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prince de Bismarck de l'éclairer exactement sur les dispositions actuelles du Cabinet de Berlin à l'égard de votre personne et de votre Gouvernement. M. de Manteuffel demandait à savoir si sa Cour estimait toujours qu'il est dans l'intérêt de l'Allemagne de soutenir moralement M. Thiers et son Gouvernement, et de l'aider à combattre les intrigues des partis en lui donnant, dans la région occupée, toutes les facilités compatibles avec la sécurité des troupes; ou bien s'il devait inférer de certaines paroles du comte d'Arnim que les vues sympathiques à M. Thiers et confiantes dans ses efforts (vues dont il avait recueilli l'expression de la bouche de l'Empereur et de celle du chancelier), s'étaient récemment modifiées. Dans ce dernier cas, il devrait modifier son attitude constante à l'égard de la France, ce qu'il ne ferait pas sans regrets.
M. de Bismarck répond :
« Je suis en parfait accord avec Votre Excellence sur la politique amicale à suivre envers M. Thiers et son Gouvernement; les dernières circonstances, loin d'affaiblir notre confiance et notre sympathie, n'ont pu que l'accroître. Il est dans l'intérêt du Gouvernement allemand et dans ses vues d'encourager M. Thiers à continuer son œuvre, de l'appuyer moralement, de contribuer dans la mesure voulue, à son succès. Nous souhaitons sincèrement la consolidation de son pouvoir; nous voulons sa durée; nous déplorerions le triomphe d'un parti quelconque, monarchique ou autre. J'ai peine à comprendre le langage qui vous a été tenu par la personne dont vous me parlez. Ce langage n'est nullement con-
forme à nos idées. Persistez dans votre politique; c'est la mienne et elle est sanctionnée par Sa Majesté l'Empereur. »
Telle est, Monsieur le Président, la traduction, je puis dire, exacte de la dépêche du prince de Bismarck. 11 m'a paru essentiel de vous l'envoyer sans perdre un instant.
Veuillez agréer, etc.
S^-Vallier.