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G. Biard d'Aunet, L'Aurore australe, p

l'australasie et l'angleterre.

Quand, en 1883, devant la menace d'une occupation allemande, le Queensland a annexé la Nouvelle-Guinée méridionale, tout le monde en Australie l'a approuvé, et on en a voulu à l'Angleterre d'avoir désavoué cette initiative. Le désaccord avec le Foreign Office a été constant au sujet des Nouvelles-Hébrides. C'est l'hostilité profonde, bien que masquée, des Dominions australasiens qui a fait rompre le traité anglo-japonais. Un moment même, entre Londres, Melbourne et Wellington, la situation a paru presque tragique. Lorsque, en 1924, le ministère travailliste de Mr. Ramsay Mac Donald renonça à la base navale de Singapour, qu'avait décidé de créer le ministère conservateur de Mr. Stanley Baldwin, Australie et Nouvelle-Zélande formulèrent d'énergiques protestations, laissant même entendre par la bouche de Mr. Massey, Premier du Dominion néo-zélandais, qu'elles chercheraient au besoin dans une alliance étrangère la protection que l'Angleterre leur refusait. Le retour au pouvoir de Mr. Baldwin leur donna satisfaction, et, sous le deuxième ministère de Mr. Mac Donald, les travaux de Singapour ont continué. L'Australie et la Nouvelle-Zélande, préoccupées de la sécurité du canal de Suez, route de la marine impériale, se sont montrées inquiètes de l'accord anglo-égyptien, comme, dans la suite, des projets de désarmement naval ; elles entendaient, sur ce dernier point, participer aux décisions à prendre. Un accord est intervenu entre elles et le gouvernement anglais.

Quelle est aujourd'hui la situation de l'Australasie vis-à-vis de la métropole ? Elle a été peu à peu fixée, sous une forme, si l'on peut dire, de plus en plus négative, par les conférences impériales qui réunissent à Londres les premiers ministres coloniaux. Ces conférences sont de véritables congrès de puissances, où l'on traite inter pares, d'ailleurs avec toute la souplesse dont les Anglais ont donné tant de preuves en matière coloniale. Elles n'ont rien de commun avec un Parlement où la majorité écrase parfois la minorité. Tout le monde se met d'accord, car nul n'accepterait de faire ce qu'il n'a pas décidé lui-même. Elles ont à la fois resserré les liens de solidarité et relâché les liens juridiques entre les membres participants, on dirait volontiers : les actionnaires de la Société impériale. L'Angleterre a réussi, là où d'autres peuples ont échoué, à faire de l'autonomie locale le fondement de l'unité nationale. L'Empire britannique est un type sans exemple dans l'histoire.

Pas plus que les autres Dominions, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ne veulent être liées à la Grande-Bretagne par des textes précis. Elles repoussent la conception d'un super-Ëtat, d'un Parlement impérial qui pourrait imposer des décisions contraires à leurs intérêts, d'une Fédération, sorte d'États-Unis britanniques, à laquelle il faudrait abandonner une partie de leur souveraine lé.

Les Australasiens respectent profondément le roi, devenu « Roi de Grande- Bretagne, d'Irlande et des Dominions au delà des mers » et qui n'use pas du droit traditionnel qu'il possède de ne pas sanctionner les votes des parlements coloniaux. Mais ils se considèrent comme des citoyens anglais complets, ainsi que le faisaient au xvmu siècle les colons anglo-américains ; à leurs yeux, ils ont tous les droits, y compris celui de faire sécession. L'Empire est le résultai d'un accord, d'une sorte d'alliance perpétuelle, une union de nations indépendantes de fait (British Commonwealth of Nations), union libre, à laquelle la liberté même donne la sincérité et la force et donnera sans don le la durée. Le lien constitutionnel est nul : frêle tissu de traditions. Mais les cœurs liai lent à l'unisson, et on met en harmonie les intérêts par une diplomatie interne.

l'australasie.

Économiquement, l'Autralasie est libre. Elle fait des arrangements commerciaux avec les pays étrangers, où elle entretient ses agents propres. Elle est maîtresse de ses douanes et n'hésite pas à frapper les produits anglais euxmêmes, s'ils concurrencent son industrie, qui ambitionne de fournir tout au moins le marché intérieur.

Politiquement, elle est libre aussi pour sa politique intérieure. Les gouverneurs généraux entérinent automatiquement les décisions des parlements locaux. En fait, les gouverneurs sont désignés après une entente. On se demande en Australasie s'ils ne devraient pas être nommés par les colonies elles-mêmes et choisis aussi bien parmi les coloniaux que parmi les Anglais. L' Australasie traite directement ses affaires avec Londres, où ses hauts-commissaires sont de véritables ambassadeurs.

Même à l'extérieur, domaine longtemps réservé à la Grande-Bretagne, les États du Pacifique, un peu sacrifiés parfois et qui furent entraînés dans la Grande guerre sans avoir eu un mot à dire au moment décisif, ont manifesté l'intention de participer, avec les autres Dominions, à la politique étrangère de l'Empire. Des représentants de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande ont siégé dans le cabinet impérial de guerre et à la conférence de la paix ; on les à vus en 1921 donner, non sans autorité, leur avis sur la question de la Haute-Silésie. L'alerte de Gallipoli, en septembre 1922, d'où faillit sortir pour elles une guerre avec la Turquie, a augmenté leur désir d'indépendance internationale. A la conférence d'octobre 1923, Mr. Bruce demandait pour l'Australie un représentant diplomatique à Londres. Déjà le Canada a un ambassadeur à Washington, comme un ministre à Paris. Un jour plus ou moins prochain, l' Australasie, qui possède des ministères des affaires étrangères, aura ses consuls, ses ministres plénipotentiaires, ses ambassadeurs. La Grande-Bretagne tend à n'être que l'exécutrice des décisions des conférences impériales. La collaboration de l'Angleterre et de ses colonies sur le terrain extérieur a des conséquences qui dépassent les limites de l'Empire et qui intéressent toutes les nations européennes. Les Dominions, l'Australasie surtout, préoccupée avant tout du Pacifique, se désintéressent des affaires de notre continent ; ils n'aiment pas à voir leur métropole s'y engager et, en quelque mesure, les y engager à sa suite. Bien des hésitations de l'Angleterre, qui ont surpris la France, n'ont pas d'autre origine. Il faut nous habituer à l'idée que désormais la politique britannique sera pour une part la politique de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. C'est la revanche des mondes nouveaux.

BIBLIOGRAPHIE

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