VIII PRÉFACE
malgré ses faiblesses, malgré l’aridité de la méthode qu'elle employait, ses erreurs mêmes étaient de celles qu’on peut nommer des erreurs fécondes, car elles tendaient à substituer l’impersonnalité et la rigueur du chiffre au vague d'opinions justes ou fausses, dont l’ensemble, discutable et discuté, consütuait ce qu'on connaissait de l’histoire de la terre. Il n’est pas donné à tous de se tromper comme Elie de Beaumont.
Ch. Sainte-Claire Deville, son disciple, appliqua à la géologie non plus les mathématiques mais la chimie. C'était suivre la doctrine du maître. Les recherches sur l’ordre régulier des émanations volcaniques gazeuses, sur la destruction des roches par les volcans, sur la chaleur spécifique du soufre resteront au nombre des belles découvertes de la géologie.
M. Daubrée publia plus tard ses remarquables Études synthé- ‘iques de géologie expérimentale dans lesquelles il employa la mécanique, la physique et la chimie à élucider divers problèmes se rapportant à la terre et, pour ne point mentionner ici d’autres noms, MM. le colonel de la Noë et de Margerie, dans leur ouvrage sur Les formes du terrain, ont récemment étudié en véritables géomètres les traits principaux de l’orographie du globe.
Il existe donc en France une école de géologie expérimentale et précise et nous ne manquons pas de savants à opposer aux savants étrangers. Mohr, l’auteur de la Geschichte der Erde, sous une forme trop souvent agressive et entraîné quelquefois par une théorie qu'il pousse jusqu’à ses plus extrèmes conséquences, ouvre de vastes aperçus sur l’histoire de la terre; Pfaff, aux vues plus variées, expérimentateur habile, dans le titre même de son livre « AUgemeine Geologie als eine exacte Wissenschaft », proclame hardiment sa foi scientifique; Bischof écrit son « Lehrbuch der chemischen und physikalischen Geo-