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GLACES DE FOND

Au Canada, l’épaisseur de la glace formée pendant un hiver sur les lacs et les rivières est de 45 à 75 cm; il se produit aussi des glaces de fond qui se chargent de matériaux solides et finissent par filer sur la mer par le Saint-Laurent. S'il survient un ouragan pendant la débâcle, les glaçons sont chassés sur la berge et projetés assez loin dans l'intérieur des terres jusqu’à une hauteur de plusieurs mètres au-dessus de l’eau, et leurs débris de pierres se retrouvent après le dégel entassés en une sorte de chaussée. En même temps, les fonds sont profondément remués. Plusieurs îles ont été ainsi détruites dans le Saint-Laurent. Le même phénomène a été reconnu par Nordenskiôld sur le littoral de la Nouvelle:Zemble; sur la côte méridionale du Jugor Schar et en pluusieurs points du Matotschkin Schar, le rivage présente un talus de blocs de pierres presque ininterrompu qui descend jusqu'à la mer, tandis qu’audessous, le fond de locéan demeure parfaitement uni et sans pierres.

Glaces de fond.--On nomme glaces de fond (Anchor ice, Ground ice, Grundeis) des glaces qui apparaissent subitement à la surface de l’eau. Elles ont une structure poreuse, spongieuse, leur couleur est grise et elles sont toujours plus ou moins chargées de pierres, de sable ou d'herbes marines. On les rencontre dans les eaux douces, lacs et rivières ainsi que sur mer, quoique en général dans des eaux peu salées ; sur les côtes du Labrador, où parviennent les eaux douces du Saint-Laurent ; dans la Baltique, dans ia mer d’Okhotsk*, peut-être à cause de l'Amour dont l'embouchure se trouve au sudouest et dont l’eau est sans doute entraînée assez loin vers le nord par le courant qui remonte vers le nord et suit le contour de cette mer.

Cette glace a-t-elle été formée à la surface d’où elle est descendue au fond pour en remonter ensuite et réapparaître à lair ou bien a-t-elle réellement pris naissance au fond? La question fait depuis longtemps l’objet des discussions des savants ; Plott* en a parlé dès

1 Geikie, Text-Book of Geology, p. 386.

? Middendorff, Sibirische-Reise, t, IV, Are partie, p. 502, èn Nordenskiüld, Voyage de la Véga, 11, 63, traduction Rabot.

# On trouvera un historique très complet dans D' Siegmund Günthef, Lehrbuch der Geophysik und physikalische Geographie, II, 429.

4705 et de nombreux mémoires ont été publiés dont les conclusions sont souvent diamétralement opposées. Nous nous bornerons à exposer les opinions qui présentent le plus de vraisemblance sans nous dissimuler que Si l’existence du phénomène est indiscutable sa genèse est encore loin d’être expliquée d’une manière véritablement satisfaisante.

Lorsqu'un lac ou une rivière présente des {endroits peu profonds, la glace se forme d’abord à la surface, augmente d’épaisseur, arrive jusqu’au fond où elle fixe la vase, les pierres et les cailloux qu’elle cimente dans sa masse. Quand la température s’adoucit, elle se recouvre d’eau liquide et, comme elle est plus légère, il arrive un moment où l'effort qu'elle fait pour s’élever rompt son contact avec le sol et elle remonte avec son chargement de matériaux solides dont elle ne se débarrasse qu’à l’époque où elle fond et après avoir été entraînée souvent fort loin de son lieu d’origine.

Quelquefois aussi, même dans une eau courante, la congélation commence par le fond lorsque l’eau est limpide, les nuits claires et que le fond est parsemé de cailloux brillants qui deviennent le siège d’un rayonnement intense et contribuent à congeler l’eau qui les entoure dont la vitesse est d’ailleurs moindre que celle de l’eau de surface ; la glace englobe les cailloux et les emporte comme précédemment.

On peut encore attribuer le phénomène au mouvement même de l’eau qui permet à celle-ci de se refroidir à plusieurs degrés au-dessous de zéro sans se congeler”. Dans ces conditions, un caillou du fond suffira pour servir de centre de formation à la glace soit en atténuant le mouvement de l’eau soit en jouant le rôle de noyau de cristallisation. La glace prendrait donc naissance sur le lit de la rivière en masses assez considérables pour soulever et {transporter au loin de gros blocs de pierre. On a observé dans la Meuse de ces glaçons ayant jusqu'à 90 em d’épaisseur et il s’en forme dans la Néva sous 35 m d’eau.

On a expliqué les glaces de fond sur la mer en supposant que l’eau salée n’ayant pas de maximum de densité et s’alourdissant à mesure qu’elle se refroidit, les couches supérieures froides descendent au fond où elles se congèlent. Mais, dans ce cas, la glace de mer

! Prestwich, Geology chemical, physical and stratigraphical, I, 192.

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