‹ Occupation et libération du territoire, 1871-1875. CorrespondancesChapitre 54 sur 103 · Voir ccLxvi · texte numérisé non relu

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remettre entre ses mains; il l'enverra, ce soir, au prince de Bismarck avec une lettre particulière de lui, dans laquelle il fera ressortir, d'une part la sagesse, la modération, l'équité de vos propositions; de l'autre la convenance, pour l'Allemagne, de les accepter sans hésitation après les véritables prodiges de loyauté accomplis par nous depuis deux ans. Il veut donc adjurer le chancelier de réfléchir aux conséquences d'un acte de confiance que nous avons su si largement mériter, à la satisfaction et à l'apaisement que cela donnerait en France et en Europe, tandis qu'une affectation de défiance, continuée encore aujourd'hui envers nous, viendrait raviver toutes les passions haineuses laissées par la guerre et le démembrement dans les cœurs français, et, de plus, révolterait contre le Cabinet de Berlin le sentiment public européen.

Le général a bon espoir; il vous remercie de l'assurer qu'il peut compter de notre part sur une discrétion qui lui est indispensable pour qu'il puisse agir utilement. Le seul regret qu'il m'ait exprimé a été de ne pas trouver dans votre lettre de réponse à une question qui le préoccupe hautement, en raison des soupçons qu'il ne peut se défendre d'avoir sur la fidélité des comptes rendus du comte d'Arnim, à la suite de ses entretiens avec vous; il regarderait comme indispensable, dans une aussi grave affaire, l'emploi de cette précaution toujours usitée dans la diplomatie russe et que je vous ai indiquée de sa part : l'envoi immédiat, autant que possible, après chacune de vos entrevues avec l'ambassadeur allemand, d'un résumé fidèle du langage tenu par

VOUS, qui serait adressé à M. de Gontaut, lequel en devrait donner connaissance sans perdre de temps, pour devancer les rapports du comte d'Arnim, soit au prince chancelier, soit à M. de Balan.

Reste enfin un point de droit, mais très secondaire, où vous n'êtes pas d'accord avec les Allemands : Vous considérez que si, après le paiement du quatrième milliard, nous ne leur demandons pas d'évacuer les Vosges et les Ardennes, ils y resteront simplement jusqu'à ce que nous les invitions à en partir. Ils soutiennent au contraire (c'est la doctrine des ordres envoyés de Berlin) que le traité les oblige à se replier sur les derniers départements quinze jours après l'achèvement du paiement du quatrième milliard, si nous ne leur disons rien; il faudra donc un avis officiel de notre part pour les inviter à maintenir momentanément le statu quo. Cet avis est du reste fort simple; il pourra être donné par M. de Gontaut à Berlin, ou, mieux encore, par moi ici, comme l'an passé.

Veuillez agréer, etc.

M. LE GÉNÉRAL DE MANTEUFFEL A M. THIERS

DEPECHE TELEGRAPHIQUE

Nancy, le 25 février 1873, 4 h. 40' s.

J ai reçu le télégramme gracieux de Votre Excellence qui m'a été au cœur. Daignez en recevoir, Monsieur le Président, mes remerciements empressés et agréer les assurances renouvelées de mon profond respect.

E. Manteuffel.

GGLXX

M. LE COMTE DE SAINT-YALLIER A M. THIERS

Nancy, le 27 février 1873.

Monsieur le Président,

J'aurais voulu ne pas vous écrire pendant la durée du débat, devant la Chambre, sur le rapport de la commission des Trente; mais M. de ManteufFel insiste avec

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une grande vivacité pour que je vous fasse connaître, mieux, dit-il, qu'il n'a pu le faire par le télégraphe i, les sentiments d'émotion reconnaissante qu'il a éprouvés en recevant votre dépêche de félicitations et de vœux à l'occasion de son anniversaire. Votre pensée, votre initiative l'ont profondément touché; l'hommage rendu par vous à son caractère l'a extrêmement flatté. En un mot, il est ravi, et sa santé elle-même en éprouve un bon effet.

Le général pense recevoir d'ici à deux ou trois jours la réponse de M. de Bismarck à sa dernière communication; ce sera probablement un pas décisif pour la négociation; je ne l'attends pas sans anxiété, et je ne perdrai pas une minute pour vous tenir au courant.

J'ai eu avant-hier la visite de M. Vimont, préfet de la Meuse; j'ai été content de ses explications et de son attitude; j'y ai répondu par d'affectueux conseils sur quelques questions de mon ressort ; notre long entretien a été très cordial, et nous nous sommes séparés dans les meilleurs termes.

Toute l'affaire serait donc finie et bien finie, si M. de Goulard, après m'y avoir poussé pour m'abandonner en route, ne persistait à garder envers moi un silence dont je suis extrêmement blessé et que chaque jour de retard rend plus offensant.

Veuillez agréer, etc.

S^-Vallier.

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