THERMOMÈTRE MILLER-CASELLA
sous les effroyables pressions qui s’exercent alors, la plupart d’entre eux se briseraient et les indications de ceux qui resteraient seraient complètement faussées. Le verre comprimé éprouve une déformation, l’intérieur du réservoir et du tube capillaire diminue de volume et le thermomètre indique une température plus élevée que celle à laquelle il a été réellement soumis. Cette différence entre la température lue et la température véritable augmente évidemment avec la profondeur ; elle peut atteindre et même dépasser 5° pour 3 658 m.
Afin d'éviter ces inconvénients, Joseph Paxton fabriqua une sorte de thermomètre de Bréguet. Son instrument se compose d’un ruban de platine et d’un ruban d'argent réunis par une soudure d’argent à un ruban intermédiaire d’or et enroulés, l'argent en dessous, autour d’un axe en cuivre. L'ensemble est doré afin d'éviter toute attaque par l’eau salée. Les variations de température agissant sur les rubans dont la dilatation est variable font tourner sur lui-même l'axe en cuivre. Ce mouvement est traduit et amplifié par des rouages multiplicateurs et il est enregistré sur un cadran à l’aide d’un index poussant devant lui une aiguille dont le frottement contre le cadran suffit pour la maintenir à l’endroit où elle a été poussée. Le thermomètre est gradué par comparaison. À 1 097 m (600 brasses) son écart ne dépasse pas 00,5; à 2 743 m (1 500 brasses), il atteint 5° et en outre il n'est pas régulier. Ses défauts sont communs à tous les instruments composés de rouages métalliques et destinés à être immergés ; les divers métaux subissent des compressions et des contractions différentes selon leur nature, les ajustements se faussent et le système ne tarde pas à être mis hors d'usage.
Lorsqu'il s’agit de préparer les instruments que devait emporter le Porcupine dans sa campagne océanographique, le Deep sea Commiltee, dans son rapport de 1869, ne dissimula aucun des inconvénients des thermomètres 4 maxima et à minima dont un grand nombre d’observateurs avaient déjà fait usage. Pour y obvier, sir Ch. Wheatstone proposa un thermomètre de Bréguet immergé et lu du bord à l’aide d’un dispositif électrique ; l'instrument fut rejeté comme trop coûteux. M. Siemens imagina sa sonde électrique. Néanmoins, pour diverses raisons, le thermomètre Miller-Casella à maxima et & minima fut définitivement adopté 1.
1 Wyville Thomson, les Abimes de la mer, trad. Lortet, p. 117.
Le thermomètre Miller-Casella (fig. 68) se compose d’un tube creux
en verre replié en U et dont chaque branche se termine par un réservoir. Le plus grand de ces deux réservoirs À est muni d’une seconde enveloppe en verre laissant entre elle et la première un espace qu'on remplit aux trois quarts d'alcool ayant un point d’ébullition élevé, d'alcool amylique par exemple et qui est destiné à amortr les effets de la compression. Le réservoir À contient un mélange de créosote, d’alcool et d’eau reposant sur du mercure occupant environ la moitié du volume de chacune des deux branches de part et d’autre de la courbure. Cette colonne de mercure est surmontée par une nouvelle quantité du mélange de créosote, d’alcool et d’eau qui remplit en partie le réservoir C. Le reste de l’espace est pris par de l'air introduit tandis que l'appareil est plongé dans un mélange réfrigérant très froid afin d'augmenter sa densité. L’air mélangé de vapeur d'alcool joue le rôle d’un coussin élastique pour régulariser le frottement des liquides contre les parois internes du tube et permet au mercure d’obéir aisément au mouvement qui lui est communiqué dans l’une et l’autre branche. Quand la température s'élève, le liquide du réservoir A se dilate, pousse le mercure dans la seconde branche et lui fait entraîner un petit index en acier entouré d’un fil fin de verre ou d’un crin en guise de ressort; lorsque la température diminue, le liquide A se contracte et attire le mercure dans la première branche. Ce mouvement est suivi et indiqué par un second index semblable au premier. Avant d’immerger l'appareil, on ramène au moyen d’un aimant les deux index en contact avec les extrémités de la colonne mercurielle. Le tube du thermomètre est fixé sur une plaque d'ébonite ce qui évite les déformations que l’eau fait subir au