‹ OceanographieChapitre 28 sur 63 · ACTION DE L'HUILE · texte numérisé non relu

ACTION DE L'HUILE

résultat s'il s'agissait de calmer des flots déferlant sur des hautsfonds. Il formula alors sa théorie de la façon suivante :

L’air est attiré par l’eau puisque toute eau contient de l'air et en absorbe de nouveau, si par l’ébullition on a chassé celui qu'elle renfermait ‘. L'air adhère donc à l’eau, s’étale en nappe au-dessus d’elle et entraîne, quand il se meut, les particules liquides superficielles en contact avec lui. Or celles-ci adhèrent aux particules immédiatement sous-jacentes qui les retiennent et les empêchent de posséder jamais une vitesse égale à celle de l'air. Cependant, lorsque la pression a atteint une certaine valeur, l'air se détache de l’eau et glisse de nouveau à sa surface jusqu'à ce que son effort étant suffisamment diminué, et sa vitesse ralentie, il soit de nouveau arrêté par l’eau et que le phénomène décrit précédemment se renouvelle.

L'huile empêche toute adhérence entre l’air et l’eau. En outre, comme la surface d’une grosse vague, loin d'être lisse et unie, est couverte de petites rides secondaires qui en rendent la surface rugueuse, le vent y possède plus de prise, augmente la vitesse et les dimensions de la vague, à moins qu'une couche d'huile ne supprime à la fois la cause et la conséquence.

Les expériences des frères Weber confirment la théorie de Franklin, tout en la complétant. Leurs essais ont été faits avec de l'huile de navette, d'olives, d'amandes, de térébenthine, de lavande, de girofle, de pétrole, et avec de l’ammoniaque. Ils ont vu que :

L'huile s'étend en nappe sur l’eau, pourvu toutefois que la surface de celle-ci soit absolument exempte de matière grasse ou huileuse et d'autant plus vite que sa quantité est moindre. Lorsque cette quantité est trop abondante, l'huile se rassemble en gouttes ou forme une sorte de réseau semé de trous.

Les huiles essentielles s’étalent mieux que les huiles grasses; on peut donc les employer en plus grande quantité sans cesser de produire l’étalement de la nappe.

Toutes les huiles éteignent les rides de l’eau; les huiles essentielles, qui Sétalent mieux et plus vite, s’évaporent rapidement et leur action sur les vagues cesse bientôt.

1 On ne saisit point le rapport entre la propriété possédée par l’eau de dissoudre les gaz et l’adhérence de l'air en mouvement au-dessus d’une nappe d’eau. Nous avons tenu à conserver dans son entier l’exposé même de la théorie tel qu’il a été fait par Franklin.

L’ammoniaque répandue sur l’eau huilée refoule devant elle la nappe d'huile. La plus faible trace de matière grasse empêche le mouvement gyratoire que prend un morceau de camphre jeté sur Peau. Ce mouvement, étudié par Prévost ', Carradori, Venturi et Link, a été plus tard mis à profit par M. F.-A. Forel * pour démontrer la nature huileuse de taches appelées fontaines ou chemins sur le lac Léman et sur l’aire desquelles les rides de l’eau sont apaisées.

Les frères Weber admettent l'explication donnée par Franklin. Ils remarquent néanmoins que l’action oblique du vent sur la surface de l’eau se divise en deux composantes, l’une horizontale et l’autre verticale. La première chasse l'huile en avant et par conséquent ne trouble pas l’eau, puisque la nappe d'huile n’adhère pas, et en outre le vent lui-même glisse sur l'huile, sur laquelle il n’a pas de prise. Il ne reste à considérer que la faible composante verticale, peu propre à soulever les vagues, dont elle trouble aussi bien qu’elle favorise la formation. En effet, comme sur une moitié de chaque vague les molécules liquides montent cet descendent, sur l’autre moitié, le vent agissant perpendiculairement empêche autant cette montée qu’il favorise la descente. Si l’on souffle au moyen d’un tube perpendiculairement à la surface du mercure contenu dans un vase, on ne produit de vague qu'au moment où l’on commence et au moment où l’on cesse. Pendant la durée du souffle, on n'observe sur le mercure qu'une dépression sans aucune vague. Au contraire, de grosses vagues apparaîtront dès qu’on soufflera obliquement.

M. Virlet d'Aoust avait, en France, observé ce calme dont jouissaient, même par des vents violents, quelques régions maritimes voisines d'émanations ou de sources de pétrole, comme à l'isthme de Tehuantepec, au détroit de Kertch et sur la mer Caspienne. Le phénomène a éprouvé, dans ces dernières années, un regain de popularité, et une foule d’appareils ont été imaginés pour répandre l’huile sur les flots. Sa quantité n’a pas besoin d’être considérable, car, en se basant sur la coloration présentée, on a calculé qu'il suf-

4 Prévost, Ann. de Chim., t. XXI, p. 289, 1797; Carradori, Gilberts Ann., XII, 108; Venturi, Gilberts Ann., XXIV, 447; Link, Gilberts Ann., XXVI, 146 in Weber, loc. cit. p. 82.

: F.-A. Forel, Les taches d'huile connues sous le nom de fontaines el chemuns du lac Léman, Bulletin de la Société vaud. des Sciences naturelles, n° 69, p. 448, 1873.

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