BIOLOGIE DE LA MER
Bien que l'étude de la vie au sein des mers semble appartenir exclusivement à la zoologie, il est impossible de passer ici sous silence la description des divers engins de pêche employés dans toutes les expéditions océanographiques et de ne point donner un résumé des conditions générales d'existence des êtres qui peuplent la mer et jouent un rôle si considérable dans son économie. Les dépôts sous-marins ne sont pour la plupart que l’amas des dépouilles d'animaux, la couleur de l’Océan résulte, en partie, d'animaux ou de végétaux qui mélangent diversement leur coloration propre à celle qui est naturelle à l’eau et à celle qui provient des diverses causes physiques. La présence, en une localité, d’une plante, et surtout d’un animal doué de la faculté de se mouvoir volontairement, est l'affirmation d’un ensemble de conditions physiques spéciales, température, salinité, pression, caractérisant un milieu où ces êtres se trouvent favorablement, parce que, s’il en était autrement, ou bien ils n’y existeraient pas, ou bien comme ils possèdent la possibilité de fuir, on ne les rencontrerait pas dans les parages examinés ‘. Leur absence est de même la preuve d’un état de choses différant au moins par quelques points des conditions définies de leur habitat. La plante et l’animal sont de véritables instruments de physique très délicats, fournissant des indications non pas sur un ordre unique de phénomènes, comme le thermomètre sur la température ou l’aréomètre sur la densité, mais sur tout un ensemble de phénomènes complexes. La lecture de ces instruments vivants, dont la graduation ne comporte, en quelque sorte, que trois degrés : présence, absence, rareté, est par suite extrêmement difficile et c’est pourquoi il est logique de commencer par employer des instruments inanimés, ceux de nos laboratoires, avec lesquels nous sommes
.. AJ. Thoulet, Les principes scientifiques des grandes péches, Revue générale des sciences pures et appliquées, [, 137, 1890.
familiers, qui sont plus simples à interroger puisqu'ils ont l’avantage de n’être sensibles qu’à une seule condition parmi les mille qui constituent l’état général du milieu et que leurs indications sont à la fois plus précises et plus délicates. Aussi, la plupart des nations maritimes, soit qu'il s'agisse de science pure, soit qu'on se préoccupe plus spécialement d’une application pratique comme l’industrie des pêcheries, sont-elles d’avis que le travail des naturalistes ne peut se faire d’une façon fructueuse qu’après achèvement, aussi complet que possible, de l’œuvre de l’océanographe qui doit le devancer et l’établir sur des bases précises et indiscutables. Toute étude des êtres vivant dans une localité déterminée de la mer, plantes et animaux, est condamnée à n’être qu'une description si elle ne se guide et s'appuie sur une connaissance préalable de la localité elle-même, de sa topographie, de sa géologie, de la distribution des températures au sein de ses eaux, de la composition de celles-ci. En d’autres termes, si le dernier mot est à la botanique et à la zoologie, le premier appartient incontestablement à l’océanographie. D'ailleurs, le naturaliste vient à son tour éclairer l’océanographe et lui fournir la solution de problèmes qu’il a parfois, vainement jusque-là, cherché à résoudre. Cest ainsi que, par exemple, M. John Murray a prouvé que les eaux chaudes de l'Atlantique ne pénétraient pas dans la mer du Nord et a pu affirmer, à l'avance, l’existence de la crête Wyville-Thomson, grâce à une simple comparaison des faunes de la côte orientale et de la côte occidentale d'Écosse.
Déjà, en France, les pêcheurs obligés par le dépeuplement des fonds voisins des côtes, d’exercer leur industrie en haute mer, réclament® l'établissement de cartes topographiques par teintes et de cartes géologiques sous-marines. En Norvège”, au laboratoire d’agriculture marine de Flodevig, près Arendal, dirigé par le capitaine G.-M. Dannevig, et qui s'occupe de la fécondation artificielle et de l’empoissonnement de la mer en flets, homards et morues, on a reconnu, qu’en outre de la température convenable, l’eau des bassins
‘ John Murray, The physical and biological conditions of the seas and estuaries about North-Britain, Phil. Soc. of Glasgow, March, 31‘, 1886.
2 V, Guillard, Des progrès de la péche côtière sur le liltoral du Morbihan, Bulletin de la Société bretonne de géographie de Lorient, nos 44-42, 1889.
3 C. Raveret-Wattel, L'Agriculture marine en Norvège, Revue des sciences naturelles appliquées, Bulletin bi-mensuel de la Société nationale d’acclimatation de France,
90 février 4899.