XIII. — LE COMMERCE
Le commerce de l'Australie a progressé à pas de géant. La découverte de l'or en 1851 l'a brusquement fait quintupler. Entre 1846 et 1850, il n'était en moyenne que de 4 643 000 livres sterling, et il a atteint 319 173 000 livres en 1921-1923. En trois quarts de siècle, il est donc devenu soixante-neuf fois plus fort.
Il montait en 1926-1927 à 309 611 777 livres sterling, dont 164 716 594 pour les importations et 144 895 183 pour les exportations, prépondérantes avant et après la guerre, mais, depuis, tantôt supérieures, tantôt inférieures aux importations, effet d'un climat très inégal \
1. Valeur pour 1927-1928 : 291 330 000 livres sterling (importations, 148 117 000 ; exportation 143 213 000).
L'ÉTAT SOCIAL ET ÉCONOMIQUE DE L'AUSTRALIE
Le chiffre moyen des affaires par tête illustre l'activité du commerce. L'Anglais en fait pour 43 livres sterling, l'Australien, pour 50 ; seul, le Néo-Zélandais est supérieur à l'Australien.
Malgré son évolution industrielle, le continent austral est resté un pays neuf, dont l'industrie naissante se réserve surtout pour le marché local et qui exporte des produits pastoraux et agricoles. Il approvisionne en matières premières et en denrées alimentaires les grands pays industriels surpeuplés qui, de leur côté, lui fournissent leurs objets manufacturés. Il importe en outre les produits d'origine tropicale qu'il ne produit pas en quantité suffisante.
Deux autres faits caractérisent le commerce australien. C'est d'abord l'importance du trafic avec l'Empire anglais (49,40 p. 100 du commerce total, dont 37,27 pour l'Angleterre et 12,13 pour les colonies).
Mais la guerre a créé des liens nouveaux entre l'Australie et le monde du Pacifique. Les États-Unis et, bien que les Jaunes ne soient pas aimés en Australasie, le Japon ont profité des embarras de l'Europe ; ils ont pris en partie la place de l'Allemagne, évincée du Grand Océan, et un peu aussi celle de l'Angleterre, occupée ailleurs. Le commerce américain avec l'Australie, qui, en 1913, était de 13 539 711 livres sterling, a atteint 59 973 371 livres sterling en 1926-1927 : il a donc quadruplé. Quant au commerce japonais, passé, entre 1913 et 1925-1926, de 2 379 610 livres sterling à 15 546 460, il a sextuplé.
Les fournisseurs de l'australie. — L'Angleterre est le principal fournisseur de sa grande colonie australasienne (41,16 p. 100). Elle lui vend une multitude de produits industriels, surtout des métaux, des machines et des étoffes. Les matières réexportées de l'étranger sont en faible quantité.
Les États-Unis (25,13 p. 100) sont les pourvoyeurs attitrés de pétrole et de tabac, auxquels ils joignent les métaux et les objets en métal, les automobiles et accessoires, les machines agricoles, le matériel électrique, le bois, la pâte de bois, le papier et les poissons conservés ou congelés. Ils ont pour eux la proximité relative, les relations directes, la similitude de la langue, de la civilisation, des habitudes et des goûts, l'audace entreprenante et l'art de la réclame, indispensable en pays anglo-saxons, où tout article a besoin d'être « lancé ».
L'Inde (5,35 p. 100) fournit à l'Australie des sacs et des balles de jute, ainsi que le thé et le caoutchouc de Ceylan, et la Malaisie néerlandaise (3,92 p. 100), le pétrole, le thé, le caoutchouc et les épices.
Le Japon (3,15 p. 100) écoule ses étoffes de soie, de coton et de lin, ses bois, ses porcelaines et ses faïences, sa brosserie et ses articles de fantaisie. On lui reproche, bien qu'il travaille actuellement à améliorer sa fabrication, la qualité souvent médiocre de ses marchandises, car il pratique le système qui a servi à l'Allemagne à se lancer ; mais l'article est bon marché et plaît à l'œil, et le Japonais est un habile commerçant, empressé, toujours disposé à se prêter aux goûts de la clientèle, patient pour les paiements.
La France (2,89 p. 100) l'ait peu de ventes directes en Australie, mais celle-ci achète un certain nombre de produits français sur le marché de Londres : des soieries, des broderies, des dentelles, des articles de mode, des automobiles, de la parfumerie, des vins et des eaux-de-vie. Les droits de douane sont élevés, 'foutefois, l'Australie ne fabriquera pas sans doute de longtemps les produits supérieurs, dont la perfection et le fini sont la marque propre de l'industrie française. Celle-ci
l'australasie.
ne doit pas essayer de lutter contre ses concurrents par la production en masse et à bon marché ; elle doit viser à l'article de choix et de bonne qualité. Mais les Français sont desservis par leur négligence à entrer en contact direct avec les acheteurs éventuels et par leur réclame trop souvent faite en français et avec des mesures françaises. Ils ont d'ailleurs contre eux les «abstinents», très actifs aux Antipodes.
L'Allemagne a perdu son ancienne situation. Son commerce d'importation en Australie, qui montait en 1913 à 7 029 325 livres sterling (8,8 p. 100) et la plaçait après l'Angleterre et les États-Unis, ne dépassait pas, en 1926-1927, 14 359 514 livres sterling (2,65 p. 100) ; elle n'occupe plus que le quatrième rang parmi les États importateurs. Mais les Allemands, souples et tenaces comme les Japonais, regagnent chaque jour du terrain. Ils recommencent à approvisionner le continent austral de machines, d'étoffes, d'engrais, de jouets et d'instruments de musique.
Le Canada (2,62 p. 100) fait sur une petite échelle les mêmes envois que les États-Unis, à l'exception du pétrole et du tabac.
La Nouvelle-Zélande (1,90 p. 100) envoie à sa voisine, outre de l'or, des bois, du lin et du chanvre, de l'étoupe, des pommes de terre et des poissons.
La Suisse exporte en Australie des soieries, des dentelles, des horloges et des montres ; la Suède et la Norvège, du bois, de la pâte de bois et du papier, et la Suède, en outre, des allumettes et du matériel pour la laiterie ; l'Italie, des automobiles, des chapeaux de paille, des étoffes de soie, du marbre statuaire, du lin et du chanvre ; les îles océaniennes, des phosphates, du copra, des noix de coco, des fruits ; l'Afrique du Sud, des pierres précieuses, du maïs et des plumes: la Belgique, de la verrerie, des cotonnades et des toiles, des machines électriques, des automobiles et des armes.
Avant la Fédération, chaque colonie agissait librement en matière de douanes : la Nouvelle-Galles est restée jusqu'au bout libre-échangiste, tandis que Victoria était fortement protectionniste.
Le tarif fédéral de 1901, complété à plusieurs reprises, est le fondement des rapports commerciaux de l'Australie avec les autres nations. Il est très peu libéral et comporte parfois des droits véritablement prohibitifs, même à l'égard de l'Angleterre, contre laquelle la jeune industrie australienne veut se protéger. Surtout depuis la guerre, qui a incité l'Australie à entrer en concurrence avec les marchés européens, presque tout le monde est protectionniste : patrons, qui vendent comme ils veulent dans le pays, ouvriers, pour qui le tarif est la garantie de bons salaires, et, ce qui étonne un peu, beaucoup de cultivateurs et d'éleveurs, qui sont pourtant des exportateurs et qui, en tant que consommateurs, sont frappés.
Il y a trois tarifs : le tarif général, l'intermédiaire et le préférentiel, accordé plus ou moins complètement en 1906 à l'Afrique du Sud, en 1908 à l'Angleterre, en 1922 à la Nouvelle-Zélande et en 1926 aux territoires de Papua et de la Xouvelle-Guinée. N'entrent en franchise ou à peu près que les denrées alimentaires que l'Australie ne produit pas ou pour lesquelles elle n'a aucune concurrence à redouter, les matières premières, brutes ou semi-manufacturées dont elle a besoin et les articles industriels dont le pays manque.
Les clients de l'Australie. — Le Royaume-Uni est de beaucoup le meilleur client de l'Australie (33,37 p. 100), le gros acheteur des laines, dont une partie d'ailleurs passe de Londres en France, en Belgique et en Allemagne, des blés et
l'état social et économique de l'australie.
des farines, du beurre et du fromage, du sucre, des viandes, des cuirs et des peaux, des fruits frais, conservés ou secs, et du vin.
La France(12,17 p. 100) est, après l'Angleterre, le principal acheteur des laines australiennes. Elle y joint quelque peu de viande congelée et occasionnellement du blé. Les États-Unis (12,82 p. 100) importent d'Australie la laine, l'or, les cuirs et les peaux, et le Japon (7,15 p. 100), la laine, le blé, quand sa récolte de riz est déficitaire, puis les métaux, les engrais et les os et la corne dont il fait des peignes, des manches de canifs et des brosses à dents.
L'Allemagne (6,84 p. 100) a naturellement beaucoup perdu. En 1913, elle absorbait 8,75 p. 100 des exportations australiennes et n'était dépassée que par l'Angleterre, la France et la Belgique. En 1925-1926, elle était tombée au cinquième rang, ayant distancé la Belgique, mais s'étant laissé distancer par les États- Unis et le Japon, les deux grands profiteurs de la guerre dans le Pacifique. Elle remonte activement le courant : en quatre ans, son chiffre d'affaires a plus que doublé. Elle achète de la laine, du blé, des peaux et des cuirs, des viandes congelées et des métaux. Comme l'Allemagne, la Belgique (5,73 p. 100) est surtout acheteuse de laine.
La Nouvelle-Zélande (2,93 p. 100) fait venir de chez sa voisine du blé, du charbon, du bois, des métaux et des machines.
Les autres clients de l'Australie sont l'Italie, qui a dépassé la Nouvelle- Zélande (3,81 p. 100), et les Pays-Bas pour la laine et le blé, l'Inde pour les métaux précieux et les chevaux, l'Égypte et l'Afrique du Sud pour le blé et la farine, et la Malaisie et les îles du Pacifique pour toutes sortes de denrées alimentaires et pour les cotonnades et les toiles.
Les principaux produits d'exportation — l'or et, dans une moindre mesure, le plomb étant mis à part — sont la laine, le blé et la farine, les peaux et les cuirs, le beurre, le fromage, le lait condensé et la crème, les viandes, les fruits, le sucre et le suif, tous produits primaires, ou à peu près, de l'art pastoral et de l'agriculture. Ils représentent à eux seuls les quatre cinquièmes de l'exportation totale. Les quantités exportées sont d'ailleurs très variables en raison du climat irrégulier de l'Australie.
La laine va, pour ainsi dire, entièrement à l'étranger ; de 1921-1922 à 1925- 1926, les expéditions au dehors ont été en moyenne de 311 000 tonnes. Pendant ces cinq années, la moyenne de l'exportation du blé, qui a d'ailleurs varié du simple au triple, a été de 25 millions d'hectolitres. En 1913, l'Angleterre prenait à peu près toutes les viandes conservées ou congelées. C'est la guerre qui a attiré l'attention sur cet aliment, et les viandes australiennes sont consommées aujourd'hui dans l'Europe occidentale, centrale et méridionale, en Orient et en Extrême-Orient, dans l'Insulinde et dans les îles du Pacifique. L'industrie se développe, mais la consommation locale augmente elle aussi. Les bœufs, les moutons et les agneaux exportés ont atteint, année moyenne, le chiffre de 119 409 tonnes. De leur côté, le beurre, le fromage, le lait condensé et la crème ont fourni au commerce extérieur une moyenne annuelle de 62 329 tonnes. Le Royaume-Uni est le grand importateur. Les beurres australiens ne concurrencent pas les beurres fiançais en France, mais ils les « déplacent » sur le marché de Londres. Quant à l'industrie sucrière, à la fois protégée et primée, elle a fait de très grands progrès, et l'exportation du sucre, entre 1921-1922 et 1925-1926, a passé de 1 918 tonnes à 208 805.
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Voir la bibliographie des chap. VII et VIII.
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RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES
Le commerce australien en 1926-1927 (En livres sterling).
d'importation
VALEUR
rnl.Mill AU A AI\ 1 HjLno
n'rvpnPTÂTinM
Lj c Ar u n i a i nji"!
VALEUR
Étoffes (soieries, lainages, cotonna-
ALitomobiles et accessoires ....
Huiles minérales, pétrole et essences
Or
Fers et aciers (plaques, feuilles et
tuyaux, outils et coutellerie) . . .
.Matériel électrique
Beurre, fromage, lait condensé,
Papier et articles de papeterie .
Caoutchouc et articles en caout-
chouc
Plomb
Engrais, produits chimiques et phar-
maceutiques
Sacs et toiles d'emballage
Thé
Sucre
Bois
Suif
Copra
Charbon (807 148 tonnes)
Machines et appareils de traction . .
Faïences et verrerie