VI. — LA POPULATION
Les Maoris. — Les anciens navigateurs ont rencontré en Nouvelle-Zélande une race fière et féroce, parlant un langage polynésien : ce sont les Maoris, polynésiens en effet, mais assez mélangés, semble-t-il, soit par suite d'une longue odyssée dans le Grand Océan, soit par leur fusion avec des populations noires qui auraient avant eux occupé l'archipel. Certains ont le teint foncé et accusent, tantôt le type mélanésien proprement dit, tantôt le type papou, caractérisé par le grand nez arqué; d'autres révèlent leur origine polynésienne par leur peau claire et leurs longs cheveux, lisses ou ondulés. Venus peut-être de Rarotonga, une des îles Cook, ils auraient fait en Nouvelle-Zélande plusieurs invasions, dont la dernière, d'après Percy Smith, daterait du xive siècle.
A l'arrivée des Européens, ils se faisaient des guerres continuelles de tribu à tribu, et leurs combats étaient suivis d'atroces scènes de cannibalisme. Ils n'avaient pas dépassé l'âge de la pierre, mais leur industrie primitive atteignait parfois le niveau de l'art. Ils savaient construire de solides forteresses, les pas ou pahs, entourés de palissades. Pour confectionner leurs vêtements, ils tissaient les fibres du phormium et assemblaient patiemment les plumes du kiwi et du huia ; ils fabriquaient de magnifiques haches de jade, pierre verte qu'on trouve sur la côte occidentale de l'île du Sud ; ils pratiquaient le tatouage par piqûres à la mode polynésienne et ornaient leurs corps de dessins souvent très compliqués et élégants ; ils sculptaient le bois, qu'ils incrustaient de pierres de couleur, et nous admirons encore leurs whares, vastes maisons, naïvement, mais artistement travaillées (pl. XXXVI, A et B). Comme marins, ils ont fait l'admiration de Cook, juge sévère ; leurs pirogues de guerre, accouplées, réunies par une plateforme et longues de 40 mètres, étaient montées par un équipage de 180 hommes, rameurs et guerriers.
La race maorie ne meurt point, en dépit des prédictions mélancoliques qui furent longtemps à la mode. Sans doute les luttes de tribu à tribu, devenues très meurtrières après l'introduction des armes à feu, la longue guerre contre les Anglais et plusieurs épidémies dues au contact des Blancs ont produit une dépopulation temporaire ; mais, depuis la pacification du pays et l'organisation d'un service médical officiel, la population indigène augmente régulièrement. Les « natifs » étaient 39 854 en 1896 ; le Census de 1928 en compte, demi-castes compris, 64 817, établis presque tous dans l'île du Nord, dont le climat très doux convient à une race d'origine tropicale. Le nombre des métis, qui est de quelque 8 000, montre que les Anglais n'ont pas pour les Polynésiens la même répulsion que pour les Noirs et les Jaunes.
Les Maoris vivent heureux sous le régime britannique, libéral et paternel. Sur les terres qu'ils ont conservées et qui sont en général la propriété des tribus, ils cultivent les pommes de terre et le maïs et pratiquent l'élevage, particulièrement celui des moutons et des porcs. Le Native Department préside à la cession de leurs propriétés et les protège contre les spéculateurs sans scrupules. Beaucoup sont chrétiens et vivent à l'européenne au milieu des Blancs ; il y a parmi eux de
l'archipel néo-zélandais.
riches négociants et des médecins et des hommes de loi réputés. L'élite des écoles indigènes est envoyée dans les écoles anglaises supérieures. Le gouverneur général peut désigner trois Maoris comme membres du Conseil législatif, et ils ont de droit quatre sièges à la Chambre des représentants.
La population blanche. — On a recensé en 1926, en Nouvelle-Zélande et dans les îles voisines, 1 344 469 personnes et, avec les Maoris, 1 408 1391. Il faut ajouter, pour les îles annexées et les Tokelau, le chiffre de 14 913, ce qui porte le nombre des habitants du Dominion à 1 423 052. En dehors, les Samoa et l'île Nauru, territoires sous mandat de la Société des Nations, représenteraient 44 245 habitants. La densité kilométrique de l'archipel proprement dit, à peine supérieure à 5, est au-dessous même de celle de la Norvège, l'État proportionnellement le moins peuplé d'Europe. Même le district de la capitale, Wellington, ne compte que 11 habitants au kilomètre carré (France, 74).
La Nouvelle-Zélande est la plus britannique des colonies anglaises: les quelque 20 000 étrangers qui y résident ne représentent que 1,5 p. 100 de la population. Les trois quarts des habitants sont nés dans la colonie : il s'est constitué ainsi une véritable nationalité, on peut même dire une race néo-zélandaise. Les autres sont des Anglais, des Écossais en assez forte proportion, des Irlandais et des Gallois. Quant aux individus de race non européenne, tels les Chinois, les Syriens et les Indiens, ceux-ci pourtant sujets britanniques, ils sont mal vus et ne viennent guère. En 1926 on estimait leur nombre à 5 500, dont 3 200 Chinois, presque deux fois plus nombreux il y a cinquante ans, mais soumis depuis à un régime de restrictions sévères. La Nouvelle-Zélande, comme l'Australie, veut être « blanche », a milite maiïs country. Prétention légitime, au reste, dans une contrée dont le climat permet aux Blancs de vivre, de travailler et de « peupler » partout.
L'augmentation de la population, assez régulière et sans les à-coups dont le continent voisin a donné le spectacle, est, depuis une vingtaine d'années, d'environ 23 000 par an. C'est peu : comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande est en retard. On peut prévoir qu'en 1950 elle n'aura que 2 millions d'habitants. Que seront alors le Japon, les États-Unis et la Chine ?
La natalité a beaucoup baissé depuis soixante ans, ayant passé de 43 à 20,29 p. 1000 en 1927. 11 est vrai que la mortalité a beaucoup diminué, elle aussi ; de 15 p. 1000 elle est tombée à 8,45. C'est le chiffre le plus bas du monde. Effet sans doute d'un climat très sain, mais aussi de la proportion particulièrement élevée d'hommes dans la force de l'âge, cas fréquent dans un pays d'immigration, de la passion du peuple pour le sport et la vie au grand air et de la salubrité de villes modernes, bâties à l'aise et sans entraves, bien aérées, et dont les faubourgs s'étalent largement à travers la campagne.
La baisse du taux de la mortalité ne compense qu'en partie les effets de la baisse du taux de la natalité. Aussi l'excès du nombre des naissances sur celui des décès est-il descendu en cinquante ans de 31 à 11,8 p. 1000 de la population moyenne. C'est lui toutefois qui assure l'augmentation de la population depuis que la ruée des chercheurs d'or s'est calmée. De 1875 à 1925, l'accroissement naturel a compté pour 72 p. 100 dans l'accroissement total.
1. Estimation du 1er avril 1928 : 1 153 517 habitants, Maoris compris (Nouvelle-Zélande et îles voisines).
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C'est que la Nouvelle-Zélande n'est pas une contrée de forte immigration. Comme l'Australie, elle est trop loin, et elle n'offre plus l'attrait des hauts salaires ; même les chômeurs britanniques l'ont dédaignée. De 1913 à 1927, il est venu 202 510 personnes, mais il en est parti 159 506 : le pays n'a donc gagné que 43 004 habitants, tout juste 8 600 par an.
Il est vrai que pendant longtemps les pouvoirs publics ont été hostiles à l'immigration, même anglaise. Au temps où le ministère de John Richard Seddon (1892-1906) faisait de la Nouvelle-Zélande un premier « Paradis » pour les ouvriers, le Labour party travaillait à raréfier la main-d'œuvre pour maintenir les salaires élevés. L'immigration assistée, créée en 1871, était supprimée en 1892, et l'Immigration Restriction Act de 1899 fermait à peu près les portes du pays.
Toutefois le sens des nécessités économiques a fini par mettre fin aux chimères, et l'immigration assistée a repris en 1903. L'État délivre aux émigrants et à leur famille des passages en général gratuits ; il suffit d'avoir moins de cinquante ans, de jouir d'une bonne santé et de s'engagera demeurer cinq ans dans le Dominion. A l'arrivée, les fonctionnaires de l'Immigration Department s'occupent de procurer des places à ceux qui n'ont pas de contrat préalable ou qui ne sont pas attendus par un répondant. Les ouvriers de ferme et, parmi les femmes, les domestiques sont particulièrement recherchés. Il vient ainsi de 5 000 à 10 000 immigrants par an. Depuis l'origine, l'immigration assistée a introduit dans le pays 220 000 personnes.
L'État néo-zélandais ne possède pas, comme les États australiens, de ville accaparant la moitié et plus des habitants : la population de la ville la plus peuplée, Auckland, ne représente que 14,22 p. 100 de la population totale. Ce pays très allongé, au relief heurté, tout en compartiments communiquant difficilement les uns avec les autres, a eu quatre centres de peuplement. Les statistiques sont trompeuses. Les « territoires urbains » (urban areas) sont des circonscriptions artificielles, de rayon étendu et qui empiètent sur la campagne ; de plus, un grand nombre de bourgs n'ont qu'un millier d'habitants menant une vie rurale. En réalité, la plupart des Néo-Zélandais habitent des villages plutôt que des villes. Toutefois Auckland, Wellington, Christchurch et Dunedin, qui groupent 544 360 habitants, représentent 37,4 p. 100 de la population. Mais la population municipale (356 800 hab.), c'est-à-dire la population vraiment urbaine, ne donne que la proportion de 24,5 p. 100.