TEMPÉRATURE DES EAUX DOUCES
Dans les considérations qui vont suivre, nous prendrons surtout comme exemple le lac de Genève, le plus grand et de beaucoup le plus étudié et le mieux connu des lacs d'Europe.
Un lac profond possède trois régions thermiques distinctes : une région profonde, une région moyenne et une région superficielle.
La région profonde commençant à une distance de 400 ou 150 m de la surface est à une température très voisine de 4°, les variations y sont très faibles et de périodicité longue et irrégulière. Dans le Léman! dont la profondeur atteint 344 m, les extrêmes de température profonde de 1879 à 1886 ont été de 40,6 à 5°,6, soit une variation maximum de 1°.
La région moyenne comprise dans le Léman entre 10 m et 100 ou 150 m subit des variations annuelles. L'eau est échauffée par l'air en été, la chaleur se propage de haut en bas et le lac se stratifie en couches d'autant plus chaudes qu'elles sont plus rapprochées de la surface. Pendant l'automne, tant que la température, quoique se refroidissant, reste supérieure à 4°, l’eau superficielle refroidie et par conséquent alourdie, descend, fait place à des couches plus chaudes qui se refroidissent à leur tour, descendent et le mouvement se continue jusqu'à formation entre la surface et le fond d’une couche à température uniforme de 4°.
La couche superficielle de 10 à 15 m d'épaisseur, dans le Léman, se refroidit la nuit, se réchauffe le jour ; elle subit donc des variations annuelles et diurnes ; ces dernières, pendant l’été, ne dépassent guère 2 ou 3 degrés. L'étude des variations de cette couche se rattache étroitement à la météorologie.
Les couches isothermes ne sont pas toujours horizontales ? : elles se relèvent par exemple de Villeneuve à Yvoire, c’est-à-dire qu’à profondeur égale l’eau est plus chaude à l’extrémité orientale du lac de Genève qu'à l'extrémité occidentale, ce que M. Forel attribue à l'excès de densité des eaux rendues troubles par les alluvions du Rhône et qui, à même température, descendent plus bas que les eaux pures du lac. D’autres causes encore peuvent donner lieu à une
‘ F.-A. Forel, La température des eaux profondes du lac Léman, Comptes rendus de l’Académie des Sciences du 5 juillet 4886.
# F.-A. Forel, Sur l’inclinaison des couches isothermes dans les eaux profondes du lac Léman, Comptes rendus de l’Académie des Sciences du 22 mars 4886.
forme ondulée des surfaces isothermes constatée par M. Thoulet‘' au lac de Longemer, dans les Vosges, où elle est due à l’eau d’un affluent, la Vologne. Cette eau n’est pas chargée de sédiments, mais elle arrive à l’une des extrémités du lac, se déverse sans s’y mélanger immédiatement sur la couche d’eau lacustre à même température qu'elle, la fait osciller sous son poids et le mouvement ondulatoire se communique quoique en s’affaiblissant aux couches sous-jacentes plus froides. La vérification synthétique expérimentale du phénomène s'exécute avec une grande facilité.
Fig. 80.