V. — LA FAUNE
La Nouvelle-Zélande a dû faire partie du vaste continent qui, avant l'époque crétacée, paraît avoir occupé l'emplacement de l'océan Indien, réunissant l'Afrique australe et l'Australie, et elle a peut-être aussi communiqué avec l'Amérique du Sud par l'intermédiaire de terres antarctiques ou pacifiques. Sa faune présente d'assez nombreux types Sud-africains et aussi, surtout parmi les mollusques, des espèces ayant des affinités américaines. De l'Australie, elle a certainement été séparée vers la fin de l'ère secondaire, avant l'arrivée des mammifères sur le continent austral. On ne trouve en Nouvelle-Zélande aucun mammifère indigène, à l'exception des chauves-souris, dont, on l'a vu. la puissance de vol et, par suite, le pouvoir de dispersion sont considérables, et aussi des animaux qui ont suivi l'homme dans ses migrations, chien, porc et chat.
1. Hêtre antarctique (Nolofagus Menzicsia), tawaii (Fagus fusca), etc. Certaines espèces ont des feuilles caduques, d'autres sont toujours vertes.
l'archipel néo-zélandais.
En dehors même de l'absence des mammifères, la faune néo-zélandaise est assez pauvre: déjà le type polynésien s'annonce. Elle est aussi très fragmentaire, fait général dans les îles : les cockatoos et les autres perroquets australiens manquent, ainsi que les crocodiles ; les lézards ne sont représentés que par les geckos et les scinques, très répandus dans tout le Pacifique ; les serpents et les amphibiens ne comptent chacun qu'une espèce. Elle accuse enfin à un haut degré le caractère endémique : de nombreuses espèces, des genres et même des familles sont localisés dans l'archipel; c'est le cas des trois quarts des oiseaux terrestres. La Nouvelle-Zélande est une région zoologique tout à fait à part.
Trois faits sont absolument frappants : l'abondance des oiseaux, l'archaïsme de certaines formes animales, l'adaptation à la vie terrestre de quelques volatiles.
Tout comme en Australie, le petit nombre des carnivores et le faible peuplement du pays ont permis aux oiseaux de se multiplier en toute sécurité. Un des plus connus est le tui (Prosthemadera Novae Zelandiae), tout bleu avec une collerette blanche semblable à un rabat d'ecclésiastique, ce qui lui a fait donner par les colons le nom de parson bird, « oiseau vicaire ». Les perroquets pullulent : le kaka (Nestor meridionalis), qui est brun foncé avec des reflets rouges, niche dans les vieux troncs ; quant au kea (Nestor notabitis), gros comme un merle et tout vert, il a acquis la singulière habitude de se nourrir de chair, et il s'attaque quelquefois aux moutons.
On trouve en Nouvelle-Zélande un type zoologique extrêmement ancien, le lézard tuatara (Hatteria punctata), seul représentant actuel des rhynchocéphales jurassiques, et qui, dans sa jeunesse, possède un œil supplémentaire. II ne subsiste plus que dans quelques îlots déserts du golfe Hauraki et du détroit de Cook.
De cet animal « attardé » on peut rapprocher des oiseaux qui, eux, au contraire, ont évolué jusqu'à la dégénérescence. Les uns et les autres, par une raison contraire, sont mal adaptés à la vie moderne. Ils s'étaient maintenus dans un pays désert ; aujourd'hui l'homme et les animaux domestiques, très multipliés, les font, bien que la loi les protège, disparaître rapidement. Ces oiseaux, analogues à des types que nous avons déjà rencontrés en Australie et en Nouvelle-Calédonie, ont pris des habitudes terrestres et ne volent pas; leurs ailes ne leur servent qu'à accélérer leur marche.
Le principal représentant de ce groupe a aujourd'hui disparu, mais les Maoris le chassaient encore, prétendent-ils, au xvme siècle. C'est le moa (Dinornis giganleus), espèce d'autruche géante aux ailes rudimentaires, dont on voit dans les musées des squelettes de 3 à 4 mètres de hauteur.
Les genres actuels d'oiseaux marcheurs sont au nombre de cinq. Les kakapos (Strigops habroptilus) sont de gros perroquets qui se promènent la nuit en bandes. Le huia (Hetera lochà) porte une queue noire tachée de blanc, dont les plumes servaient autrefois à confectionner les manteaux des chefs. Le weka (Ocydromus australis) est appelé la poule des bois (wood-hen) par les colons; la nuit on entend dans les fourrés son gloussement de pintade. Le takahe ou tikahe (Notornis Mantelli ou Ilochsteltcri), gros râle de couleur bleue, n'était connu que comme Fossile jusqu'en 1879; depuis, on en a trouvé quelques exemplaires vivants. Le plus curieux spécimen des oiseaux coureurs est le kiwi1, dernier survivant, scmble-t-il,
1. Nom indigène de l'Aptéryx. Ce genre est représenté par cinq espèces, dont la plus commune est A pleryx australis.
l'australasie.
de la famille des moas. Plus que les autres, il a subi la régression due à l'adaptation à la vie terrestre. C'est à peine un oiseau : il n'a pas d'ailes apparentes, et ses plumes ressemblent à des poils, de couleur brune ou gris cendré.