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allemand et muet avec tout le monde. Je n'ai reçu jusqu'à présent aucune ouverture précise ou détournée : je ne serais pas étonné d'en recevoir prochainement peutêtre. En attendant, la seule personne avec qui je puisse causer avec quelque profit étant Bleischrôder, j'ai été le voir hier.
Bleischrôder m'a parlé très confidentiellement, mais avec netteté, des mauvais rapports de plus en plus accentués entre M. le prince de Bismarck et M. le comte d'Arnim. Pendant le séjour du chancelier à Saint-Pétersbourg, le ministre des Finances de Prusse M. Camphausen lui a transmis une offre venant probablement du Gouvernement français, et consistant à comprendre dans notre plus prochain paiement des bons du Trésor pour une somme de cent cinquante millions payables à Londres, au bout de six mois, avec escompte de six et demi pour cent.
M. de Bismarck, convaincu que cette proposition était en partie l'œuvre de l'ambassadeur d'Allemagne et pouvait couvrir quelques spéculations en sa faveur, a refusé d'y donner suite. 11 aurait dit d'ailleurs qu'il ne voyait rien à changer dans les modes de paiement et les échéances fixées par le traité du 15 mars.
M. Bleischrôder a ajouté que, si le Gouvernement français avait quelques propositions à faire à la Chancellerie fédérale, les vrais moyens de s'entendre seront de les faire passer par l'intermédiaire de M. de Rothschild ou par le mien.
Tout en prenant acte de la confidence qu'il me faisait, j'ai cru bon de lui dire que je ne voyais guère quelles
ouvertures mon Gouvernement pouvait avoir à faire à TAllemagne, car nous étions complètement en mesure d'effectuer le paiement du cinquième milliard, aux dates fixées, avec nos propres ressources. Je lui ai promis du reste de vous rapporter ses paroles. Je ne voulais en rien lui faire connaître l'objet de votre dépêche du 12, mais j'étais bien aise de le tâter sur les ouvertures dont je vous ai entretenu dans ma dépêche n° 50, et particulièrement sur les besoins de numéraire qu'éprouvait le Gouvernement allemand.
« M. Delbriick, m'a-t-il dit, contrairement à ma manière de voir, ne veut pas remettre en circulation la plus grande partie de For qu'il a reçu de la France, car il craindrait son exportation rapide pour l'Angleterre. « On a fait frapper des monnaies d'or pour cent soixante et dix ou cent soixante et quinze millions de thalers : il veut pouvoir en avoir à sa disposition une plus grande quantité avant de les mettre en circulation. Mais certainement il ne méconnaît pas les inconvénients de cette mesure, et il y aurait avantage pour l'Allemagne d'avoir plus d'or aujourd'hui à sa disposition. »
Je lui ai fait observer qu'en vue de seconder les désirs du Gouvernement allemand et pour servir ses intérêts, nous avions augmenté dans le dernier paiement la proportion de l'or, que nous l'augmenterions un peu encore dans le prochain ; puis, évitant de donner à mes paroles un air de confidence, j'ai ajouté que, si M. Delbriick avait quelques observations à communiquer au Gouvernement français à ce sujet, il lui était facile de m'en parler.
J'ai cru cette ouverture suffisante. M. Bleischrôder ne Ta pas laissée tomber : il m'a dit qu'il verrait demain M. Delbrùck, et qu'il causerait de tout cela avec lui.
A propos du comte d'Arnim, Bleischrôder m'a dit qu'il désirait beaucoup rester à Paris, depuis que Londres et Rome lui étaient fermées. On l'y laissera pour le moment : mais M. d'Arnim a si souvent témoigné l'intention de quitter ce poste après l'évacuation du territoire français, que son maintien à Paris, passé cette époque, lui paraît difficile. Le prince de Bismarck était tout disposé à remplacer le comte d'Arnim par M. de Manteuffel, mais il n'en est plus question actuellement.
Le général sera nommé gouverneur de Berlin. C'est un poste élevé, le seul peut-être qui puisse convenir à sa grande situation : mais il plaira moins au chancelier qui, malgré ses propos affectueux à l'égard de cet ami intime du Roi, n'en redoute pas moins son influence sur l'esprit du souverain.
J'ai cru entrer dans les vues que vous m'avez plusieurs fois exprimées, en disant à Bleischrôder que mon Gouvernement aurait fort bien accueilli le général de Manteuffel, mais que loin de se plaindre de l'ambassadeur actuel, iln'avaitqu'àse louer de lui et que leurs relations mutuelles n'avaient pas cessé d'éire très satisfaisantes.
J'espère que vous avez reçu une longue lettre que je vous ai écrite il y a deux jours, et que vous n'avez pas trop maugréé contre moi !
Adieu, mon cher Monsieur le Président, veuillez, etc.
V^*^ DE GoNTAUT-BiRON.
DU TERR ITOIRE 411
P.-S. — Bleischrôder espère que la crise financière de Vienne n'aura pas de contre-coup trop fâcheux à Berlin. 11 m'a assuré que tous ces désastres n'avaient pour cause que des spéculations effrénées ou des entreprises folles, mais qu'elles ne se rattachaient en aucune manière aux paiements faits par la France pour l'acquittement de son indemnité.
Inutile de vous dire que je ne manquerai pas de saisir les occasions d'entrer en relations avec le Gouvernement allemand sur ce qui fait l'objet de votre dépêche, et que je vous en écrirai sur-le-champ. J'en comprends l'importance à tous les points de vue.
J'espère que votre santé ne se ressent pas de toutes vos fatigues et de tant de préoccupations!
GGGLY
M. THIERS A M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER
DEPECHE TELEGRAPHIQUE
Paris, le 15 mai 1873.
J'ai reçu votre intéressante et instructive lettre ^ du 13, où sont rapportées les opinions d'un grand person-