‹ Occupation et libération du territoire, 1871-1875. CorrespondancesChapitre 52 sur 103 · Voir ccLxiv · texte numérisé non relu

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faite en ce moment par notre modération et notre persévérance patiente. Je crois que, dans la semaine qui vient, un vote considérable confirmera ce que je vous annonce. On ne pourra donc plus vous objecter que l'on n'est sûr de rien avec nous, puisqu'on a un Gouvernement sage et ferme qui se maintient par sa raison et par celle du pays.

Vous voilà donc armé des meilleures raisons contre l'objection principale. Voici maintenant ce qui exige le plus profond secret.

M. de Manteuffel qui, par son bon esprit, ses excellents sentiments, rend l'occupation supportable à nos populations, nous a fait part d'une communication qu'il a reçue de M. de Bismarck, dans l'intérêt du but que nous poursuivons, celui de l'évacuation. Vous comprenez que si le chancelier savait cela, tout serait compromis. Dans cette communication, M. de Bismarck se plaint de l'obscurité des rapports de M. d'Arnim, et les comparant à un fragment de lettre de moi communiquée par M. de Saint-Vallier à M. de Manteuffel, et parce dernier à Berlin, il semble désirer une explication plus précise de ce que nous voulons, et semble vouloir la provoquer à Nancy même. Le langage, sans être très positif, laisse supposer le désir d'une conclusion amiable. Je me suis hâté de répondre, et de Nancy même on m'a indiqué qu'il conviendrait de vous informer de tout, afin de mettre l'unité dans nos communications.

Donc je vous communique la réponse que j'ai faite, et qui très probablement sera communiquée au chancelier. Ici le secret sera résolument gardé. Il faut que

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VOUS ne tiriez de cette confidence que la connaissance exacte de nos bases, afin que vous puissiez, au besoin, vous fonder sur elles, et ne demander que ce que nous demandons. L'unité de notre dire et de nos désirs, voilà ce qui doit ressortir de tout ceci, et très exclusivement par rapport à tout le reste. Il en résultera aussi pour vous la confirmation de tout ce que vous avez pu entrevoir des rapports de M. le comte d'Arnim avec le prince de Bismarck. On n'aime pas M. d'Arnim à Nancy, mais il faut le savoir en ayant Tair de l'ignorer.

En justifiant nos demandes par vos sages raisonnements, ayez soin de combattre, sans paraître y toucher, les rapports moroses de M. d'Arnim, moroses quoique bienveillants à l'égard des membres du Gouvernement. Ainsi .affirmez toujours que l'ordre n'est pas en péril chez nous, que tous les jours il se consolide davantage, et qu'il gagne tout ce que gagne le Gouvernement luimême. En répétant cela vous ne direz que la rigoureuse vérité. Du reste, l'accord survenu avec les Trente a produit une véritable joie.

Quant à l'Espagne, je n'ai pas voulu précipiter la reconnaissance. Je l'ai retardée de ma propre autorité, ne voulant pas m'exposer à avoir reconnu le chaos, en prenant pour solides les affirmations de sagesse qu'on me prodiguait. Il ne faut pas raconter ceci; mais il faut au besoin faire remarquer que notre réserve a été celle du bon sens, et d'un bon sens méritoire dans notre position.

A vous de tout cœur.

Le 24 février, au matin.

Je rouvre ce pli, mon cher Monsieur de Gontaut, pour vous remercier de votre excellente lettre du 22, c'est-à-dire d'avant-hieri. La difficulté de convertir le Roi ne m'étonne pas. H y a chez lui des craintes de conservateur et les regrets du parti militaire. L'union avec les Trente diminuera les craintes du conservateur, et vos raisonnements atténueront les regrets du militaire. Vous avez donné un excellent argument en disant qu'il fallait des préparatifs pour payer le cinquième milliard, et que si nous arrivions au dernier moment, rien ne serait prêt.

Il y a autre chose encore à lui dire. Quoi qu'il fasse, il ne pourra pas refuser quand, le milliard et le traité à la main, nous le sommerons d'évacuer. Or ne vaut-il pas mieux se donner la bonne grâce d'anticiper de deux ou trois mois, et de s'en faire un titre auprès de la France? On se plaint des expressions de haine qui éclatent à tout moment. M. d'Arnim vient de m'écrire pour me dénoncer le langage acerbe de plusieurs journaux. Il a raison; mais quel moyen plus sûr que celui de retirer de la plaie le fer qui l'irrite et la rend plus douloureuse? Puis, un dernier argument adressé au conservateur : l'intérêt général de l'Europe, c'est que nos élections soient bonnes. Faites après l'évacuation, le parti de l'ordre sera tout puissant sur elles. Et il me semble qu'on peut m'accorder qu'on pourrait faire un

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