CCCXXXIX
M. LE COMTE DE SAIXT-VALLIER A M. THIERS
Nancy, le 5 avril 1873.
Monsieur le Président,
M. le général de Manteiiflel vient de me donner communication d'une lettre qu'il a reçue du prince de Bismarck, en me demandant de la porter à votre connaissance parce qu'elle indique clairement, suivant lui, le changement considérable survenu dans les dispositions du prince à notre égard, depuis quelque temps. Le général en chef voit dans la démarche du chancelier un témoignage explicite de sa satisfaction d'avoir eu avec vous, par Xancy, des relations officieuses plus suivies et un échange d'idées plus facile. M. de Mauteuffel croit que cette lettre indique chez M. de Bismarck des dispositions amicales et sympathiques pour nous, et il attache beaucoup de prix à ce qu'elle soit connue de vous ; jai donc l'honneur de vous en envoyer la traduction.
En ce qui me concerne, j'ai cru devoir me borner à prier le général d'exprimer ma gratitude au prince de Bismarck.
Je viens de recevoir le petit mot que vous avez bien voulu m'écrire, hier, au sujet du dîner par lequel M. de Manteuffel compte célébrer le jour anniversaire de votre naissance; je me suis empressé d'aller le voir et
de lui lire votre aimable billet qui lui a fait le plus grand plaisir et a entièrement dissipé le léger nuage causé, avant-hier, par la démarche un peu solennelle de M. Doniol.
Veuillez agréer, etc.
S^-Vallier.
a s. e. m. le général de manteuffel, etc., a nancy
Berlin, le 2 avril 1873.
Votre Excellence a pris part aux négociations qui ont abouti à la convention du 15 mars de cette année. Si les difficultés qui s'opposaient à cet arrangement ont été, grâce aux concessions faites réciproquement, écartées dans un temps relativement court, une part importante de ce résultat revient à l'active entremise de M. le comte de Saint- Vallier. Le concours de M. le comte de Saint- Vallier a essentiellement facilité l'entente avec le Gouvernement français et a rendu possible, comme cela était désirable, la prompte conclusion de la convention.
C'est un devoir pour moi de prier Votre Excellence de vouloir bien exprimer à M. le comte de Saint-Vallier ma sincère reconnaissance du service qu'il a rendu aux deux Gouvernements contractants, en rendant possible un échange d'idées direct entre Votre Excellence et M. le Président de la République.
Bismarck.
CCGXL
M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER A M. THIERS
Nancy, le 9 avril 187:).
Je viens d'adresser au ministre de la Guerre les propositions du Quartier général allemand en vue de l'arrangement militaire prévu par le traité du 15 mars, et relatif à l'occupation temporaire de Verdun et de la route d'étapes. Le projet allemand me paraît modéré et acceptable dans son ensemble; il consacre même une atténuation importante à nos charges en décidant, comme je l'avais instamment demandé au général en chef, que le bataillon qui devait, d'après le traité, être divisé également entre Gonflans et Etain, sera placé en entier dans cette dernière ville, où nous avons un baraquement complet occupé aujourd'hui par un effectif de même force, tandis que pour loger cinq cents hommes dans le village de Gonflans, nous aurions été forcés de faire des constructions coûteuses.
La largeur demandée pour les zones neutres ne me semble pas non plus excessive, et je la verrais réduire avec regret parce qu'il en résulterait, pour nous, des dépenses et des embarras que j'explique dans une dépêche détaillée au ministre de la Guerre. D'ailleurs, le projet restreint à des cas bien déterminés et très circonscrits l'usage que les Allemands pourront faire des zones neutres.
En transmettant à M. le général de Gissey les propositions du Quartier général, j'y ai joint une appréciation détaillée du projet, article par article. Je crois devoir vous envoyer une copie de ces deux pièces, et je me tiens prêt à conclure l'arrangement aussitôt que j'aurai reçu votre approbation ou celle qui me sera transmise en votre nom par M. le ministre de la Guerre.
Quant à l'installation à Verdun du complément de mille hommes ajouté à la garnison, j'ai pris, tant avec l'autorité allemande qu'avec notre sous-préfet et notre sous-intendant, toutes les dispositions nécessaires pour que leur répartition s'opère sans difficultés, sans charge onéreuse pour notre trésor, ni pour les habitants. Les logements d'officiers ont été plus difficiles à trouver; mais nous les avons aujourd'hui. Il en est de même d'un local suffisant pour le général appelé à commander, que je croyais être un général de brigade, et pour ses bureaux et son état-major.
Hier encore, j'avais donc lieu de supposer que nous n'aurions aucun embarras à Verdun, quand M. le général de Manteuffel m'a fait part confidentiellement d'un projet que l'on aurait à Berlin et qui me cause autant de surprise que de contrariété.
Il serait, paraît-il, dans les intentions de l'Empereur Guillaume de laisser M. de Manteuffel en France jusqu'à la fin complète de l'occupation et au départ du dernier soldat allemand; cette résolution serait inspirée par la pensée qu'il y aurait quelque chose de peu convenable à confier le commandement en chef des troupes allemandes en France, quel que soit leur nombre, à une
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autre personne qu'à un grand dignitaire; on voudrait marquer par là les égards que Ton tient à vous témoigner et le désir de laisser en rapport avec nous un homme dont nous nous louons.
Sans méconnaître ces sentiments, ni l'avantage de continuera voir l'occupation dirigée et commandée par un chef qui nous a donné tant de gages de modération, je ne serais pas sans inquiétudes si cette solution était adoptée. Je pressens en effet des difficultés presque insolubles pour loger dans une petite ville comme Verdun le général en chef et son nombreux état-major. J'aurai l'honneur de vous écrire, dès que la question sera définitivement résolue; mais j'ai tenu à vous avertir sans retard.
Veuillez agréer, etc.
S^-V ALLIER
GCCXLI
M. LE COMTE DE SAL\T-VALLIER A M. THIERS
Nancy, le 13 avril 1873.
Monsieur le Président,
Jai le regret de devoir vous confirmer la fâcheuse nouvelle que je vous avais fait pressentir dans ma lettre ^