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je sais que, lorsqu'on est au fond un bon citoyen et un honnête homme, on a un juge infaillible : c'est le temps. C'est lui qui est la justice, et les journaux ne sont que la triste voix de la sottise des partis. Je ne m'en inquiète donc pas, et je les remercierais plutôt de me procurer les précieux témoignages d'un homme tel que M. de ManteufFel; je vous prie donc de lui serrer [)0ur moi la main, et de la lui serrer bien tendrement. Je le prie à mon tour de ne pas s'inquiéter de quelques propos fort imprudents du général Ducrot. C'est un brave homme, mais qui ne sait tenir ni sa langue ni sa plume. 11 est universellement désapprouvé, tout en étant estimé et méritant de l'être.
Qu'on ne tienne donc pas compte de ces incidents, plus que de quelques autres de la même nature. Les hommes de bon sens gouvernent la France, et ils veulent la paix. Qu'on se dise cela, et on sera dans le vrai. L'évacuation est finie, du moins pour ces deux départements, et bien finie, grâce à M. de ManteufFel et à vous.
Adieu, adieu.
A. Thiers.
M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER A M. THIERS
Nancy, le 6 novembre 1872.
Monsieur le Président,
Jai reçu, ce matin, votre excellente et affectueuse lettre trhier^ qui m'a rendu bien heureux; je suis allé en donner lecture à .M. de ManteufTel, qu'elle a vivement touché en lui montrant vos bons sentiments pour lui. Il vous est trop sincèrement attaché et m'en donne de trop frappants témoignages pour n'avoir pas ressenti, tandis que je lui lisais votre lettre, une profonde émotion qu'il n'a pas dissimulée. Sa satisfaction était d'autant plus grande qu'il avait reçu, ce matin, de Varzin un télégramme du prince de Bismarck répondant à tous ses désirs. Il m'a donné à lire le déchiffrement de cette dépêche, datée d'hier au soir, et il m'a autorisé à vous la transmettre confidentiellement, je l'ai lue avec attention, à plusieurs reprises, et je suis certain de vous en reproduire fidèlement, non seulement le sens, mais le texte lui-même.
Cette dépêche du chancelier répond à une lettre du 30 octobre par laquelle le général, inquiet du langage tenu par M. d'Arnim à son passage ici, avait prié le