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GLACE DES LACS

Suisse, a permis à M. Forel’ de faire de très intéressantes observations sur le mode de congélation des lacs suisses et savoyards. Ces lacs se sont divisés en trois catégories: les uns se sont congelés entièrement (lacs de Morat, Bienne, Zurich, Zug, Neuchâtel, Constance, Annecy, Thoune et Brienz); d’autres se sont congelés partiellement (lacs des Quatre-Cantons, de Genève); d’autres enfin se sont montrés réfractaires à toute congélation (lacs de Walenstadit et du Bourget).

Le lac de Morat s’est pris en une seule nuit sur toute son étendue sans interruption ni rupture ; l'épaisseur de la glace atteignit 11 cm en cinq jours et 36 cm en quarante jours; sur les bords elle avait 36 à 40 cm. Le dégel se fit complètement en quatre jours. En admettant que la densité de la glace soit 0,93 et que sa chaleur latente de fusion soit de 80 calories par kilogramme d’eau, ce qui exige pour la formation de 1 em d’épaisseur de glace un dégagement de 7,3 calories par décimètre carré de surface, M. Forel a calculé que pendant les cinq jours, durée de la formation des 11 cm de glace, celle-ci avait dégagé 16,2 calories par décimètre carré et par 24 heures.

Sur le lac de Neuchâtel, la glace était plus irrégulière ; elle offrait par places une couleur rouge teinte lie de vin produite par la présence dans sa masse de myriades de petites algues pélagiques, les unes vertes, les autres rouges.

Au fac de Zurich, la glace acquit 28 à 30 cm d'épaisseur, correspondant à une perte de chaleur de 10 calories par 24 heures et par décimètre carré de surface. Un sondage thermométrique a montré que le froid superficiel avait pénétré jusqu’à 110 m dans ce lac à profondeur maximum de 141 m. D’après Struve *, la couche à température invariable se trouverait par 150 m dans le lac Baïkal dont la profondeur maximum est de 1400 m. La glace du lac d'Annecy avait une épaisseur de 27 cm.

La glace se formant à la surface de l’eau douce même boueuse, est remarquablement pure. Le phénomène résulte encore du maximum de densité à 4°. Entre cette température et celle de la congélation, la différence de densité entre les sédiments et l’eau s’accentue

1 F.-A. Forel, La congélation des lacs suisses et savoyards pendant l'hiver 1879-1880

Écho des Alpes, ne° 2 et 3, 1880.

2 Struve, Peterm. Mittheil, 4880, n° 8.

et par conséquent la vitesse de chute de ceux-ci, de sorte que la surface de l’eau en est débarrassée au moment de la congélation. Ce motif explique comment M. Weïth ‘ a trouvé sur le lac de Zurich que l’eau de fusion de la glace était beaucoup plus pauvre que l’eau du lac en carbonates ; dans ce cas, les carbonates auraient été non pas dissous mais simplement à l’état de sédiments en suspension.

Une rivière commence à se congeler sur ses bords parce que l’eau y est moins profonde et plus calme; la congélation se continue ensuite vers le milieu du cours d’eau qui peut finir par se prendre dans toute sa largeur. Le régime des glaces des rivières sibériennes intéresse particulièrement l’océanographie à cause du rôle qu’elles jouent dans la formation des fonds marins, les courants et la distribution des eaux douces et salées dans la mer Glaciale arctique. En Sibérie *, l’épaisseur de la glace d’hiver sur les rivières et les lacs, varie de 1 m à 2,40 m. Sauf les très grands fleuves comme l’Obi, l’Ténisséi et la Léna, tous les cours d’eau se congèlent chaque année jusqu’au fond; leur direction étant du sud au nord, la débâcle a toujours lieu en amont. Les glaces chargées de matériaux solides se détachent, descendent avec le courant, et lorsqu'elles sont arrêtées par l’obstacle que présente la rivière encore gelée dans son cours inférieur, elles s’y accumulent en une embâcle. Ce phénomène s’observe d’ailleurs sur les fleuves des régions tempérées, la Loire, par exemple. Lorsque l'embâcle se brise, une masse effroyable de glace dérive d’un seul coup vers la mer en distribuant sur l’aire assez peu étendue que recouvrent les glaçons pendant la durée de leur fusion, une quantité énorme de matériaux solides arrachés aux rives.

Nordenskiôld* a rencontré dans la mer de Kara les glaces provenant de l’Obi et de l’Iénisséi. À leur approche, l’eau de la mer se trouble et offre la teinte gris jaunâtre de la terre glaise, on croirait que le bâtiment navigue sur un bourbier ; la surface des glaçons est sale et ne présente pas la blancheur immaculée qui caractérise les blocs provenant des glaciers ou les glaces marines qui n'ont jamais été en contact avec la terre ou avec les eaux troubles des rivières.

1 Weith, Chemische Untersuchungen schiweixerischer Gewässer mit Rücksicht deren Fauna, Internationale Fischerei-Ausstellung zu Berlin, 4880, Schweiz, p. 109.

? Middendorff, Sibirische Reise, in de Lapparent, Traité de géologie, p. 299.

# Nordenskiôld, Voyage de la Véga, 1, 167, traduction Rabot.

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