renseignements qu'elle m'apportait pour mettre fin à l'émotion exagérée manifestée par le Quartier général; vos deux télégrammes du 3 et du 4 m'avaient déjà permis de renouveler, avec toute l'autorité nécessaire, les démentis que j'avais opposés aux informations regardées comme alarmantes dont M. de Manteuffel m'avait donné avis. Votre lettre, en me fournissant des chiffres précis, a terminé, je l'espère du moins, l'incident qui m'avait conduit à m'adresser à vous.

Je regretterais cependant, Monsieur le Président, que vous ayez pu croire, comme votre lettre m'en inspire

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