LES COURANTS MARINS
L'océan Austral mis à part, les courants du Pacifique, qui, en dehors d'une dérive subpolaire au Nord-Ouest, appartiennent aux latitudes basses et moyennes, sont, d'après la théorie classique, formulée par Zôppritz, sous la dépendance des vents (fig. 12 et 13). Toutefois 0. Pettersson voit, dans la transformation directe de la chaleur en travail, la cause essentielle de la circulation océanique. On s'est fait jadis des courants une image trop simplifiée ; sur l'auto-
100° 120° 140° 160° l80°Gr. 160° 140° 120° 100° 80°
Fig. 13. — Modifications principales de la circulation océanique en juillet-août, d'après la Deutsche
Seewarte et Emm. de Martorine.
Mêmes signes que pour lu figure 12. — ■ Même échelle.
rité de Maury, on les concevait comme des fleuves bien délimités, des « fleuves d'eau, dit J. Thoulet, coulant au milieu de l'eau même ». Il n'en est ainsi que lorsqu'un courant froid vient, pour ainsi dire, s'appuyer sur un courant chaud ; en ce cas, la ligne de séparation est assez nette. Mais ailleurs, c'est toute la masse océanique qui est entraînée vers l'Ouest dans les régions intertropicales et vers l'Est aux latitudes plus élevées. « C'est la mer en mouvement », comme dit Rennell. Cette circulation un peu diffuse s'observe particulièrement dans le Pacifique, dont les bords, très éloignés, ne dirigent pas les courants et n'en précisent pas les contours, autant qu'on le voit dans l'Atlantique, plus resserré.
Les alizés déterminent deux courants équatoriaux, séparés par un courant de compensation ou de retour, et qui, déviant sur leur droite au Nord et sur leur gauche au Sud, par suite, sans doute, du mouvement de la Terre, engendrent deux systèmes tourbillonnaires, images des systèmes tourbillonnaires de l'atmosphère et, comme eux, remontés plus ou moins vers le Nord, suivant la saison.
Le courant Nord-équatorial n'est bien formé que vers 140° longitude Ouest Greenwïch. Arrêté par les Philippines, il tourne au Nord, tout en envoyant, en hiver, dans l'hémisphère Sud, une branche qui détermine sur la côte de la Nouvelle-Guinée un courant du Nord-Ouest. Le Kouro-shiwo le continue et rencontre au large du Japon un courant froid, l'Oya-shiwo, qui charrie en été les glaces des mers à demi polaires de Bering et d'Okhotsk. Le reste du Pacifique Nord, qui ne communique pas largement, comme l'Atlantique, avec le bassin
LE GRAND OCÉAN
arctique, ne connaît pas, pour ainsi dire, les glaces flottantes et pas du tout les icebergs. Le long de l'Amérique, le courant de Californie provoque une montée d'eaux profondes et froides, et devient un courant frais. Au centre du circuit, des herbes flottantes rappellent en petit la mer des Sargasses de l'océan Atlantique.
Le courant équatorial du Sud, plus puissant que l'autre, mais refroidi à peu près jusqu'au méridien de Tahiti par les eauH du courant du Pérou, empiète, comme l'alizé, sur l'hémisphère septentrional. Il commence vers 100° longitude Ouest Greenwich. Arrivé aux îles mélanésiennes qui lui font obstacle, il tourne vers le Sud en s'éparpillant pas mal. Pendant l'hiver austral, époque où il est le mieux établi, il s'avance davantage, vers l'Ouest et envoie au Xord-Ouest deux dérivations, l'une au Nord de la Nouvelle-Guinée, l'autre dans le détroit de Torres (courant de Rossel) ; cette région a ainsi, suivant la saison, des courants opposés.
Le courant de l'Australie orientale continue plus ou moins le courant équatorial et se confond peu à peu avec l'afflux général vers l'Est des eaux de l'océan Austral. Ce mouvement comporte d'ailleurs, comme l'a montré C. Vallaux, de nombreuses variations locales. En été, les glaces flottantes y sont abondantes : non pas tant des glaces de dérive, moins épaisses que celles du Nord et vite désagrégées par l'énorme houle, que des icebergs, très nombreux, parce qu'il s'en forme sur tout le front du continent antarctique. Leur hauteur ordinaire est d'une centaine de mètres. Ils ne fondent pas ; ils sont brisés par les vagues. Leur marche est très lente, car, cinq à sept fois plus profonds que hauts, ils obéissent en partie à l'impulsion de courants inférieurs, parfois contraires aux courants de surface. Certains icebergs vivent une dizaine d'années, trois fois plus que leurs frères arctiques.
Les eaux australes passent en partie dans l'Atlantique, en doublant le cap Horn, et, en partie, donnent naissance, le long de l'Amérique du Sud, au puissant et rapide courant de Humboldt ou du Pérou, courant froid, refroidi encore par une montée d'eaux profondes. Son bord gauche, en s'étalant, détermine un système tourbillonnaire de plus de 5 000 kilomètres de diamètre et dont le centre est l'île de Pâques. Tournant ensuite à l'Ouest, il devient le courant Sud-éqnatorial. Une mer des Sargasses existe entre Pâques et les Kermadec.
Le contre-courant du Pacifique n'est très régulier, ni dans son cours, ni dans sa largeur, ni dans sa vitesse. Pendant l'été boréal, époque où il est alimenté en partie par une branche de retour du courant équatorial du Sud, on l'observe depuis les Carolines, tandis qu'en hiver il ne se montre guère qu'à 167° longitude Ouest Greenwich, 50 degrés plus à l'Est. En arrivant devant l'Amérique centrale, il oscille et, obéissant aux vents, il porte au Sud-Est en hiver et, en été, au Nord-Ouest.
Les mers bordières possèdent, soit des systèmes tourbillonnaires particuliers, en relation avec les vents locaux ou causés par des différences de température et de densité dans les eaux, soit des courants de marée. Dans l'Océan même, suivant la règle, les marées sont faibles : 10 centimètres à Honolulu, 50 centimètres à Papeete, où la pleine mer, sous la dépendance de la seule action solaire, se produit régulièrement tous les jours vers midi et vers minuit : mais elles sont parfois fortes dans les mers fermées et dans les archipels (7 à 8 m. dans la mer de Timor, sur les côtes d'Australie). On observe notamment ces courants de marée, variant jusqu'à quatre fois par jour, dans le golfe
l'atmosphère et les eaux.
de Californie et au Sud du Chili, sur les côtes de Chine, dans l'Insulinde, dans le golfe de Carpentarie et au Sud-Est de l'Australie.
Les courants du Pacifique ont une influence moindre que ceux de l'Atlantique sur le climat des pays voisins : s'éparpillant davantage, ils sont plus faibles. Le Kouro-shiwo n'est comparable que de loin au Gulf-stream, plus puissant et qui atteint des contrées plus septentrionales ; il réchauffe tout de même dans une certaine mesure l'Alaska. Le courant de Californie, qui paraît frais en été et tiède en hiver, communique une grande douceur au climat des rivages pacifiques des États-Unis ; les beaux automnes sont propices à la culture fruitière. Le courant de Humboldt abaisse, en dedans des tropiques, la température moyenne du Chili septentrional, du Pérou et des îles Galapagos, situées sous l'équateur même. Par contre, il contribue à rendre ces pays très secs. Ce qui le prouve, ce sont les abondantes précipitations qui ont accompagné, en mars et avril 1925, le changement accidentel du régime des vents, passés du Sud-Est au Nord-Ouest, et le renversement du courant, alimenté alors par des eaux équatoriales et réchauffé de 7 à 8 degrés. Peut-être, à la suite d'une active fusion des glaces, le courant, accéléré et rendu plus sensible à la force de déviation de la rotation terrestre, a-t-il été dévié à l'Ouest, ce qui aurait permis l'arrivée sur Jes côtes d'eaux venant du Nord. Le courant de Benguella (Afrique du Sud- Ouest) a eu un accident analogue.