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Fig. 71. — Le rebord du continent antarctique dans le secteur de l'océan Indien. Parages explorés par D. Mawson (à l'Est et au Centre) et par E. Dryealski (à l'Ouest). — 1, Banquise ; 2, Barrière
de Glace. — Échelle, 1 : 4 500 000.
desquels sont semés, par endroits, des centaines d'îlots minuscules à fleur d'eau, souvent recouverts de gâteaux de glace, plus rarement rocheux. Tels sont, près du cap Denison, les îlots Mackellar ; un autre archipel avoisine le cap Gray (fig. 67).
Cette côte n'est pas la plus froide, mais assurément la plus tempétueuse du monde antarctique. La moyenne annuelle observée par Mawson en 1913 et 1914 a été de — 18°. Le Gauss n'avait relevé que — 11°,5. Mais, avec l'équinoxe d'automne, commence une sorte d'ouragan continu, qui ne fait jamais trêve que quelques heures de suite et qui dure huit à neuf mois. Le vent souffle de l'Est et du Sud-Est, à une vitesse qui atteint en moyenne 90 kilomètres à l'heure, mais qui s'élève parfois à 150 et même 200 kilomètres. Aussi emporte-t-il tout objet qui n'a pas été solidement amarré, planches, coffres, traîneaux ; il menaça, en mai 1913, d'enlever le toit de la station, pourtant enfoui dans la neige. Chargé d'une sorte d'émeri de glace, il corrode et burine le bois, polit le métal, crée de curieuses vermiculations dans la glace dure et dans les roches, et sillonne la neige de sas-
RÉGIONS POLAIRES AUSTRALES
trugis durcis très gênants pour le traînage (pl. LVII, A). Il jette à la mer des masses énormes de neige, qui transforment les eaux en une sorte de bouillie s'écoulant sans cesse vers le Nord. On ne peut avancer dans de telles tempêtes qu'avec d'énormes crampons aux chaussures et en « s'appuyant pour ainsi dire sur le vent ». Contre de pareils cataclysmes, il n'est possible de se défendre pendant l'hivernage qu'en s'enfouissant sous la neige. Mawson et les siens ne pénétraient dans leur hutte qu'au moyen d'une trappe ménagée dans le toit ; ils se creusèrent de profondes catacombes en guise de magasins et de dépôts, et menèrent une franche existence de troglodytes.
Le revêtement glaciaire témoigne de la prodigieuse abondance des chutes de neige ; il est à peu près intégral, absolu. Un point où, comme au cap Denison, l'inlandsis épargne un lambeau de rocher d'un demi-kilomètre sur un kilomètre et demi de long est une « oasis » presque unique en son genre. Mawson y a étudié une accumulation de blocs morainiques formant un vrai musée de roches éruptives et sédimentaires. Une moraine terminale limite l'inlandsis ; celle-ci repose sur une moraine de base de 12 mètres, faisant corps avec la glace, et s'élève par des pentes brusques pour recouvrir le pays entier. Une excursion poussée jusqu'à 500 kilomètres dans l'intérieur se tint sans cesse sur un plateau de neige désolé où le vent a buriné d'énormes sastrugis. Le point ultime atteint, non loin du pôle magnétique, se trouvait à 1 800 mètres.
La plus intéressante découverte glaciaire que l'on ait faite en ces parages est assurément celle des exutoires de cette inlandsis. Les glaciers Ninnis et Mertz. dans la terre Adélie, offrent cette particularité de s'encaisser dans une plaine ; à leur tête, ils forment dans l'inlandsis de grands amphithéâtres déprimés et crevassés: celui du glacier Ninnis n'a pas moins de 100 kilomètres de diamètre. Aussi bien, avec leur longueur respective de 160 et 225 kilomètres, leur largeur de 35 à 40 kilomètres, ces appareils sont-ils les plus vastes glaciers de vallée du Globe. Par l'état crevassé de leur surface, ils causèrent à Mawson de grandes difficultés. On a vu plus haut l'énorme saillie flottante qu'ils prononcent en mer (p. 327 et fig. 67).
D'autre part, Wild a jeté un jour singulier sur l'origine des barrières ou terrasses littorales de neige par la reconnaissance d'un complexe glaciaire grandiose, qui s'étendait à l'Est de sa station d'hivernage, d'ailleurs installée sur son rebord. Entre 98° et 101° longitude Est Greenwich, par l'effet du tracé local de la côte, se produit la convergence de quatre exutoires, dont deux gigantesques, les glaciers Denman et Scott. La partie encaissée du premier ne mesure pas moins de 100 kilomètres. Les quatre appareils débouchent par delà la côte en un vrai piedmont-glacier et y provoquent une zone de grandes crevasses. Mais là ne se borne pas l'effet de leur confluence. En avant de leur zone d'étalement terminal et faisant corps avec eux s'étend, au-dessus du socle côtier, une immense terrasse de neige, le Shackleton Shelf ou Barrière Shackleton, absolument identique à celle de Ross et se brisant vers le large par une tranche de 30 mètres. A son angle Nord- Ouest, elle projette une curieuse avancée de 100 kilomètres, que Wild a baptisée la langue Termination en souvenir de la fausse terre de Wilkes dont elle occupe l'emplacement. Trois îles importantes, les îles Henderson, David et Masson, sont englobées dans la terrasse et la consolident.
Ces côtes de climat si répulsif sont à peu près désertes l'hiver. Mais elles deviennent, en été, le rendez-vous d'une faune pullulante. Vanhôffen, le zoolo-
Phot. Scotl Polar Kesearch Inst., Cambridge. A. — ASPECT DE L'EREBUS, VU DU SUD-OUEST. Au premier plan, l 'i lot Birg Razorback, culol de trachyte marquant une bouche locale d'éruption.
Phot. Scotl Polar Itesearcli Inst., Cambridge. H. L'ILE BUCKLEY, VUE Dl SUD-EST. N'unatali situé mu milieu du glacier Beardmore. Grès à Glossopteris (Beacon sandstone) avec couches de charbon.
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Phot. Cop New-York American.