IX. — L'ÉLEVAGE
Les progrès de l'art pastoral en Australie ont tenu du prodige. En 1788, le capitaine Arthur Phillip amenait avec lui un taureau et cinq vaches, un bélier et vingt-neuf moutons et brebis. En 1891, au bout de cent trois ans, les moutons avaient atteint le nombre de 106 421 068, et, en 1921, le gros bétail comptait 14 441 309 têtes. Il y a 17 moutons et 2 bœufs ou vaches par habitant.
La géographie explique cette destinée. Le climat permet de laisser les bêtes dehors, même en hiver. Pas de bergeries, et un personnel très restreint : les gardiens ont été remplacés par des barrières en fil de fer, le fencing. L'absence de bêtes féroces, le peu de défrichements à faire dans des plaines souvent découvertes, l'excellence des herbes indigènes et des saltbushes ont donné aux colons la sécurité et ont réduit leurs dépenses. Au moins à l'Est, le mouton et le gros bétail prospèrent à partir de la ligne de 25 centimètres de pluie ; le mérinos est même là dans son élément. D'autre part, l'humidité, les grasses prairies, ainsi que le voisinage des grandes villes consommatrices ont développé sur la côte orientale l'industrie laitière, tandis que les averses tropicales du Nord ont donné une grande extension à l'élevage du bœuf.
Par contre, l'art pastoral est en Australie la proie de redoutables fléaux : outre les maladies du bétail (tique, fasciole, fourchet, péripneumonie, anthrax ou charbon), il y a les lapins, le figuù r de Barbarie et la mouche bleue, auxquels le faible peuplement de l'intérieur i permis de se multiplier en sécurité, et surtout les sécheresses.
Les cinq lapins introduits en 1862 sont devenus des milliards et ont littéralement tondu des provinces entières. Les procédés ordinaires de lutte, chiens dressés, destruction méthodique des terriers par des rabbiters, pièges, poisons, inoculation de virus suivant la méthode pastorienne, se sont révélés insuffisants. Aujourd'hui, les gouvernements comme les particuliers établissent des barrières en treillage de fer (rabbil proof fences) ; il y en a plus de 30 000 kilomètres en Nouvelle-Galles, et la grande barrière, due à l'initiative du gouvernement westralien, s'allonge d'un seul morceau sur 1 650 kilomètres (fig. 37). Le figuier de Barbarie (prickly-pear, Opuntia inermis) couvre huit à neuf millions d'hectares au Queensland et en Nouvelle-Galles et avance chaque année de près d'un demi-million ; ses feuilles aux épines minuscules provoquent des ulcères dans la bouche des bestiaux, qui ne peuvent plus se nourrir et meurent de faim. La mouche bleue dépose ses œufs dans la toison des moutons, dont la laine tombe touffe par touffe. Le seul remède eflicacc contre ces « pestes » serait le peuplement de l'intérieur.
Les sécheresses sont fréquentes et durent parfois plusieurs années: 1877, 1884, 1888, 1895-1902, 1908, 1912, 191 1-1915, 1918, 1922-1923, 1925. Il se produit alors de terribles « famines de bétail » ; les animaux meurent faute d'herbe (fig. 41). De 1894 à 1902, le cheptel bovin a passé de 12 311 617 têtes à 7 062 742, perdant ainsi en huit ans 5 248 875 bêtes, soit 43 p. 100 de son effectif ; de 1891 à
l'australasie.
1902, le troupeau ovin, passé de 106 421 068 bêtes à 53 668 347, a perdu presque la moitié de son contingent, 52 752 721 animaux, dont 18 371 264 pour la seule année 1902 ; il se trouvait ainsi réduit à ce qu'il était en 1875, vingt-sept ans plus tôt. Il y a en général parallélisme entre l'augmentation ou la diminution du nombre des moutons et du gros bétail. Toutefois, celui-ci est moins sensible aux changements ; il vit surtout dans les régions assez bien arrosées, et les vaches laitières sont l'objet de soins spéciaux et sont souvent nourries avec des fourrages conservés. Il peut aussi n'y avoir pas de concordance entre les pluies dans les différentes parties du continent, les unes riches en bovidés, les autres en o vidés. C'est ainsi que les sécheresses de 1888, de 1908 et de 1918 n'ont guère affecté le gros bétail; par contre, par suite de sécheresses au Queensland, les boeufs ont diminué entre 1921 et 1926, alors que les moutons s'accroissaient régulièrement. Il faut ajouter que l'Australie possède une élasticité, un pouvoir de récupération remarquables : en sept ans, après la terrible année 1902, les moutons ont augmenté de 38 millions.
Il y avait en 1926-1927 en Australie 104 267 101 moutons, 11 963 278 tètes de gros bétail, dont 2 434 745 vaches laitières. Les quatre cinquièmes des animaux sont dans les États de l'Est : Nouvelle-Galles, Queensland, qui possèdent, l'une, plus de la moitié des moutons, l'autre, près de la moitié du gros bétail. Victoria.