PLASTICITÉ
corps lui-même, glissent les unes sous les autres conformément aux lois de l’écoulement des liquides. Sir W. Thomson a reproduit avec de la poix abandonnée à elle-même les principaux phénomènes caractéristiques des glaciers. D'autre part, M. Bianconi', de Bologne, a fait plier des planches de glace en les supportant simplement aux deux bouts et les a tordues comme de la cire en communiquant un mouvement intérieur à leurs molécules. Ces expériences ont été reprises par MM. Mathews et Froude ?, puis par M. Moseley*, à des températures fort inférieures à zéro.
Pfaff s’est proposé de déterminer la pression minima capable de produire dans la glace des déformations permanentes. Il a pris des cylindres et des prismes de glace creux ou massifs, et les posant sur un bloc de glace, après les avoir soumis à une certaine pression très faible, il a remarqué qu’ils s’enfoncent. Aïnsi un cylindre creux soumis à une pression de deux atmosphères seulement (2050 g par cmq), pénètre dans la glace de 1,25 mm en 12 heures alors même que le thermomètre n’accuse que — 49 à — 10. Lorsque la température atteint — 0,59, l’enfoncement avance déjà de 3 mm en 2 heures et même avec une température de — 60 à — 129, il continue à se produire sous une pression de 5 atmosphères avec une vitesse de 1 mm en 5 jours. Avec des températures de +2,50, l’enfoncement devient encore plus rapide : un cylindre de fer, quoique couvert d’une épaisse couche de neige, pénètre dans la glace comme 1] le ferait dans de l'argile et il suffit alors d’une pression de 1/19 d’atmosphère pour qu'il s'enfonce de 14 mm en 3 heures.
La glace est donc un corps plastique à toutes les températures qui ne s’abaissent pas au-dessous de — 100 à — 12° et d'autant plus qu'elle approche davantage de son point de liquéfaction, peut-être, d’après les expériences de M. Otto Pettersson *, par suite de la diminution de volume qu’elle éprouve en ce moment. La cause intime du phénomène touche d’ailleurs de trop près à des considérations de structure moléculaire pour être encore explicable. On identifie cette
1 Bianconi, Esperienze intorno alla flessibilità del ghiaccio, Memorie della Accademia delle Scienze dell Instituto di Bologna, 4871, seria IL, t. 1, pp. 485-166.
? Nature, t. [, Londres, 24 mars 1870.
3 Moseley, Philosoph. Magaz., série #4, t. XLIT, 1871, p. 146.
# Dr Fr. Pfaff, Versuche über die Plasticitat des Eîsen, Pogg. Ann., Bd, 155, 4875, pp. 169-174, Cf. Nature (anglaise), 49 août 4875.
5 Otto Pettersson, Loc. cit.
plasticité aux propriétés étudiées par M. Tresca’ dans ses expériences sur l'écoulement des solides. En opérant sur divers métaux soumis à de très fortes compressions, celui-ci a reconnu trois phases dans les déformations d’un solide par l'effet d’un effort extérieur. D'abord, une phase de déformation temporaire par écartement et rapprochement des molécules : la limite d’élasticité n’est pas dépassée et les déformations sont proportionnelles à la force déformatrice. Vient ensuite une phase de déformation permanente lorsque la force extérieure augmentant, lPélasticité commence à disparaître de sorte que le corps ne reprend plus exactement sa forme primitive après que cette force a cessé de se faire sentir; les molécules ont alors glissé les unes sur les autres et les déformations ne sont plus proportionnelles à la force déformatrice. Dans la troisième phase, si la force augmentant alteint une valeur appelée coefficient de fluidité, le corps ne change plus de volume, il est devenu presque incompressible ; comme un liquide, il obéit à la loi hydrostatique de la transmission de la force dans toutes les directions et la résistance aux déformations devient constante.
Regel. — Tyndall*? ne croit pas que la plasticité de la glace, telle qu’elle vient d’être définie, suffise pour expliquer le mouvement des glaciers mais, attribuant celui-ci à un phénomène spécial, le regel, il a émis une théorie basée sur l’observation faite par Faraday en 1850 que deux morceaux de glace fondante mis en contact, se soudent l’un à l’autre.
On a exécuté de nombreuses expériences de regel. Les deux surfaces planes d’un bloc de glace récemment scié se soudent aussitôt qu’elles sont mises en contact l’une avec l’autre. Il en est de même pour des fragments de glace flottant sur l’eau et qu'on pousse les uns contre les autres ; on peut alors en saisissant le bout de cette chaîne entraîner toute la série ; le phénomène s'effectue quelquefois naturellement avec les gros glaçons des mers polaires. On place dans un moule en bois des morceaux de glace, on comprime et l’on obtient une forme quelconque, sphère, lentille, coupe ou anneau de
1 Tresca, Mémoire sur l'écoulement des corps solides, Recueil des mém. des savants étrangers à l'Académie des sciences.
# J. Tyndall, Les Glaciers et les transformations &e l’eau, Bibliothèque scientifique internationale, 4873.