MESURE ET REPRÉSENTATION DES TEMPÉRATURES
Obtenir la température de la surface de la mer ne présente aucune difficulté. On met à l’eau un seau en bois, de préférence à l’avant du navire, afin d'éviter le mélange des couches plus profondes résultant des remous ; on l’abandonne à la traîne pendant quelques instants pour lui laisser prendre la température de la mer; on le remonte et on y plonge aussitôt un thermomètre qu’on lit dès que la colonne de mercure est devenue bien stationnaire.
Dans la marine française, pour avoir la température de couches d’eau situées un peu au-dessous de la surface, on emploie un thermomètre placé à l’intérieur d’un manchon en verre ouvert aux deux bouts et protégé contre Les chocs par une armature en cuivre. On immerge l'instrument attaché à une ligne; pendant la descente, l'eau entre d’une façon continue par une ouverture inférieure que ferme une soupape s’ouvrant de dehors en dedans, remplit le manchon et sort par une ouverture supérieure munie d’une soupape s’ouvrant de dedans en dehors. Quand on est parvenu à la profondeur voulue, on arrête; les soupapes se ferment et un certain volume d’eau reste emprisonné dans le manchon autour du thermomètre. On laisse s’établir l'équilibre de température et en remontant, cette masse d’eau toujours emprisonnée à cause du jeu des soupapes, garantit le ther-
j 1 C. Wyville Thomson, les Abîmes de la mer, traduction française du Dr Lortet, L p. 245.
momètre de toute influence nouvelle pendant un temps suffisant pour permettre de lire son indication.
Thermomètre de Meyer.— La Commission d’études scientifiques des mers allemandes a adopté le système suivant pour la mesure des températures de l’eau à des profondeurs ne dépassant pas 50 m.
L'instrument (fig. 67) est un thermomètre ordinaire ! enfermé dans un étui de caoutchouc durci, corps très mauvais conducteur, épais de 25 mm près du réservoir et de 10 mm par tout ailleurs, sauf le long d’une fente étroite. Une fenêtre fermée par une glace épaisse permet de faire la lecture; la glace elle-même est protégée au moyen d’un manchon en laiton fixé par un mouvement à baïonnette. L'échelle n’est pas tracée sur le verre.
Dans une expérience de vérification faite par la Commission, l’instrument ayant la température de l'air à 26°, plongé dans de l’eau à 40,5 est resté 85 minuies avant de se mettre en équilibre de température. Il faut donc laisser le thermomètre immergé pendant au moins 90 minutes et le retirer ensuite rapidement. La nécessité d’une aussi longue durée d'immersion est un sérieux obstacle à l’emploi de cet instrument. En outre, quoique le thermomètre soit muni d’une double enveloppe en verre comme la plupart des instruments allemands, son réservoir n’est pas garanti contre les effets de la pression.
On s’est servi de l’appareil de Meyer pour prendre des températures du fond dans la Baltique et la mer du Nord, mais on l’emploie surtout dans les observatoires fixes tels que les stations maritimes et à bord des bateaux-feux. Il possède le grand avantage de n'être pas fragile. On l’introduit dans un étui en cuivre, on l’immerge et on le laisse au moins une heure en observation avant de le remonter. Il serait absolument défectueux à bord d’un navire en marche.
Thermomètre Miller-Casella. — Un appareil comme ceux que nous venons de décrire ne peut servir pour les grandes profondeurs ;
1 Handbuch der nautischen Instrumente; Hydrographisches Amt der Admiralität, Berlin, 188%, p. 162.