I . Voir ccLxiii
tant après M. de Manteuffel, parce que notre négociation, si capitale pour le pays, en recevra une impulsion plus vive et plus efficace. Quant au secret, soyez tranquille : personne n'en saura rien, car nous savons bien ici qu'une indiscrétion sur ce sujet perdrait tout.
Votre version est en effet la plus exacte des deux mises en présence dans la lettre de M. de Bismarck, car voici nos conclusions positives, par nous mûrement arrêtées, et sur lesquelles on peut fermement compter.
En ne voulant rien précipiter dans l'intérêt du crédit de tous (et aujourd'hui tous les crédits sont solidaires), du l^"" au 10 mai nous aurons payé le second milliard, quatrième de l'indemnité totale. Ce jour-là on nous devrait deux départements sur les quatre encore occupés. Nous ne les demanderons pas immédiatement pour ne pas accabler les deux derniers occupés sous le poids des troupes allemandes en retraite.
Le troisième milliard, le cinquième et dernier de l'indemnité totale, pourra être acquitté dans un délai point trop reculé. Au 1" mai, moment du paiement complet du second milliard, nous aurons encaissé environ six cents millions sur le troisième, par les versements successifs de l'emprunt. Dans les mois de juin, juillet, août, nous aurons le complément, et si ce n'était par les versements de l'emprunt, ce serait par la Banque ou par les financiers, fort disposés à nous faire toutes les avances que nous voudrions.
Nous pouvons donc promettre l'entier acquittement du troisième et dernier milliard (cinquième et dernier de l'indemnité) pour le 1*' septembre, car il est certain
2iO OCCUPATION ET LIBERATION
qu'à celle dale nous aurons en caisse sept ou huit cents millions de l'emprunt, et que les deux cents millions restants se trouveraient à la Banque s'il le fallait, et dans la caisse de tous les banquiers. On ne peut donc douter ni de nos ressources, ni de notre bonne volonté qui, s'étant soutenue jusqu'à quatre milliards huit cents millions, ne s'arrêterait pas à deux cents millions dans son système de loyauté, de sagesse et de paix.
Maintenant que demandons-nous? C'est qu'en récompense de la prolongation d'occupation partielle que nous aurons consentie, on anticipe d'un temps égal sur l'évacuation totale, en opérant celle-ci au 1" juillet. Nous aurons attendu mai et juin pour les départements des Vosges et des Ardennes, et on anticipera de deux mois, juillet et août, pour l'évacuation des deux départements de Aleuse, Meurthe-et-Moselle, arrondissement de Belfort,
Je crois ces conditions d'une modération parfaite et d'une justice incontestable. Si on consulte la politique et la prudence, ce sera tout aussi bien : car en donnant force au Gouvernement, on mettra dans ses mains des moyens d'ordre d'une efTicacité certaine.
Vous pouvez communiquer cette lettre en entier à M. de Manteuffel, et lui en laisser la copie depuis ces mots : votre version est en effet plus exacte... jusqu'à ces mots : d'une efficacité certaine.
Priez M. de Manteuffel de nous aider, car il calmera ainsi les passions des deux pays, et il ajoutera à toute la gloire qu'il s'est acquise, celle d'avoir été un modèle de générosité, de sagesse, de haute raison pendant deux
DUTERRITOIRE 241
années d'une occupation difficile pour lui, et pour nous cruellement douloureuse. Priez -le de nous tenir au courant de ce qu'il apprendra, et de compter sur notre absolue discrétion.
Tout à vous.
A. Thiers.
Je vous ai indiqué les parties de cette lettre à communiquer, mais vous avez la liberté de restreindre ou d'étendre.
CCLXYII
M. THIERS A M. LE VICOMTE DE GO^'TAUT-BIROX
Versailles, le 23 février 1873.
Mon cher Monsieur de Gontaut,
Bien que je vous aie écrit récemment^, je vous écris encore aujourd'hui, parce que l'intérêt de notre grande négociation le commande expressément. Voici ce dont il s'agit, et c'est sous le sceau du plus grand secret que je vous le mande.
D'abord je vous dirai que l'accord est enfin conclu avec les Trente, et qu'une majorité des centres est