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CHAPITRE XI

LA MÉDITERRANÉE MÉLANÉSIENNE

/. — MÉLANÉSIE ET MÉLANÉSIENS

La Mélanésie est, avec les Fiji en plus et la Nouvelle-Zélande en moins, la double guirlande insulaire qui se moule à distance sur le continent australien. Elle enferme des bras de mer dont l'ensemble constitue une sorte de Méditerranée.

On a vu l'origine des Mélanésiens et les influences qu'ils ont subies, influence malaise à l'Ouest et polynésienne à l'Est. Mais même les groupes les moins mélangés présentent, dans leurs types physiques comme dans leur civilisation, de grandes différences. L'endémisme est davantage marqué chez eux que chez les Polynésiens, plus voyageurs. Ils varient d'un archipel à l'autre, d'une île à l'autre, d'un versant à l'autre. Il ne faut pas voir là une prédisposition de la race, comme le disait Meinicke ; c'est l'effet d'une cause géographique, l'étendue des terres, leur nature montagneuse, la difficulté des communications entre les divers districts. Il y a notamment opposition entre les populations de l'intérieur, les bushmen, primitifs et sauvages, et celles de la côte, les seamen, plus accessibles aux influences civilisatrices qui viennent du dehors.

Le costume est toujours très simple. A l'intérieur, les gens vont souvent nus. Ailleurs, ils portent une bande d'écorce battue, un jupon de touffes d'herbes ou un pagne de fabrication européenne. Le tatouage n'est pas, comme en Polynésie, un véritable vêtement ; très réduit, il est généralement pratiqué par incision, à l'australienne, suivant le mode dit « en relief » (pl. XLIIL A, B et C). Les Mélanésiens aiment les ornements : plumes dans les cheveux, diadèmes de dents de chien, coquilles dans les oreilles, colliers et bracelets de graines, de coquillages et d'écadle de tortue. Ils se peignent à l'occasion la ligure en blanc et en rouge

l'océanie.

et se laquent les dents en noir. Ils se livrent avec passion à la danse, au son de la flûte et du tambour.

A l'intérieur des terres, ils en sont encore quelquefois à l'âge de pierre, mais, plus près des côtes, ils connaissent les instruments en fer. En Nouvelle-Guinée, aux Fiji, en Nouvelle-Calédonie, ils fabriquent des poteries. Comme armes, ils se servent de la lance, unie ou à crochets, et de l'arc ; la hache, la massue et la fronde sont plus rares. Le fusil ne s'est que trop répandu.

Les habitations, faites de poutres, de bambous et de fibres végétales et couvertes de feuilles de palmiers ou de pandanus, rondes et en forme de ruches en Calédonie, sont, en Nouvelle-Guinée, aux Salomon et aux Fiji, quadrangulaires avec un toit à double pente. Chez les Papous, outre des maisons au toit retroussé, qui trahissent l'influence malaise, il existe de vastes constructions ayant jusqu'à 150 mètres de long sur 30 de large, véritables caravansérails plantés sur une terrasse que soutiennent des piliers de bois. Aux Salomon, de grandes cases, les tambous, servent de salles de réunions et d'hôtelleries. Un type commun en Nouvelle- Guinée est la cabane construite sur pilotis, dans la mer et dans les lacs et aussi sur la terre ferme, soit pour une raison de sécurité, soit pour éviter l'humidité du sol ; il y a même des huttes perchées sur les arbres. Aux Fiji, des maisons spacieuses se dressent sur un tertre de terre ou de pierre (pl. XL IV, A, B et C).

Chasseurs, bien que le gibier . soit assez rare, et pêcheurs habiles à tirer le poisson à l'arc, les Mélanésiens sont avant tout des agriculteurs qui pratiquent la culture à la houe (Hackbau) et produisent le maïs, les patates douces et surtout le taro et l'igname, auxquels ils ajoutent comme aliments les bananes, les noix de coco et le fruit de l'arbre à pain. C'est à ce régime végétarien qu'ils doivent leur ventre proéminent. Ils n'élèvent pas d'animaux domestiques, sauf, en certains lieux, la volaille et les porcs, que les anciens navigateurs ont répandus en Océanie. Us boivent à l'occasion une liqueur fermentée, le kawa (kava), chiquent le bétel, usage dû aux Malais, et fument parfois le tabac.

On a attribué leur cannibalisme au manque de nourriture animale ; toutefois certains auteurs lui donnent pour origine la religion, si l'on peut appeler ainsi de grossières superstitions. Aux Fiji, il a gardé dans une certaine mesure un caractère religieux, originel ou acquis, mais ailleurs il paraît n'avoir été ou n'être devenu qu'un goût, sinon un besoin, un raffinement de gourmandise. Le tabou. que comme l'anthropophagie nous retrouverons en Polynésie, porte davantage l'empreinte de la religion, bien qu'elle ne puisse expliquer nombre de prohibitions.

On oppose quelquefois les Mélanésiens, peuples essentiellement terriens, diton, aux Polynésiens, gens de mer dans toute l'acception du terme. Il y a dans cette opinion quelque exagération. On fait valoir que nous ne connaissons pas de voyages lointains accomplis par les Mélanésiens et que certains d'entre eux sont de médiocres marins ; tels les Papous, dont les grands lakatoi, avec leurs deux voiles en forme de cœurs allongés, ne s'écartent pas des côtes et parfois même abordent le soir (pl. XLV, A). Cook s'est montré sévère pour les Néo- Calédoniens. Toutefois, l'hypothétique migration en Amérique des Noirs océaniens étant laissée de côté, il y en a qui, éduqués par les Malais et les Polynésiens, sont devenus d'habiles et audacieux navigateurs. Les Papous de Salwatti se risquent au loin en mer sur leurs praos, comme le font ceux de Waigeoe avec leurs petites pirogues aux deux balanciers très relevés qui ne touchent jamais en même temps la surface de l'eau. L'amiral Paris a manifesté son admiration

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