‹ Océanographie (statique)Chapitre 190 sur 206 · EC TT RS NE MENT NET 6 PEN OU DST OR · texte numérisé non relu

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la saison, contenue dans l’eau de fusion des glaciers au Groënland et en Norvège, et ses résultats montrent que les glaciers subpolaires ou des régions tempérées transportent des matériaux plus volumineux mais, toute proportion gardée, une moindre quantité de sédiments fins que les glaciers polaires. On s’explique le phénomène par l'érosion aérienne qui est faible dans les contrées éternellement couvertes de neige, tandis que l'érosion profonde résultant du frottetement, est au contraire puissante sous la pression de l’énorme masse de la glace continentale.

Date Boue de l'observation. par mcb d’eau.

Rivière au glacier de Jakobshavn ...... 9 juillet 1875 104 g. — Alangordlek...... 10 — 2374 — 1artolek. 208. 47 — 723 = Tuaparsuit. ...... 6 août 1875 678 — Umiatorfik....... 20 — 75 — AsSakak ee UE 21 — 208 — Kangerdlugssuak.. 11 — 278

Les quatre derniers glaciers sont situés dans le distrit d’'Umanak.

En Norvège, on a calculé en 1874 la quantité de boue contenue dans les rivières sortant des glaciers qui descendent des vastes champs de glace et de neige de Justedalsbræen. On a trouvé :

Boue

Date. par mcb d’eau.

Rivière ouest du glacier de Boium ..... 23 juin. 88 g. AA NS De ea 30 juillet. 309 Rivière est du-glacier: ;... 0,2% 23 juin. 59 RAP APAUNAER AUT Tux. 30 juillet. 159 Grande rivière du glacier de Suphelle.. 24 juin. 33 LTÉE PR ET 30 juillet. 113 Petite rivière du glacier de Suphelle... 24 jum. 72 Petite rivière du glacier de Langedal... 6 juillet, 213 Rivière du glacier de Austerdal........ 6 juillet. 96 Rivière du glacier de Brixdal......... 16 juillet. 77

Moyennes 224 147 g.

En mesurant le volume d’eau s’écoulant par les rivières, on peut évaluer à 2000 000 kil en une journée du mois de juillet la boue : emportée de tous les glaciers descendant du Justedalbræen dont la surface est d'environ 870 kmq. Enfin, prenant en considération la

quantité de neige et de pluie tombée sur cette même superficie de terrain, on estimera la boue enlevée annuellement à 180 000 000 kilog, quantité égale à 6900 mcb de roche ou à un cube de 41 m de côté.

Les savants danois ont répété ces dosages de l’argile tenue en suspension par les rivières sortant des glaciers du Groënland. La rivière d'Isortok charrie de 9199 à 9744 g de boue par mètre cube d’eau et entraînerait annuellement une masse argileuse de 4062 millions de kilogrammes. Le fleuve Jaune, d’après un tableau contenu dans les Meddelser, ne roule que la moitié de cette masse. La rivière de Nagsutok, contient seulement de 200 à 235 g d'argile par mètre cube d’eau, quantité encore supérieure d’un tiers à celle que contiennent les eaux de l’Aar à la sortie du glacier *.

M. Helland a aussi reconnu que tandis que l’eau de mer des fjords où débouchent des glaciers est parfaitement limpide lorsque le front du glacier est séparé du rivage par une bande de terre, le cours d’eau sortant de la glace est au contraire très chargé de sédiments. Il en est de même des ruisseaux coulant à la surface du glacier et sur l’Inlandice. On retrouve en cette circonstance le phénomène connu du dépôt immédiat au contact de l’eau salée des sédiments maintenus en supension par l’eau douce et en mouvement.

Les eaux boueuses observées au large dans les parages du Groënland, notamment par l’Alert, en 1875 *°, résultent plutôt des sédiments déjà déposés et que remuent les icebergs en raclant contre le fond ou bien de fleuves assez importants pour que leurs eaux douces ne se mélangent que lentement aux eaux salées environnantes. On en tire cette conclusion que le fond des mers glaciales s’exhausse rapidement, mais que peu de ces sédiments sortent du bassin polaire pour parvenir dans le bassin océanique tempéré ou équatorial.

Le plus grand glacier des régions arctiques est probablement celui de Humboldt dans le détroit de Smith au Groënland dont le front en falaises verticales de 90 m de hauteur présente une largeur de 111 kilom. Beaucoup de glaciers du Spitzberg aboutissent à la mer en une masse de 20 kilom de front se dressant perpendiculairement à 60, 80 et même 121 m de hauteur et où l’on observe nette-

1 Ch. Rabot, Les récentes explorations danoises au Groënland, Revue scientifique, t. XXXI, p. 771, 1883.

2 Geo. Nares, Un voyage à la mer polaire, trad. française, p. 49-21.

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ment la stratification des névés. L’archipel François-Joseph en possède de non moins imposants.

La glace continentale du Groënland. — L'intérieur du Groënland est couvert d’une épaisse nappe de glace à laquelle on donne les noms de glace continentale ou calotte glacée (Binnenis, Inlandeis, Inlandice, Inlandis). Depuis longtemps, on connaissait l'existence de cette nappe, mais on ignorait si elle recouvrait la contrée tout entière. Le premier projet de traversée du Groënland' est celui du gouverneur Claus Enevold Paars en 1728 ; bien que ces tentatives aient été renouvelées à diverses reprises, aucune excursion apportant à la science de véritables résultats ne fut faite avant celle de MM. Nordenskiôld et Bergreen en 1870, qui s’avancèrent jusqu’à 96 kilom du bord de lInlandice et atteignirent en sept journées de marche 670 m d'altitude sans cesser d’apercevoir la glace à perte de vue. En 1878, MM. Jansen, Kornerup et Groth parcoururent 73 kilom, parvinrent à 1570 m d'altitude et examinèrent les nunataks ou pics rocheux qui percent la glace au voisinage du glacier de Frederikshaab. M. Nordenskiôld fit une seconde exploration en 1883. Se basant sur cette idée que les vents balayant la contrée avaient dû se dépouiller de leur humidité au passage des montagnes bordant la côte et que, devenus ainsi secs et relativement chauds comme le foëhn de Suisse, ils étaient désormais incapables d'alimenter de neige l’intérieur du pays, il pensait rencontrer tout au moins des oasis libres de glace. Son attente fut déçue : au prix de fatigues et de dangers considérables, il s’avança de 117 kilom, deux Lapons de sa suite poussèrent à 220 kilom plus loin, soit en tout 337 kilom, on parvint à l'altitude de 1947 m et l’on ne put distinguer à l'horizon aucune limite à l'immense plaine blanche. En 1887, l'Américain Peary et le Danois Maigaard n’eurent pas plus de succès après une marche de 160 kilom qui les amena à 2400 m d’altitude. Enfin, M. Nansen, dans son mémorable voyage de 1888, partant de la côte orientale, traversa le Groënland jusqu’à la côte occidentale et mit

! Meddelser om Grünland udgivne af Commissionen für Ledelsen af de geologiske og geographiske Undersügelser à Grôünland, Samt en. Résumé des communications sur le Groënland, Copenhague, Reitzel. Voy. aussi plusieurs articles de M. Ch. Rabot dans la Revue scientifique : Les récentes expéditions danoises au Groënland (R. S., t. XXXI, p. 769, 1883) ; Les expéditions danoises au Groënland (R. S., t. XLI, p. 577, 1888).

hors de doute la continuité de la glace continentale et l'absence complète d’oasis.

La calotte de glace commence à une distance d’une dizaine de kilomètres de la mer, un peu plus loin de la côte ouest, un peu plus près sur la côte est; d’après M. Holm, vers le sud, elle ne dépasserait pas le parallèle de Julianehaab. La bande côtière habitable a été jadis tout entière occupée par le glacier ainsi que le montreni les rochers arrondis et polis des sommets, la concavité des pentes des montagnes, les blocs erratiques qui parsèment les plateaux et les stries qu’on remarque sur les roches. Il semble qu'après avoir augmenté, elle éprouve à l’époque actuelle, au moins sur certaines parties, un affaissement et par con$équent qu’elle diminue de largeur. À Lichtenfels, dans l’espace d’un siècle, le sol se serait affaissé de 1,88 m à 2,51 m. Cependant le fait n’est pas encore admis sans discussion par tous les géologues.

Le bord de l’Inlandice est semé de pierres, coupé par des crevasses dont la largeur atteint parfois 16 m sur une longueur de plusieurs centaines de mètres ainsi que par des cours d’eau ; sa surface est rugueuse et hérissée d’aiguilles. Plus loin, elle devient un peu plus régulière quoiqu'elle présente des séries de petites crêtes, hautes de 3 à 4 m, escarpées de tous côtés et entre lesquelles courent d’innombrables ruisseaux. Elle est en outre criblée de cavités cylindriques remplies d’eau, profondes de 30 à 60 cm jusqu’à 1 ou 2 m. Ces trous sont produits par une algue polycellulaire de dimensions presque microscopiques et de couleur brune ainsi que par une poussière grise de densité égale à 2,62, associée à des particules magnétiques de forme octaédrique dépourvues de nickel, qui est la boue glaciaire desséchée après son dépôt le long des plages et emportée par le vent. M. Nordenskiôld, qui lui a donné le nom de « cryoconite », lui supposait une origine volcanique et lui a trouvé comme composition * :

SIC MR NL rene RUE 62,95 Potasse em des 2,02 A UNIT ERA EE EUR MAUR S 14,93 SOUS RRE Cult eMENNTESS 4,01 Peroydelde fer, PIE 0,74 | Acide phosphorique........ 0,11 Profox delete PEER 4,64 | Chlorure de sodium......... 0,06 Protoxyde de manganèse... 0,07 Eau de combinaison ........ 2,86 Chou Pa RAA NEA 9,09 | Eau hygroscopique......... 0,34 Magnésie ee Cl. 3,00

1 Geological Magazine, 1872, p. 355, in de Lapparent, Traité de géologie, p. 289.

ES M TE ST OS Us UV SU PE

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Ces algues et cette poussière, grâce à leur couleur sombre, absorbent les rayons solaires et fondent par rayonnement la glace qui les entoure. À la surface de l'Inlandice, pendant les trois mois de la belle saison, juin, juillet et août, le thermomètre atteint souvent à hauteur d’homme une température de 280 ou 30°; M. Nansen a mesuré à midi + 31° au soleil et — 319 à l’ombre. La glace fond et l’eau de fusion qui se congèle de nouveau pendant la nuit, se rassemble pendant le jour en petits lacs ou en flaques qui rendent la marche extrêmement pénible.

D’espace en espace, la croûte glacée est traversée par de rares pics dénudés appelés nunataks. M. Nansen n’en a point rencontré dans l’intérieur. Autour d’eux sont éparpillés quelques débris détachés par la gelée des roches qui les constituent, mais ils ne sont jamais bien abondants et ne tardent pas à être engloutis par les fentes de la glace.

Le Groënland est comparable à un immense glacier dans lequel la région des névés, représentée par l’Inlandice, a pris un développement considérable et communique avec la mer par des fleuves de glace s’écoulant à travers les passes qui coupent le cordon montagneux entourant la côte. Il manifeste, avec les glaciers des climats tempérés, les différences suivantes :

19 Tout d’abord, ainsi que nous venons de le dire, un grand développement de la région des névés ;

29 La région d'écoulement, qu’on est porté à considérer comme le véritable glacier malgré ses dimensions gigantesques, est très restreinte au Groënland proportionnellement à la région des névés qui couvre tout le pays;

3° Au lieu de s'arrêter sur la terre, comme dans les Alpes, par exemole, les glaciers du Groënland s'arrêtent parfois à une courte distance de la mer en formant un front auquel on a donné le nom d’Eisblink, et le plus souvent se continuent jusqu’à la mer, où nous savons que les fragments détachés de leur extrémité deviennent les icebergs ;

40 L’érosion dans les régions polaires étant très faible parce que la glace continentale protège presque partout le sol contre les agents de désagrégation atmosphériques, il en résulte que les moraines latérales et frontales ont peu d'importance. La seule usure est celle pro-

duite par la surface inférieure de la glace qui, chassée par lef froyable poussée de toute la masse de l'Inlandice, progresse d’un mouvement relativement rapide en frottant contre le sol sous-jacent. Il se fait ainsi une argile fine bleue qui souille la glace et qui, à mesure de la fusion de celle-ci, se dépose dans la mer, comble les fjords en commençant par le haut, est ensuite entraînée par les flots quoique sa portion la plus considérable ne dépasse pas le détroit de Davis et exhausse constamment les fonds de la mer de Baffin. Les fjords de lIsortok et du Nagsutok sont déjà comblés sur des longueurs variant de 50 à 100 kilomètres. Là où autrefois le glacier arrivait jusqu’à la mer, l’extrémité supérieure du fjord a été transformée en une plaine de schlamm au milieu de laquelle serpente le cours

d’eau issu du glacier et qui, au moindre souffle du vent, est entraînée au loin en tourbillons.

Les régions polaires antarctiques. — Les régions antarctiques sont beaucoup moins connues que celles qui entourent le pôle boréal. Les expéditions passées, faites dans de mauvaises conditions, avec des navires à voiles et d’une construction ne leur permettant pas de résister aux glaces, se sont bornées à la découverte, trop souvent problématique, de quelques points isolés reliés les uns aux autres par les géographes presque au gré de leur fantaisie. Aujourd’hui, on s'occupe sérieusement, en Australie et en Suède, à l’instigation du professeur Nordenskiôld, d'organiser une expédition conduite par des marins et des savants munis des instruments de recherche les plus perfectionnés et qui ne manquera pas de rapporter de précieuses données relatives à la physique du globe. La difficulté principale d’une semblable exploration est qu'on ignore encore s’il existe sur cette côte inhospitalière un endroit où il serait possible ae faire hiverner, en le conservant à l'abri des terribles ouragans si fréquents dans ces climats, le vaisseau destiné à servir de point de départ et. de ravitaillement à une équipe d'hommes hardis, déterminés à s’avancer à pied dans la direction du pôle.

Les régions antarctiques ont été visitées par Cook (1772-1775), Bellingshausen (1819-1821), Dumont d’Urville (1837-1840), Wilkes (1838-1842), Ross (1839-1843) et, en dernier lieu, par le Challenger, qui s’est borné à franchir le cercle polaire mais qui, néanmoins, grâce aux observations exécutées à bord, a fait accomplir peut-être

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