Voir ccLxi
en m'en chargeant. Gela sert à quelque chose de n'être pas un poltron.
La principale pierre qui se trouvait en travers de votre route est écartée, et j'espère que le char de la négociation marchera. Vous pouvez dire au Roi que ses vœux sont satisfaits, et qu'un calme durable régnera dans nos afifaires et, par contre-coup, dans les siennes. Mais il faut nous aider, et en prenant notre argent, nous rendre notre territoire le plus tôt possible.
• Une nouvelle comète, de couleur un peu rouge, vient de paraître sur le ciel au delà des Pyrénées. J'ai mon télescope dirigé sur ce nouvel astre, et je me serais fort accommodé de ne pas le voir s'élever sur notre horizon. Vous pouvez dire, ou faire dire au Roi Guillaume que j'ai fait de mon mieux pour empêcher le Roi Amédée d'abdiquer. Mais il n'en voulait plus, et il a jeté sa couronne par la fenêtre. Maintenant je prêche les nouveaux venus, qui sont d'assez braves gens, un peu trop nourris de rhétorique, et je leur ai dit très clair que le noli me tangere était rigoureusement appliqué au Portugal. Dites et faites dire en haut lieu qu'on aura en moi un ferme soutien de l'ordre et de la paix en Europe, aussi bien qu'en France. Gontinuez à tout observer, surtout du côté des Hohenzollern, et à pousser à l'évacuation, et croyez à mon attachement, à ma profonde estime et à mon concours le plus complet.
A. Thiers,
M. LE VICOMTE DE GONTAUT-BIRON A M. THIERS
Berlin, le 22 février 1873.
Monsieur le Président,
Bleischrôder est enfin venu me voir tout à l'heure ; mais, en réalité, il n'y a rien de nouveau à vous mander. La question de l'évacuation n'a pas avancé. Le prince de Bismarck est bien disposé ; mais il n'est pas temps encore, suivant lui, de traiter cette affaire. L'obstacle repose dans les irrésolutions du Roi; et cet état d'esprit ne peut être modifié que petit à petit. Le chancelier y travaille tous les jours, mais pour arriver à une solution il faut du temps et de la patience.
J'ai dit à Bleischrôder que pourtant il importait de ne pas attendre au dernier jour, c'est-à-dire à l'acquittement complet du quatrième milliard, pour savoir à quoi nous en tenir : qu'ainsi, au cas où l'on ne tomberait pas d'accord sur les garanties financières, nous devions préparer les paiements du dernier milliard, ce qui exige un certain temps, bien que nous ayons déjà en portefeuille une bonne partie des valeurs nécessaires. Il en est convenu, et il m'a laissé comprendre que le chancelier, appréciant la valeur de cet argument, s'en servait très probablement vis-à-vis de l'Empereur : mais il m'a répété que le souverain n'était pas encore con-
vaincu, et qu'on ne pouvait espérer triompher de ses objections qu'avec le temps.
Le chancelier a reçu, hier, une lettre de M. d'Arnim, et il s'apprête à y répondre. Bleischrôder assure que, jusqu'à présent, M. de Bismarck ne saisissait pas très clairement le degré d'importance que vous attachiez à l'évacuation totale et prochaine de notre territoire; mais la dernière lettre du comte d'Arnim lui aurait démontré nettement votre désir que l'on put s'entendre pour évacuer à la fois tous les départements occupés. Je ne m'explique pas très bien que la lumière ait été si longue à se faire sur ce point dans l'esprit du chancelier, car d'après votre correspondance avec moi, vos intentions ne pouvaient prêter à l'équivoque.
11 devient donc de plus en plus certain qu'il faut chercher à agir sur le Roi, et c'est à cela que je m'appliquerai en usant du moyen que vous connaissez et dont j'userai « d'un cœur léger «, maintenant que, grâce à Dieu, vous vous êtes arrangé avec la commission des Trente ! Je suis bien heureux de cet accord, et j'espère que, le jour de la discussion, tout le monde sera sage. A quoi servirait d'ailleurs de ne l'être pas ? A rien de ce que l'on peut désirer et à tout ce qu'il est permis de craindre.
Je saisirai la première occasion de voir le Roi et de lui rapporter toutes les choses excellentes que vous me dites et qui ne peuvent manquer de produire un excellent effet sur lui.
Je vous remercie encore de votre bonne lettre du 20^