CORPS ÉTRANGERS
rence et par suite de labsorption, donnera du jaune qui, mélangé à la nuance bleue propre à la mer, produira du vert.
Nous savons que si les matières sont dans un état d'extrême finesse, quelle que soit leur couleur propre, elles donneront lieu à des tons verdâtres comme on en voit un exemple le long des côtes anglaises de la Manche où l’eau contient en suspension des particules impalpables de craie blanche. La propriété dont jouissent les eaux salées de précipiter les argiles qui restent indéfiniment en suspension dans les eaux douces pures explique la coloration verte de la mer à peu près générale au voisinage de l'embouchure des fleuves.
Les matières organiques agissent d’une façon à peu près analogue. Dès 1848, H. Sainte-Claire Deville * et en 1861, M. Wittsthein ?, avaient cru reconnaître par l’analyse chimique que les eaux brunes ou jaunes renferment plus de matières organiques que les eaux vertes et celles-ci plus que les eaux bleues. Selon l’abondance relative de ces matières l’eau devait donc passer par la gamme bleu, vert, jaune, brun ou noir. L’explication, sans être inexacte dans tous les cas, n’avait cependant pas la généralité qu'on lui attribuait puisque la couleur ne dépend pas uniquement de la proportion des matières organiques, mais il est certain qu'elles communiquent à l’eau une teinte verte. M. W. Spring a fait à ce sujet une expérience décisive. Lorsque l’eau dont il remplissait son tube de 5 m et dont il examinait ensuite la couleur n'avait pas été distillée avec la perfection la plus complète, elle paraissait néanmoins bleue au moment où il venait de la verser, mais peu à peu, à la suite du développement d’algues, celles-ci étant d’ailleurs invisibles par elles-mêmes, l’eau prenait une nuance verte augmentant avec le temps et qui ne tardait pas à revenir au bleu par l’addition de 1/10000 de bichlorure de mercure qui tuait les végétations. L’eau restait indéfiniment bleue si on y ajoutait le bichlorure dès le début.
On a constaté directement la présence de matières végétales donpant une coloration particulière à la mer. La Vineta a observé dans les parages de la mer du Japon que la nuance jaunâtre particulière
1 Annales de chimie et de physique, 3, t. XXII, p. 32 ; 4848. 2? Vicrteljahreschrift für praktische Pharmacie, X 332, 1861. 3 W. Spring, la couleur des eaux, Revue scientifique, 3 série, XXXI, 164, 1883.
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de l’eau était due à une couche flottante de pollen apporté par le vent. Vers l’embouchure du Tage, à 400 ou 500 m de la côte, le 3 juin 1845, des bandes d’un rouge sang s’étendaient sur une longueur de 8 kilom et étaient formées d’une algue, le Protococcus Atlanticus dont un seul centimère cube d’eau contient 40 000 individus. Scoresby, et plus tard le botaniste Robert Brown ont expliqué la couleur vert olive des mers du Groënland par la présence de dialomées et d'organismes végétaux attirant une foule de ptéropodes, de méduses et d’entomostracées qui à leur tour attirent un grand nombre de poissons et certaines baleines auxquels ils servent de nourriture. | Les organismes flottant dans les eaux sont plus généralement de nature animale et étude de la coloration de la mer entre alors dans le domaine de la zoologie. Ces êtres possèdent une couleur particulière à leur espèce. M. Pouchet ‘ a observé que les pêches au filet fin donnent des dépôts brunâtres avec certains copépodes et mollusques, bleu d’azur avec d’autres copépodes, rosés avec une troisième variété de copépodes. Souvent leur coloration change selon qu’ils sont vivants ou morts, enfin leur abondance est plus ou moins considérable selon les circonstances extérieures. Si la température s'élève ou diminue, si le soleil dans sa course éclaire l’eau dans une direction perpendiculaire ou oblique, si le vent agite violemment la mer ou se borne à en rider la surface, si un courant en change par places et momentanément la température ou la salure, aussitôt ces animaux montant ou descendant au sein des couches liquides, viendront par leur présence ou leur absence et grâce au nombre prodigieux de leurs individus changer entièrement ou seulement modifier de mille manières la coloration que la mer possède déjà et doit à des phénomènes uniquement physiques. La zoologie et la physique se prêtent un mutuel appui pour expliquer ces faits, car la présence de tels ou tels êtres déterminés, à telle ou telle profondeur, dans tel ou tel parage, correspond à un ensemble de conditions spéciales du milieu ambiant. Ces observations offrent une application immédiate dans les études relatives à la pêche des poissons ‘comestibles, et il serait à souhaiter qu’elles fussent partout exécutées avec autant de
! G. Pouchet, La Couleur des eaux de la mer et les péches au filet fin. Association française pour l’avancement des sciences, 46e session, Toulouse 4887, p. 596.
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