‹ Océanographie (statique)Chapitre 114 sur 206 · L ST LE + PE À · texte numérisé non relu

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nord-est des États-Unis qui résultent d’un amoncellement d’excréments de poissons qui ont dévoré les mollusques et en ont rejeté les coquilles. On en trouve aussi le long des rivages de la Floride, et elles forment même le sous-sol de cet État, quelques-unes y conservent encore leur couleur. Cette roche, en couches variant de 3 à 40 cm d'épaisseur, porte dans le pays le nom de coquina; elle est tendre, mais durcit par l’exposition à l’air !.

Bischof a cherché expérimentalement le motif pour lequel les coquilles ne disparaissent point par dissolution dans l’eau de mer immédiatement après la mort de l’animal qui les a secrétées et 1l a attribué leur résistance à la matière animale qu’elles contiennent. En effet, à peu près seule des matières animales, la chitine est sinon insoluble, du moins presque insoluble dans les solutions alcalines.

Autour de certaines îles des mers tropicales, sur le parcours de courants chauds, dans des conditions particulières de profondeur et de salure, dans le Pacifique, sur la côte nord-est d'Australie, dans l'Océan indien, aux Bermudes, en Floride, au Brésil, vivent des animaux, polypes, hydroïdes et bryozoaires, qui ont le pouvoir de sécréter d'énormes quantités de calcaire.

Les polypes sont constitués par un sac s’ouvrant à l’extérieur en une ouverture servant de bouche et munie de tentacules; ce sac est divisé par des cloisons; la peau qui Pentoure sécrète le calcaire sous forme de corail. Ces êtres, réunis en colonies, sont tous enveloppés dans une peau commune, de sorte que lorsque les individus meurent, leur squelette reste et sert de support aux vivants. La masse s’accroit donc par le haut et son développement n’est arrêté que par la rencontre de la surface de l'eau, hors de laquelle les polypes ne peuvent vivre.

Les hydroïdes et les bryozoaires, qui ne se distinguent des polypiers qu’au point de vue zoologique, donnent également naissance à du corail.

Le corail vivant possède la composition chimique suivante * :

CArDORAe deNCAUX 2.04 à de. en : Re Er) D Carbonate de magnésie................. traces à 7,24 Sullate dela un EN DU LL traces à 2,76

1 Geikie, Loc. cit., p. 448.

2 Bischof, Loc. cit., t. 1, p. 644.

Matières organiques. EM PME: LE 3, à 8,27 0/0 Silice, alumine, fer, phosphates et fluo- RUDESEAL A1 NAN CARRE MUR D Dec US traces.

Lorsque les calcaires coralliens viennent d’être sécrétés, ils offrent une structure uniquement organique, ‘bien reconnaissable au microscope; les fragments brisés par les vagues sont réduits en poussière fine qui comble les interstices et transforme la roche en roche compacte. Les fragments rejetés sur le rivage durcissent par les eaux

météoriques qui dissolvent une partie du calcaire pour cimenter le

reste; ceux du fond se durcissent par les phénomènes d’induration

dont il a été parlé. Aïnsi tombe l’objection que l’on avait tirée de la présence de quelques rares restes organiques bien conservés au milieu d’une masse compacte de carbonate de chaux, pour refuser aux calcaires anciens une origine analogue à celle des calcaires qui se forment dans nos mers actuelles.

Les polypiers coralligènes ne pouvant vivre au-dessous d’une vingtaine de brasses ou 37 m d’eau et les bryozoaires ne dépassant pas 185 m, les calcaires formés par ces organismes ne se rencontreront que dans les localités où la profondeur est faible. Cependant les îles de corail, les atolls s'élèvent le plus souvent du fond de POcéan par des pentes abruptes. Mais il faut remarquer que le corail est sans cesse détruit par la mer et que les fragments descendant de plus en plus couvrent le fond à des distances assez éloignées de leur véritable point d’origine. Ces dépôts ont été reconnus jusque par 4570 m autour des Bermudes.

Les dépôts calcaires profonds sont dus aux ptéropodes et aux foraminifères ; leur distribution dépend de la position géographique des aires d’habitabilité des organismes à la surface de Océan, des courants qui transportent leur dépouille après leur mort, de la durée de leur chute verticale avant de parvenir au fond; nous connaissons leur succession bathymétrique et le fait de leur disparition à peu près complète vers 5 000 m. M. Murray‘, en évaluant à 16 tonnes anglaises ou 16 236 kilog le carbonate de chaux en suspension dans un volume d’eau de mer ayant une surface de 1 kilom carré sur une profondeur de 100 fathoms (182,90 m) et sous forme de cocco-

! John Murray, Séructure, origin and distribution of coral Reefs and Islands, Royal Institution of Great Britain, March, 16, 1888.

sphères, rhabdosphères, coquilles de foraminifères, ptéropodes et autres mollusques, puis supposant que chaque jour, 1/16 de ces organismes meurent et atteignent le fond, calcule qu'il faudrait un intervalle de 400 à 500 ans pour constituer sur le fond une couche épaisse de 1 pouce soit 25,4 mm.

Deux questions importantes sont à résoudre relativement à ces dépôts, les causes de leur disparition et leur analogie avec la craie ancienne.

Quand on observé des dépôts marins retirés des profondeurs de plus en plus grandes, on voit que les coquilles de mollusques et de ptéropodes disparaissent les premières, puis celles de foraminifères brunissent et s’émoussent, une croûte se détache de la surface des orbulines, il ne reste plus de ces organismes qu’une sphérule très mince d’abord, parfaitement transparente, mais qui devient bientôt opaque et tombe en poussière ; le bord des coccolithes s’amincit et se détache, les rhabdolithes perdent leurs bâtonnets, tout ce qui est calcaire disparaît progressivement.

Or il est certain que l’eau de mer dissout le bo de chaux. Si l’on dépose sur une lame de verre une goutte d’eau de mer et une goutte d'acide sulfurique très étendu, qu’on laisse évaporer et qu’on examine au microscope, on reconnait la présence des cristaux en houppes caractéristiques du sulfate de chaux. Si on répète l’expérience avec une goutte d’eau de mer restée pendant quelques heures en contact avec du marbre ou de la craie et nltrée, le nombre des cristaux de gypse aura notablement augmenté. Le fait de la solubilité étant hors de doute, lexplication en reste encore douteuse. Quelques savants lattribuent à l'acide carbonique libre en solution dans l’eau; d’autres, comme Tornôe, Schmelck, Dittmar, niant la présence de l’acide carbonique, reconnaissent simplement que l’eau de mer, qui est alcaline, jouit de cette propriété. La disparition des coquilles calcaires est fonction de la quantité de matière animale qu’elles contiennent et qui retarde la dissolution ou l’attaque, de leur épaisseur moyenne car les coquilles de ptéropodes très minces disparaissent avant les autres, enfin de la durée du contact avec l’eau de mer, c’est-à-dire de la vitesse de descente verticale à travers l'Océan. Ainsi, de deux coquilles contenant la même quantité de carbonate de chaux, tombant en même temps sur la même verticale mais dont l’une descendra rapidement tandis que l’autre le fera au

contraire lentement à cause de sa forme ou pour toute autre cause, il se pourra que la première seule parvienne au fond tandis que la seconde aura disparu avant d’y arriver. L’amoncellement du calcaire étant la somme algébrique de deux actions antagonistes, l’attaque ou la solubilité d’une part, l’afflux de nouveaux matériaux de l’autre, rien n'empêche d'admettre que les calcaires disparaissent au-dessous de 5 000 m parce que, vu la solubilité, la quantité des êtres qui parvient dans ces profondeurs est trop petite pour compenser la perte qui s’accomplit continuellement. Il ne faut pas oublier qu'on n'a jamais trouvé d'argile rouge ne faisant absolument aucune effervescence aux acides. |

L’analogie entre les dépôts calcaires actuels dus aux foraminifères et la craie à l’époque crétacée est aujourd’hui admise par beaucoup de savants. La ressemblance entre deux échantillons recueillis, un dans l’Atlantique, l’autre dans un terrain crétacé, est tellement grande qu’on ne les distingue souvent pas au microscope. La craie ancienne laisse reconnaître des coquilles de foraminifères, des coccolithes que Gümbel a trouvés dans des calcaires de toutes les époques géologiques. La composition chimique est la même dans les deux cas. Dans les uns il y a du carbonate de chaux et de la silice sous forme de frustules de diatomées, de squelettes de radiolaires ou de spicules d’éponges en proportion variée selon la position géographique et bathymétrique du dépôt; dans la craie le carbonate de chaux et la silice sont aussi en proportion variable selon la localité et cette silice se rencontre moulant les coquilles où en rognons de silex. Cette différence de forme de la même substance s’explique par cette attraction si générale des solides sur les solides dissous et qui s'exerce le plus énergiquement entre corps de même nature chimique.

Ainsi les découvertes océanographiques en démontrant l'identité de deux roches, l’une qui se dépose en ce moment, l’autre qui s’est déposée il y a des milliers d'années, ont établi que le globe a toujours été soumis aux mêmes lois et que les variétés des formations inorganisées ou organisées dépendent uniquement du milieu ambiant.

MM. Munier-Chalmas et Schlumberger ! n’admettent pas qu'une er crétacée se continue encore de nos jours dans certaines parties de l’Océan. D’après ces savants, si, ce qui est hors de doute, quel-

Munier-Chalmas et Schlumberger, les Mihiolidées trématophorées, Bulletin de la Société géologique de France, XIE, 274, 4885.

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