CHALEUR LATENTE DE FUSION DE LA GLACE
tôt ou tard par se produire. L’éclatement des roches dépend donc plutôt des alternances fréquentes au-dessus et au-dessous du point de solification que de l’abaissement même de la température et par conséauent il s’exerce avec plus d'énergie dans les régions subpolaires que dans les véritables contrées polaires où le sol est protégé par la neige même qui le couvre et le dégel n’a lieu qu'une fois chaque année. Le phénomène sera encore plus marqué le long des côtes à marées où la mer liquide et par conséquent relativement chaude vient deux fois par jour imbiber les pierres des rivages puis les abandonne en les laissant soumises à l’action de l'air froid. M. Thoulet ! a attribué en grande partie la formation des bancs de Terre-Neuve à une action de ce genre. La destruction des roches par la gelée est une source très abondante des matériaux emportés immédiatement dans la mer parce que leur gisement borde le rivage ou y arrivant par l'intermédiaire des rivières et qui finissent par constituer les fonds marins.
Chaleur latente de fusion de la glace. — On appelle chaleur latente de fusion la quantité de chaleur qu’il faut fournir à 4 kilog d’un corps pris à l’état solide et à sa température de fusion normale pour le faire passer à l’état liquide à la même température sous la pression constante de l’atmosphère. Cette quantité de chaleur est exprimée en calories en donnant ce nom à la quantité de chaleur nécessaire pour élever de 0° à 1° la température de 1 kilog d’eau liquide et elle est exactement égale à celle que dégage le corps lorsque, inversement, il passe de l’état liquide à l’état solide.
MM. de la Provostaye et Desains * en plongeant un morceau de glace préalablement desséché et pesé dans un calorimètre contenant de l’eau et en mesurant la température finale après fusion, ont trouvé vour représenter la chaleur latente de fusion de la glace, le nombre 719,25. En d’auires termes, 1 kilog de glace en se fondant ou en se formant, absorbe dans Le premier cas et dégage dans le second cas, assez de chaleur pour élever de 4° la température de 79,25 kilog
d’eau.
1 J. Thoulet, Sur un mode d’érosion des roches par l’action combinée de la mer el de la gelée, Comptes rendus de l’Académie des sciences, CII, p. 1193. 1886.
2 La Provostaye et Desäins, Annales de chimie et de physique, 3e série, t. VIIL, p. 5
M. Person ‘, répétant ces mesures, a trouvé le nombre 80,02. M. Otto Pettersson * a mesuré la chaleur latente de fusion de diverses sortes de glace et est arrivé aux valeurs suivantes :
DENSITÉ CHALEUR de fusion.
Eau de mer (Jan-Mayen) 282 52,7
51,5 67,9 65,7 ATOS 72,5 (Kattesat) En A MCMEPECNREETE 70,0 (Baltique) c 75,6 (Pda) Ai Mel ORAEMEENNEE 76,6
Eau de glace (mer de Sibérie)
Il résulte de ces expériences que la chaleur développée par la congélation ou absorbée par la fusion de l’eau de mer est très inférieure à celle de l’eau pure dans les mêmes circonstances et d'autant plus que la glace étudiée contient plus de matières salines.
Plasticité de la glace. ---On a cherché à expliquer de plusieurs façons, en s'appuyant sur les propriétés physiques de la glace, le mouvement de progression continue que manifestent les glaciers. Tandis qu’une école scientifique attribuait à la glace une certaine plasticité et le pouvoir de se mouler sur les parois qui l'entourent, une autre école admettait l’existence de phénomènes dont l’ensemble était désigné sous le nom de regel.
Si la glace est plastique, il s’agit de savoir comment se produit cette plasticité *.
Suivant Forbes *, les grandes masses de glace, lorsque leur température est voisine de zéro, possèdent les propriétés-des demi-fluides visqueux. Quand le volume d’un corps de ce genre a atteint une certaine épaisseur, ses molécules, sous la pression exercée par le
! Person, Annales de chimie et de physique, 3e série, t. XXX, p. 73.
? Otto Pettersson, On the properties of water and ice, Vega-Expeditionens Vetenskapliga lakttagelser, Bd II, Stockholm, 1883.
* Kropotkine. La plasticité de la glace, Revue scientifique, XXXIU, p. 37, 1884.
* Forbes, [lustrations of the viscous theory of glacier Motion, Philosoph. Trans. of the Roy. Soc. of London for the year 1846.