ACTION DE L’HUILE
tomber dans un vase rempli d’eau des gouttes d’eau colorée, Chacune d'elles tombe en anneaux d’une forme extrêmement symétrique, sortes de tores tourbillonnant sur eux-mêmes et se divisant en tores plus petits qui descendent avec une vitesse décroissante et en augmentant de diamètre. Cet élargissement dépend de la grosseur et de la vitesse de chute de la goutte. Il est évident que de cette façon, et à plus forte raison pour la grèle, le mouvement des molécules liquides à la surface est contrarié et diminue d’intensité.
On à attribué au brouillard et à la brume la propriété d’augmenter la hauteur des vagues. Le phénomène aurait été remarqué sur les bancs de Terre-Neuve. Peut-être en est-il ainsi parce que, comme le fait observer Krümmel', dans ces parages, les brumes ont lieu par des vents du sud, qui font brusquement passer les vagues d'une eau plus profonde à une eau moins profonde, ce qui, “indépendamment du phénomène d'interférence, grossit la mer d’autant plus que le courant venant du nord, agit alors dans une direction opposée. On à pensé aussi qu'il n’y avait en réalité qu'une illusion d’optique consistant en ce que, par brouillard, on n’apercevait à la fois qu'une seule lame, dont on était porté à s’exagérer la hauteur. D’autre part, il semble plutôt que la brume ayant lieu en général pendant un calme de l’atmosphère doit, non pas produire un apaisement de l'agitation des flots, mais y correspondre. IL est vrai que l’action des interférences peut alors augmenter d'importance et contribuer à surélever les lames. En tous cas, il conviendrait de commencer par établir l'existence certaine du fait. Cialdi ? rapporte une observation de Mme Sommerville, que l'expérience lui a d’ailleurs confirmée : quand l'air est humide, son adhérence avec l’eau diminue, et par conséquent son frottement contre elle ; il en résulte que la mer est toujours moins grosse par temps pluvieux que par temps sec.
Action de l'huile sur les vagues. — L'action du vent sur la mer est notablement modifiée par la présence de certains corps flottant librement dans l'air ou sur l’eau, comme l'huile, la glace, la boue
et les herbes.
* Krümmel, Handbuch der Ozeanographie, I, 82. 2 Cialdi, sul moto ondoso del mare, p. 83.
Les frères Weber ont étudié particulièrement l’action de l'huile, et dans leur ouvrage ‘, ils donnent un historique détaillé de la question. Le phénomène est connu depuis longtemps, puisque déjà Aristote ? avait remarqué que l’huile rendait l’eau plus transparente, et Plutarque*, cherchant à s’expliquer cet effet, ainsi que le calme subit produit sur l’eau agitée, supposait qu’on pouvait l’attribuer à la non-adhérence entre l’air en mouvement et l’eau. Pline le naturaliste‘ avait à son tour recueilli l'observation et, selon sa méthode habituelle, s’était borné à en répéter le récit.
Pendant tout le moyen âge, aucune expérience n’est exécuiée, quoique de nombreux auteurs, Canisius *, Erasme° de Rotterdam, Linnée”, affirment de nouveau que le fait est connu et mis à profit par les marins ; mais Franklin°, le premier, pense à le vérifier synthétiquement. Ces travaux furent repris par Otto”, par Lelyveld ”, Van Beek ‘!, pour ne citer que les principaux.
Franklin, après avoir relevé les observations d’une foule de navigateurs américains, anglais et hollandais, Gilfred, Lawson, Brownrig, Pennant, Pringle, Tengnagel, commença ses expériences sur un étang à Clapham, vérifia la propriété de l'huile de s’épancher en nappe à la surface de l’eau, évalua l'épaisseur de la couche mince et constata son effet sur les vagues. Il les reprit avec Smeaton à Leeds, et en octobre 1773, avec Bentink, Banks, Solander et Blagden, à Portsmouth, où il reconnut que l’usage de l'huile ne donnait aucun
1 Weber, Wellenlehre auf Experimente gegrünüet, etc. (Abschnitt, IF, 2). Ueber die Besäuftigung der unter dem Einflusse des Windes erregten Wellen durch die Ausbreitung von Oelen auf der Oberfläche der Wassers; pages 60-90.
2? Aristote, Problem., XLI.
5 Plutarch., Quæst. nat., cap. XIT.
8 Plinii, Histor. nat., lib. Il, cap. 103, 406.
5 Canisius, Lect. ant., t. IL, p. 8. Edit. Bas.
6 Erasmus, Collog. e recens. P. Rabr, Ulm 1747, 8, p. 262.
7 Linnæus, Reise durch Westgotland, S. 304.
S Franklin, Phil. Transact. for the vear 177%, vol. LXIV, P. IT, ofthestilling ofwaves by means of oùi.
2 Otto, das Oel ein Mitlel die Wogen des Meeres zu besauftigen, in den allgemeinen seographischen Ephemeriden. B. If, S. 517. Weimar, 1798.
19 Lelyveld, Essai sur les moyens de diminuer les dangers de la mer par l’effusion de l'huile, du goudron ou de quelque autre matière flottante. Amsterdam, 4776, 8.
11 Van Beck, Mémoire concernant la propriélé des huiles de calmer les flots et de rendre la surface de l’eau transparente. Annales de Chimie et de Physique. Paris, 4842, t. IV, pag. 257 et seq: