LA CIRCULATION ATMOSPHÉRIQUE
La pression barométrique. — Si la Terre était une sphère liquide, les pressions seraient distribuées régulièrement par zones. Vers l'équateur, où l'air chaud et humide, très léger, tend à s'élever, il y aurait une bande de basses pressions, de minima barométriques, attirant du Nord et du Sud les vents alizés ; puis, dans chaque hémisphère, on trouverait successivement un maximum subtropical, résultat de la descente de l'air des contre-alizés, un minimum subpolaire et un maximum polaire. Mais la présence des continents, qui s'échauffent plus que les mers, en été, et se refroidissent davantage en hiver, altère cette majestueuse régularité des phénomènes ; ils ont, suivant la saison, des pressions contraires, et subissent de véritables marées atmosphériques. Il en résulte que les Bandes indiquées par la théorie sont en partie morcelées en aires discontinues.
En janvier, dans l'hémisphère Nord, les maxima dominent depuis les îles Hawaii jusque dans les États-Unis, ainsi qu'en Mongolie, tandis qu'un minimum s'étend vers l'Alaska. Dans l'hémisphère Sud, où règne alors l'été, un maximum occupe la région des îles de Pâques et Juan Fernandez, mais le Nord de l'Australie constitue une aire minimale.
En juillet, été du Nord et hiver du Sud, bien qu'il y ait dans le Pacifique septentrional un maximum, les basses pressions l'emportent en Amérique et en Asie. Au contraire, dans le Pacifique méridional, deux aires maximales occupent, l'une, le Sud de l'Australie, l'autre, la région de l'île de Pâques, comme en été.
Dans l'océan Austral, à partir de 35° latitude Sud environ en hiver et de 39° en été, domine un régime de pressions basses à mouvement cyclonique. Le « lit des dépressions », c'est-à-dire la ligne des centres de basse pression, s'étend î\ peu près, suivant la saison, de 48° à 53° latitude Sud.
La direction des vents. — La bande des minima équatoriaux, large de 500 à 1 000 kilomètres, se maintient au Nord de l'équateur, approximativement de 2° à 8° latitude en janvier et, en juillet, de 6° à 12°. C'est une région de calmes, de vents légers et variables, de folles brises. Les voiliers éprouvent souvent des difficultés à la franchir. Même à bord des paquebots, la traversée en est pénible pour les voyageurs. L'air est immobile, suffoquant de chaleur humide ; de sombres vapeurs ouatées, qui ont fait donner à cette zone, par les marins, le nom de cloud-ring, V « anneau de nuages », ou encore de « pot-au-noir », voilent le ciel et estompent le contour de l'horizon ; une lumière tamisée tombe sur la mer lisse, luisant d'un éclat trouble, plus fatiganl que celui du soleil, et les eaux lourdes se gonflent mollement sous la large houle de l'Océan.
L'ascension de l'air dans la bande du cloud-ring appelle les souilles du Nord et du Sud, que le mouvement de la Terre, sans doute, transforme en veufs du Nord-Est et du Sud-Est (fig. 9). Ce sont les alizés, Passat-Winde des Allemands, trade-winds des Anglais, ces o vents du commerce » qui poussaient les galions espagnols du Mexique aux Philippines. Déviant de plus en plus sur leur droite dans l'hémisphère Nord e1 sur leur gauche dans l'hémisphère Sud, ils engendrent deux systèmes tourbillonnaires, marqués dans les latitudes moyennes par des
Géographie universelle. — Océanie, Régions polaires australes. f<
LE GRAND OCEAN
vents d'Ouest ; ceux-ci, vers 39° latitude Sud, se confondent avec les grands vents d'Ouest, les roaring forties, les « souffles rugissants du quarantième degré », qui, de 39° latitude à 43° environ, longent le bord Nord du «lit des dépressions » de l'océan Austral. Pour les éviter, les navires suivent, soit la route recommandée par l'Amirauté britannique, entre 37° et 39° latitude, soit, entre 43° et 48°, la « route hollandaise », plus courte, mais exposée aux brumes et aux glaces, aux coups de vent subits et aux violentes rafales de pluie, de grêle et de neige. Elles ne sont bien fréquentées qu'au Sud de l'océan Indien, entre le Cap et la Nouvelle- Zélande ; plus à l'Est, la circulation maritime est faible et ne dépasse guère 39°.
L'Amérique, qui est du côté de l'origine des alizés, n'exerce que peu d'action sur eux; mais il en est autrement de l'Asie et aussi de l'Australie, beaucoup plus petite, mais plus avancée vers l'Est et prolongée par les archipels mélanésiens. Les terres équatoriales du Pacifique occidental connaissent le renversement plus ou moins complet des vents, dû à ce que les moussons australienne et asiatique soufflent dans le même sens. La Nouvelle-Guinée et l'Insulinde sont le domaine des vents alternatifs.
En janvier, l'alizé du Nord-Est balaie l'Océan de l'Amérique aux Philippines entre 24° et 8° latitude Nord, sur plus de 100 degrés de longitude. En hauteur, il souffle à peu près sur 2 500 mètres. On voit parfois les nuages gris des couches inférieures aller vers le Sud-Ouest, et les cirrus, nuages des hautes altitudes, se mouvoir en sens inverse sous la poussée du contre-alizé. La mousson asiatique renforce, en hiver, les vents d'Ouest du Pacifique septentrional.
Le système tourbillonnaire de l'hémisphère Sud, qui est alors en été, est moins régulier que celui de l'hémisphère Nord. C'est que la mousson australienne, sans doute, et aussi des influences locales rompent l'alizé vers le milieu de l'Océan : il n'est bien établi que de l'Amérique aux Marquises, entre 24° latitude Sud et 2° latitude Nord, sur environ 70 degrés de longitude. Plus à l'Ouest, il est souvent remplacé par des souffles du Nord-Est, du Nord et du Nord-Ouest, par des brises irrégulières et changeantes et même par des calmes. Il semble qu'il reparaisse en Nouvelle-Calédonie. Quant à la mer de Corail, elle est le théâtre d'une lutte constante entre les vents du Nord et du Nord-Ouest, et ceux du Sud-Est.
En juillet, le système circulatoire est remonté vers le Nord (lig. 11). Dans l'hémisphère boréal, les alizés soufflent de 29° à 12°; dans l'hémisphère austral, à peu près de 20° latitude Sud à 6° latitude Nord. Au Nord, dans la partie occidentale de l'Océan, l'alizé s'incline vers l'Ouest et le Nord-Ouest, sous l'influence peut-être de la mousson d'Asie1. Au Sud, mieux établi qu'en été, il s'étale, avec des irrégularités d'ailleurs à l'Ouest, de l'Amérique à l'Australie et se confond avec la mousson australienne. Sur la côte d'Amérique, les vents de l'hémisphère Sud, qui dépassent de beaucoup l'équateur, subissent peut-être la déviation sur la droite propre à l'hémisphère Nord et donnent lieu, en Amérique centrale, à une mousson ou à une pseudo-mousson du Sud-Ouest.
Les vents servent aux navires plus que les courants : alors que les courants équatoriaux ne font que 33 à 67 kilomètres par jour, les alizés atteignent des vitesses de 26 kilomètres à l'heure. Sous leur souffle puissant et régulier, la nier frémit, les larges lames de l'Océan déferlent parfois en volutes d'écume, et les voiliers, avec leurs hautes voiles tendues et gonflées, glissent tout penchés sur la
1. J. Brunhes met en doute l'existence d'une véritable mousson d'été en Chine (Les typhons des. mers de Chine, La Géographie, XL, 1923, p. 94).
LE GRAND OCÉAN
surface des eaux. Du xvie au xvme siècle, la bande septentrionale des alizés a été la route d'Amérique en Asie. Les galions espagnols, depuis Urdaneta (1565), la suivaient pour aller d'Acapulco à Manille, tandis que, pour leur voyage de retour, ils allaient chercher très loin au Nord, dans la zone des vents d'Ouest, une voie plus longue, mais plus rapide. Encore aujourd'hui, les voiliers tracent sur l'Océan de larges courbes qui tournent avec les vents.
Les cyclones. — Les cyclones sont des dépressions barométriques analogues aux aires cyclonales ordinaires, mais resserrées, de sorte qu'il y a une
forte différence de pression ou, comme on dit, un fort gradient entre le centre et les bords et que les vents tournent autour avec une grande vitesse et, par conséquent, une grande violence dans le sens des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère austral et en sens contraire dans l'hémisphère Nord. En même temps, le cyclone, très instable comme toutes les dépressions, où l'air se précipite pour les combler, se déplace en décrivant une courbe dont la convexité est normalement à l'Ouest et qui l'éloigné de l'équateur1 .
Dans l'hémisphère boréal, les Philippines, la mer de Chine et le Japon sont particulièrement exposés aux cyclones, tandis que les îles Hawaii, grâce au voisinage de l'anticyclone du Pacifique Nord, y échappent presque complètement. Dans l'hémisphère austral, ils exercent surtout leurs ravages sur les Samoa, les Tonga, les Fiji, les Nouvelles-Hébrides, la Nouvelle-Calédonie et la côte Nord-Est de l'Australie ; les îles du Pacifique oriental, voisines d'un anticyclone, et surtout la Nouvelle- Zélande sont rarement touchées. C'est en été que les cyclones se produisent, au moment où l'alizé est mal établi et où l'instabilité des vents, fréquente alors clans le Pacifique occidental, favorise la forniation des dépressions. Les mois dangereux sont juillet, août et septembre au Nord de l'équateur et, au Sud. janvier, février et mars (pl. IV, A).
Un des cyclones les plus typiques est celui qui a dévaste la Nouvelle-Calédonie au mois de mars 1910 et qui a duré à Nouméa 26 heures ( fig. 10). Sa marche a été très régulière. La courbe qu'il a décrite était une parabole convexe vers
1. Il s'est produit en août 1924 un typhon — c'est le nom des cyclones dans les mers de Chine — de type aberrant. Formé dans la région des Mariannes. il a tourné dans la direction de l'équateur vers le Sud-Ouest, puis vers le Sud-Est. Arrêté par un anticyclone, il a remonté vers le Nord-Est. a recoupé sa trajectoire primitive et est allé se perdre au large du Japon.