‹ OceanieChapitre 78 sur 172 · VACHES LAITIÈRES · texte numérisé non relu

VACHES LAITIÈRES

Nouvelle-Galles du Sud

Victoria

Queensland

Australie méridionale

Australie occidentale

Territoire du Nord

Territoire de la capitale fédérale . . .

Australie

Outre les pur sang provenant d'étalons arabes et anglais, on élève des bêles de trait et de selle admirables d'endurance ; ces chevaux assurent la remonte anglo-indienne. Quant aux porcs, ils sont l'accessoire de la ferme et notamment de l'industrie laitière, dont ils consomment les résidus.

Les moutons. - - Les moutons, par leur laine et par leur viande, sont la principale richesse de l'Australie, qui en possède peut-être plus qu'aucun pays au monde2 (fig. 42). Toutefois, en 1928, l'Australie ayant 99 215 663 moutons, les statistiques russes déclaraient 134 293 000 animaux ; il est vrai que, dans ce nombre, sont comptées les chèvres. Le capitaine Mac Arthur passe, bien que le fait ait été contesté, pour avoir introduit en 1797 les mérinos espagnols a laine

1. Il faut ajouter 2 122 516 chevaux, 989 009 porcs, 174 233 chèvres, 17 166 mulets et ânes, 10 238 chameaux et 390 autruches.

2. Les Australiens aiment à citer le vieux dicton : « Sheep have golden feet, and whatever the prinl of them appears, the soil is turned to gold ». (Les moutons ont des pieds d'or, et. partout où apparaît leur trace, le sol est changé en or.)

l'état social et économique de l'australie.

très fine. Longtemps ils ont été la marque même de l'Australie ; mais, depuis le développement de l'industrie frigorifique, on a introduit des moutons anglais, à la laine plus grossière, mais à la viande abondante, les Lincolns, les Leicesters, les Shropshires, les Southdowns, les Border Leicesters, les Romney Marshes. Les croisés (crossbreeds) forment aujourd'hui plus de la moitié du troupeau australien.

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Fig. 41. — ■ Les sécheresses et le troupeau australien. 1, Années sèches; 2, Années particulièrement sèches. — L'échelle de gauche se rapporte à la courbe des moutons, l'échelle de droite, à celle du gros bétail (en millions). — Le manque de concordance accidentel entre les années sèches et la diminution du troupeau s'explique par le fait que les années météorologiques et les années statistiques ne partent pas de la même date ; en outre, une année sèche dans l'ensemble peut être humide à l'Est, où les animaux sont le plus nombreux ; dans ce cas, il arrive que le troupeau augmente. Ovins et bovins ont en général une marche parallèle ; toutefois, s'il y a des pluies en Nouvelle-Galles et une sécheresse au Queensland, comme en 192fi, les premiers

s'accroissent, et les seconds diminuent.

Le mouton est l'animal de l'intérieur. On ne le trouve ni dans les régions nettement tropicales ni sur la côte orientale. Au Sud-Ouest, à l'Est et surtout au Sud-Est, il s'accumule autour de l'isohyète de 50 centimètres et s'étend jusqu'à celle de 25, qu'il dépasse même à l'occasion. Mais, en dehors des terrains irrigués, il lui faut beaucoup d'espace : un hectare dans le Far West néo-gallois et queenslandais et parfois, en Westralie, jusqu'à 10 hectares (pl. XXXI).

Autrefois, dans tout l'intérieur, il n'y avait que les estâtes des pastoralistes, les merino kings ; sur des centaines de mille hectares pâturaient des centaines de mille moutons. Rien qu'au Queensland et en Nouvelle-Galles on a compté 146 troupeaux déplus de 100 000 têtes, dont cinq de 300 000 à 500 000, cinq de 500 000 à 700 000, un de 842 000. Un éleveur occupait un territoire de 12 000 kilomètres

l'austbalasie.

carrés, l'étendue de deux départements français, et possédait en divers lieux 1250 000 moutons. Ces runs étaient des déserts d'hommes. Après une course dans la solitude de 50 ou de 60 kilomètres en buggy, la voiture australienne aux quatre roues égales, attelée de deux ou trois chevaux en tandem, on apercevait, au milieu des communs en bois et en tôle, une maison peinte en blanc, entourée

HO'E.Gr. 130* M" 150°

Fig. 42. — Les moutons en Australie (1924-1925). — Échelle. 1 : 33 000 000.

Les courbes délimitent les régions pluviométriques. Chaque point correspond à 20 000 moutons. — D'après V Officiai Year Book of the Commormealih, n» 21, 1928, p. 659.

de vérandas et dont le toit de fer galvanisé reluisait au soleil. C'était la « station », où résidait le régisseur, le manager ; le propriétaire, enrichi par la vente de la « toison d'or », de la golden fleece comme on disait, de ses animaux, vivait dans la capitale ou même à Londres. Sous la surveillance occasionnelle de quelques cavaliers, les boundary riders, les moutons erraient librement dans d'immenses pacages divisés en compartiments par des dizaines et parfois des centaines de kilomètres de fil de fer. On ne les réunissait que pour la tonte, effectuée en général à la main par des compagnies de tondeurs nomades qui, pendant l'hiver, la besace et la théière (billy) sur le dos, venaient à pied se louer dans les différentes stations ; un bon tondeur dépouillait de leur toison, avec des ciseaux, une centaine de moutons par jour1. La laine était comprimée à la presse hydraulique et mise dans des balles en toile de jute, de 162 kilogrammes, que des chars, attelés de six ou huit paires de chevaux ou de bœufs, traînaient jusqu'aux ports d'embarquement des rivières ou aux stations de chemins de fer (pl. XXXII. C).

1. La vie pittoresque des tondeurs a été décrite dans le célèbre recueil de nouvelles de Henry Lawson, While the billy boils.

L'ÉTAT SOCIAL ET ÉCONOMIQUE DE L'AUSTRALIE

C'était la vieille Australie, qu'a fait disparaître peu à peu depuis trentecinq ans la politique du doser seulement. Les latifundia n'existent plus que dans l'extrême Far West, où on les conserve, provisoirement au moins, faute de pouvoir établir des colons dans des régions arides et dépourvues de communications. En 1922 il ne restait dans tout le Commonwealth que 15 troupeaux d'au

120° E.Gr 130» 140° 150'

Fia. 43. — Le gros bétail en Australie (1924-1925). — Échelle, 1 : 33 000 000.

Les courbes délimitent les régions pluviométriques. Chaque point correspond à 2 500 têtes de gros bétail. — D'après VOfficial Year Book of the Commonwealth, n° 21, 1928, p. 660.

moins 100 000 têtes de bétail, contre 52 277 troupeaux de moins de 500 tètes.

Le farmer australien possède quelquefois une centaine d'hectares et davantage. Il a taillé son chemin dans la brousse pour arriver à son domaine, il a enclos sa propriété et bâti sa maison. Avec l'aide de sa famille et de ses voisins, il pratique la culture, il fait de la laiterie dans les districts favorables, surtout il se livre, et parfois exclusivement, à l'élevage des croisés, à la laine inférieure, mais aux lourdes « carcasses » propres à la frigorification. Il mène la vie d'un citadin. Sa femme fait de la musique, il est abonné aux journaux et aux revues, il emprunte des livres, il a souvent son automobile. Il n'est pas un paysan, mais un propriétairenégociant, comme en Amérique. Sa politique ne vise que ses intérêts terre à terre. Il représente tout de même le commencement de ce qui manquait à l'Australie, le début d'une classe moyenne rurale.

Le gros bétail. — Le gros bétail est, si l'on peut dire, plus « extérieur » que le mouton (fig. 43). Il s'accumule sur la côte, depuis le Queensland moyen jusqu'en

GÉocnAPim: UNivF.nsELLE. —

Océanie. Régions polaires australes.

l'australasie.

Victoria, entre la mer et l'isohyète de 1 mètre. Dans l'intérieur, au Sud-Est, à l'Est et au Nord, on le trouve autour de l'isohyète de 50 centimètres, comme le mouton, mais beaucoup plus disséminé. Il est seul à occuper le Queensland tropical et semi-tropical, la division de Kimberley et le Territoire du Nord, où il y a 227 bœufs pour un habitant. Il pénètre même jusqu'au centre du continent.

L'Australie n'est que le neuvième pays du monde pour le nombre des bœufs et des vaches, très loin derrière l'Inde britannique, la République des Soviets et les États-Unis. Toutefois, proportionnellement à sa population, elle est peut-être, avec la Nouvelle-Zélande, le pays le plus riche en gros bétail. Les animaux ont été très améliorés au moyen de reproducteurs anglais de race pure : Herefords, Devons, surtout Shorthorns.

Le Far West queenslandais a été protégé par son éloignement et son isolement contre le closer settlement. Dans la région de Richmond, de Cloncurry, de Burketown et de Camooweal, où d'ailleurs une bête a parfois besoin pour elle seule de 3 à 6 hectares, on voit encore des runs de 500 000 à 1 300 000 hectares, nourrissant de 10 000 à 50 000 têtes de bétail. Ce ne sont pas des vaches laitières, liées en général à la petite propriété, mais des bœufs destinés à l'alimentation de l'Australie et à l'exportation comme viande congelée. Les animaux sont conduits à pied, parfois sur des centaines de kilomètres, aux gares d'embarquement. On en a même envoyé de Camooweal à Oodnadatta : c'est un voyage de 3 000 kilomètres, d'une durée de six mois.

L'industrie frigorifique, dont les initiateurs ont été T. S. Mort, Augustus Morris et E. D. Nicolle, a donné lieu à un commerce régulier à partir de 1883. En 1925, on a abattu 2434424 bœufs et veaux et 11 011 471 moutons et agneaux. Une moitié demeure sur le marché local. Le surplus est exporté comme viande congelée (frozen meaf) ou comme conserves de viande (preserved meat, canned meat). Les usines (meatworks, freezing works) sont au nombre de 40 dans le Commonwealth, dont 13, les plus importantes en général, dans le Queensland, à Townsville, à Rockhampton, à Brisbane, à Gladstone, à Bowen, etc. Ces usines, outre le bœuf et le veau, préparent le mouton et l'agneau, le lapin, le cheval, les dindons, les poulets, les œufs et les poissons. Les gouvernements inspectent les animaux, les locaux et le matériel, et mettent sur les produits exportés une marque de garantie, le label.

L'industrie laitière (dairying) est devenue une des plus importantes de l'Australie moderne. Elle fabrique avant tout le beurre, puis le fromage et le lait condensé. Elle est de date récente, ayant commencé vers 1890 au Queensland. sur l'initiative du gouvernement, mais ses progrès ont été féeriques. Les races : Ayrshires, Jerseys, Shorthorns laitières, ont été sélectionnées et améliorées, l'ensilage fournit du fourrage pour la mauvaise saison, et les vaches sont traites mécaniquement. L'État exerce un contrôle.

L'industrie laitière s'est installée dans les plaines côtières de l'Est et du Sud- Est et dans les vallées et sur les collines jusqu'à l'isohyète de un mètre environ. Au Queensland, elle commence au Nord de Rockhampton et continue au Sud par Gladstone, Bundaberg, Maryborough et Gympie ; on la trouve également dans la Blackall Range au Nord de Brisbane et, à l'Ouest, à une centaine de kilomètres à l'intérieur, dans les Darling Downs, où les centres de Toowoomba* de Fassifern et de Rosewood sont justement célèbres. En Nouvelle-Galles, elle existe sur toute la côte, notamment entre la frontière queenslandaise et la Hunter

L'ÉTAT SOCIAL ET ÉCONOMIQUE DE L'AUSTRALIE

et, au Sud de Sydney, dans l'Illawarra et la vallée de la Shoalhaven. En Victoria, elle prospère au Sud des Highlands, dans les plaines bien arrosées où les vaches donnent beaucoup de lait ; mais déjà à cette latitude le froid se fait sentir, et il faut parfois, en hiver, recouvrir les bêtes d'un drap grossier.

La laiterie est essentiellement l'apanage de petits propriétaires ou de petits locataires de terres de la Couronne, qui, sur quelques dizaines ou une centaine d'hectares, élèvent de 30 à 150 vaches. Les uns sont des farmers, pratiquant ce qu'on appelle le mixed farming, c'est-à-dire à la fois la culture et l'élevage; d'autres sont des graziers, éleveurs uniquement adonnés à la laiterie. Tous portent leur lait aux fabriques et, avec le petit lait, engraissent des veaux et des porcs. Le fournisseur de lait « trait », comme on dit au Queensland, un chèque mensuel qui paie tous ses frais. Les neuf dixièmes du lait sont faits par les fabriques, qui pour la plupart sont des coopératives, administrées par un comité de producteurs-actionnaires ; elles sont pourvues d'un matériel moderne, écrémeuses suédoises ou danoises, réfrigérateurs, pastorisateurs, le tout installé souvent dans un simple hangar de bois et de tôle, au centre du village, à côté de l'église, de l'auberge-épicerie et du maréchal ferrant. Mais il y a aussi des usines qui font venir le lait de loin par bateau ou par chemin de fer et réexpédient les ustensiles échaudés et stérilisés. Quelques grands propriétaires se sont spécialisés dans la laiterie. Ils confient des parcelles à de petits exploitants, auxquels ils fournissent le bétail et le matériel ; les produits sont partagés. C'est le share System, le métayage.

L'avenir. — L'Australie ne possède pas tout le bétail que lui accorderaient les moyennes pluviométriques. Sa richesse possible en animaux domestiques, sa stock carrying capacity, est réduite par l'irrégularité des précipitations. Il faut restreindre le nombre des bêtes; sinon, une année sèche survenant, c'est un désastre.

Toutefois, la mise en valeur des ressources en eau et les semis d'herbes et de fourrages européens augmenteront automatiquement la densité du bétail. Le mouton se développera en Westralie et occupera la bande qui réunit celle-ci au Queensland, entre les isohyètes de 50 et de 25 centimètres.

Des experts modérés estiment que le continent austral pourra nourrir une trentaine de millions de têtes de gros bétail et quelque 150 millions de moutons. Il n'est pas interdit d'espérer davantage. Le Centre australien réserve des surprises. Il y a déjà plus de 150 000 bœufs dans le Sud du Territoire du Nord et dans le Nord de Sud-Australie, régions que les anciens voyageurs décrivaient comme les plus affreuses du monde. Là où les livres et les cartes placent des déserts, existe une végétation, de maigre taille sans doute, mais parfois très touffue. Si l'air est sec, l'eau souterraine ne manque pas. L'expédition Mac Callum en 1923 a été frappée de l'abondance de la flore herbacée. On en étendra peu à peu le domaine. L'Australie est le pays qui a donné le plus de déboires aux pessimistes.

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