DÉFORMATION DES IMAGES
Lorsqu'un observateur ayant le soleil à dos examine son ombre sur la surface du lac légèrement agitée, dans des endroits où l’eau est assez opaque ou offre une épaisseur suffisante pour ne point laisser voir le fond, il aperçoit l’ombre de sa tête entourée par une gloire, faisceau de rayons divergents alternativement obscurs et lumineux. M. Forel' analyse les conditions du phénomène et l’at-
-tribue aux différences d’illumination des couches d’eau suivant que
celles-ci correspondent aux surfaces convexes ou concaves des vagues. La production de cette gloire démontre la faculté d’illumination de l’eau par suite des poussières qu’elle renferme. De l’eau physiquement pure ne fournirait n1 ombre ni gloire tandis qu’un liquide absolument opaque, de l’encre ou du mercure, offrirait une ombre portée à sa surface mais point de gloire. M. Thoulet a observé le phénomène sur la mer du Nord dans les conditions mêmes assignées par M. Forel.
Un objet observé à travers une couche d'eau paraît plus grand qu'il n’est réellement *. La fraction de réduction, c’est-à-dire la diminution de la grandeur apparente de l’objet pour arriver à la grandeur réelle, est représentée par l'expression
dans laquelle a est l'angle sous lequel les rayons lumineux partis des extrémités de l’objet entrent dans l’œil de lobservateur ou l’angle de grandeur apparente, et à l'angle de grandeur réelle suivant lequel les rayons extrêmes pénétreraient dans l'œil sil n'existait pas une couche d’eau interposée. L'illusion est physique et due à la réfraction ; elle est d'autant plus grande que l’eau est plus profonde, que l'œil est moins élevé au-dessus de la nappe d’eau et que l'objet examiné est plus éloigné de la verticale. M. Forel montre qu'il y a lieu de tenir compte en outre d'une illusion subjective par fausse appréciation de la distance, erreur d’autant plus considérable que l’eau est plus opaline tout en restant cependant assez limpide pour n'être pas
! F.-A. Forel, Une variété nouvelle ou peu connue de gloire étudice sur le lac Léman, Bull. soc. vaud. des sciences nat., XIII, 53, 4874.
* F.-A. Forel, J{lusion de grossissement des corps submergés dans l’eau, Bull. soc. vaud: des sciences nat., XXII, 94.
perçue comme un milieu interposé. L'illusion de grossissement d'un objet immergé peut s'élever à un tiers et plus de la grandeur réelle de cet objet.
Mer de lait; phosphorescence de la mer. — D'autres phénomènes encore sont produits par la présence d’animalcules au sein des eaux océaniques. Dans celui de la mer de lait, la mer semble transformée en une immense plaine couverte de neige et éclairée d'un reflet crépusculaire. Tres fréquent dans l'océan Indien, il ne s’anerçcoit que de nuit, apparaît soudainement, disparaît au lever de la lune et pendant toute sa durée, contrairement à ce qui a lieu lorsque la mer est phosphorescente, l'horizon est nettement délimité. Il est dû à des animaux dont la longueur varie entre 0,1 et 0,2 mm.
La phosphorescence se voit dans toutes les régions du globe, même dans la mer du Nord et dans la Baltique, mais c’est dans les mers tropicales qu’elle se manifeste avec toute sa splendeur lorsque le temps est calme et chaud. On a pendant longtemps cherché à attribuer le phénomène à la lueur dégagée par des matières phosphorescentes, à l’insolation ou à un développement d'électricité causé par le frottement des particules d’eau les unes contre les autres ; on sait aujourd'hui qu'il résulte de la présence d'animaux. Beaucoup d'êtres vivant dans l’Océan sont phosphorescents ; on en connaît plus de cent espèces qui manifestent cette propriété. Tantôt l'émission de lumière est continue, tantôt elle est intermittente, le plus souvent la lueur est blanche, rarement elle est bleue, verte, jaune ou rouge
comme chez les alcyonnaires, mais toujours elle cesse après la mort :
des individus. Les abimes de l'Océan ne sont éclairés que par la faible lueur de la phosphorescence des animaux qui l’habitent, anthozoaires, ophiures, hydroïdes, crustacés et poissons errant et cherchant leur nourriture à travers des forêts de gorgoniens qui deviennent eux-mêmes lumineux par l'agitation des courants ou par d’autres causes. Le prince de Monaco, dans ses pêches de haute mer, a employé pour attirer les animaux des lampes électriques ‘ immergées à de grandes profondeurs et M. Fol s’est servi dans le même but de
1 P. Regnard, sur un disposilif destiné à éclatrer les eaux profondes, Comples rendus de l’Académie des sciences, 1888.
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