‹ Océanographie (statique)Chapitre 110 sur 206 · LAN À · texte numérisé non relu

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peuvent se présenter: les solubilités de tous deux sont augmentées, ou elles sont diminuées ou la solubilité d’un seul corps est modifiée dans un sens ou dans l’autre. En cas particulier, d’après Sterry Hunt, la solubilité des corps dans l’eau augmenterait en présence du sulfate de soude, du sulfate de magnésie et du chlorure de sodium, Un minéral se dissoudrait donc en plus grande quantité dans l’eau de mer que dans l’eau douce. M. Daubrée semblerait être arrivé à une conclusion précisément inverse.

M. Thoulet! s’est livré à des expériences synthétiques pour vérifier le fait, et les résultats qu'il à obtenus confirment l’opinion de M. Daubrée. Divers minéraux, du corail, de la pierre ponce et des coquilles, ces dernières recueillies au bord de la mer et ayant déjà quelque peu subi l'influence des agents atmosphériques, ont été réduits en grains uniformes, desséchés à l'étuve, pesés et mis en contact avec de l'eau de mer renouvelée chaque semaine pendant plusieurs semaines. L’eau salée a été alors remplacée par de l'eau distillée renouvelée également pendant plusieurs semaines et, pour servir de terme de comparaison, dans les mêmes conditions, pendant le même temps, d’autres portions des mêmes minéraux broyés, desséchés et pesés ont été laissées en contact avec de l’eau distillée. L'expérience était faite complètement à l'abri de la lumière afin d'éviter la formation d'algues ; les deux portions des grains ont été ensuite desséchées et pesées. On a obtenu les résultats suivants sur quatre échantillons immergés : I, ponce de Lipari: IE, coquilles de Pectunculus pilosus et de Cardium edule en portions à peu près égales, prises au bord de la mer et ayant déjà quelque peu subi l'influence des agents atmosphériques; elles contiennent 92,72 p. 100 de carbonate de chaux ; III, corail mort de l'espèce Cladocora : IV, globigérines recueillies par le prince de Monaco, par 1850 m, 400,5" lat. nord et 290,48" long. W.

1 J. Thoulet, De la Solubilité de divers minéraux dans l'eau de mer, Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. CVITI, p. 753, 1889.

Durée de l'immersion dans l'eau de

mer et dans l’eau douce, en jours. ? c © 119 Durée de l'immersion dans l’eau

douce, en jours e 35 5 35

Température moyenne 5 1204 1204 12°4 Solubilité dans l’eau de mer, par

gramme et par jour 05,0000733| 0%,0000142| 05,0000429| 0$,0000405 Solubilité dans l'eau de mer, par

jour et par décimètre carré 0,000105 | 0,000039 | 0,000201 | 0,000137 Solubilité dans l’eau douce, par

jour et par décimètre carré 0,000832 | 0,001843 | 0,003014 | 0,003091

On voit que la solubilité dans l’eau de mer, très faible par elle même, est en outre notablement plus faible que la solubilité dans l'eau douce. Ces phénomènes, dus sans doute principalement à Pabsence d'acide carbonique dans l’eau de mer, sont extrêmement complexes au point de vue théorique et le plus sûr moyen de se rendre compte de l’attaque des divers corps dans l’Océan est encore de se livrer à une mesure expérimentale directe.

Au sein d’un liquide, dans des circonstances données, la combinaison la moins soluble se précipite la première. A leur tour, les corps résultats de la précipitation sont ceux qui résistent le mieux à Vaction dissolvante de l’eau et des solutions aqueuses. Bischof a donc été en droit de poser en principe que dans la croûte terrestre, on constatait toujours la présence des combinaisons les plus difficilement solubles.

Un dépôt formé dans une solution quelconque est insoluble dans cette solution, les circonstances restant d’ailleurs les mêmes. Il en résulte qu'un composé quelconque soluble dans une solution, dans des circonstances déterminées, ne peut pas avoir été formé dans les mêmes circonstances ou dans des circonstances moins favorables, au sein de ce dépôt.

Un corps ne se produit que lorsque le liquide ambiant est assez concentré pour que le point de saturation du corps formé soit dépassé ; si par exemple l’évaporation ou la perte de liquide l’emporte sur l’afflux de ce liquide. Cette loi, conséquence de la précédente, conduit à d'importantes conclusions. Si les minéraux des grands fonds, nodules manganésiens ou christianite, sont solubles dans l’eau de mer, c’est que l’eau qui les baigne en est saturée, ce

qui serait inadmissible en supposant un mouvement si lent, qu’il soit, de cette eau, et l’on arriverait ainsi à mettre en doute la circulation profonde de l'Océan, à moins toutefois que linsolubilité ne résulte des conditions spéciales ambiantes à ces grandes profondeurs, ce qui est peu probable, car on sait qu'en général la pression, condition prédominante, exalte au contraire la puissance dissolvante de Peau.

Les matières organiques, restes d'animaux ou de plantes, jouent un rôle au sein des mers en opérant une réduction des sulfates en sulfures et du peroxyde de fer en protoxyde. Mais ces phénomènes sont nécessairement limités aux régions supérieures de l'Océan.

L'action corrosive et destructive de l’eau de mer sur les roches qui bordent ses rivages et sur celles qui sont entraïînées dans son sein par une cause quelconque, s'exerce avec une grande rapidité. M. Mallet! a étudié des morceaux de fonte immergés : il a constaté la disparition au bout d’un siècle d’une épaisseur de 5 à 40 mm sur un morceau de fonte épais de 25,5 mm et d'environ 15 mm sur le fer forgé. M. Stevenson?, rapportant ces expériences, remarque qu’au phare de Bell-Rock, on a exposé à l’action de l’eau salée 95 diftérentes sortes de fer qui toutes ont été corrodées. Quelques-uns des échantillons de fonte ont perdu 25 mm d’épaisseur par siècle : « une « des barres, exempte des-cavités à air, eut sa densité réduite à 5,63 « et sa résistance transversale passa de 3 361 kilog à 2176 kilog « sans qu'elle présentât extérieurement la moindre trace de destruc- « tion. Un autre spécimen, sain en apparence, eut sa résistance « réduite de 4 845 kilog à 1 067 kilog et perdit à peu près la moitié « de sa force en cinquante ans. De pareils résultats ont été observés « par M. Grothe au pont du Firth of Tay, qui s’écroula il y a peu « d'années au passage d’un train. Un cylindre de fonte immergé « depuis 16 mois seulement était tellement corrodé qu’on pouvait en « plusieurs endroits, le traverser avec un canif ».

En 1854, un schooner au service du Coast Survey des États-Unis sombra et ne fut relevé qu'après être resté submergé pendant trois semaines par cinq brasses de fond. M. Hilgard * examina les instru-

1 Geikie, Text-Book of Geology, p. M0.

# T. Stevenson on Harbours, p. 47, in Geikie, loc. cit. * Appendix ne 55, p. 192, United States Coast Survey Report for 1854.

ments restés à bord et reconnut que, seul, l’alliage de cuivre et de nickel (german silver) résistait parfaitement à l’action de l’eau de mer. On devra donc, autant que possible, employer ce métal pour la confection des appareils scientifiques destinés à être immergés.

Solubilité des gaz oxygène et azote dans l’eau de mer. — M. Tornôe ! a cherché à obtenir les coefficients d'absorption de l’eau de mer pour les gaz oxygène et azote et à connaître la loi suivant laquelle ils varient avec la température en mesurant la quantité d’air absorbée par cette eau à des températures différentes.

Bunsen? faisait traverser de l’eau distillée maintenue à température constante par un courant d’air continu pendant plusieurs heures, puis il chassait l’air absorbé par l’ébullition et en mesurait la quantité. En appliquant ce procédé à de l’eau de mer, M. Tornôe trouva des nombres à peu près constants pour toutes les températures, preuve que la saturation n’avait pas été atteinte. C’est pourquoi il adopta une autre méthode. Il prend de l’eau de mer et la secoue violemment dans un gros ballon avec de l'air pendant une ou deux heures, en ayant soin de renouveler fréquemment l'air du ballon; il laisse ensuite reposer quelques heures en conservant toujours la méme température qu’au moment de l’agitation. Il note la pression barométrique et ramène les gaz recueillis avec l'appareil Jacobsen à 760 mm en supposant que les volumes absorbés sont proportionnels à la pression.

M. Tornôe a reconnu que la formule empirique suivante représente d’une facon très précise le poids d'azote absorbé par 1 litre d’eau de

mer.

Az = 14,4— 0,93.

Quant à l'oxygène, la courbe indiquant la variation avec la température n’est plus une ligne droite mais une ligne légèrement courbe qui de 0 à 10° peut s’exprimer par la formule

OT 0 2 PDU La composition relative de l’air absorbé n’est donc pas, comme

1 Tornüe, On the air in sea-water, p. 17. The Norweg. North-Atlantic Exped., 1876-78.

* Bunsen, Gasom. Methoden, p.165

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