PLATEAU CONTINENTAL
d’asile à la majeure partie des êtres vivants et spécialement aux poissons dont profite l’industrie des pêches.
Après le plateau continental, entre l’isobathe de 200 mètres et celle de 1000 mètres, le fond se régularise beaucoup ; son escarpement est variable selon les localités. Au large de Noirmoutier, jusqu’à 1000 mètres, la pente est de 0019’; au large de la côte des Landes, de 0034; près du cap Sicié, au voisinage de Toulon, jusqu’à 200 mètres de profondeur, de 3° 49’ et, de là jusqu’à 1000 mè tres, de 19 41°; "au large de la Norvège, elle atteint par places jusqu’à 9095’1. La pente des îlots volcaniques ou corailliens de Océan est bien plus forte, car la Gazelle, à 254 mètres de l’île Amsterdam, a trouvé le fond par 1485 mètres, ce qui donne une pente de 800 environ. On ne saurait mieux comparer ces ilots qu'aux aiguilles qui, dans les montagnes, se dressent presque verticalement et ne sont, en réalité, que des exceptions.
Au delà de l’isobathe de 1000 mètres, le fond de l'Océan se régularise encore davantage ; s’il venait à se dessécher, il offrirait l’apparence des prairies de l'Amérique du Nord ou des pampas de l'Amérique du Sud. Par places, il possède des creux profonds de dimensions variables relativement peu nombreux et surtout dans le voisinage des continents, à une faible distance à l’est du Japon, pour le Pacifique, et à l’est de Porto-Rico pour l'Atlantique.
Notre connaissance du fond des mers présente inalheureusement d'immenses lacunes. L’océan du Nord, l'Atlantique nord, la mer des Antilles et le golfe du Mexique sont presque les seules régions explorées d’une manière suffisante." Bien des travaux restent à accomplir, en particulier dans le Pacifique sud, l'océan Indien et l'Atlantique sud, avant qu’on puisse baser les études diverses de l’océanographie et surtout les courants sur une topographie précise. On sait, par exemple, que le lit de l'océan Arctique est très élevé et se comble de plus en plus par les sédiments apportés par les fleuves; mais on est, pour le moment, incapable de suivre les grandes vallées par lesquelles passeraient, s’ils existaient, les courants profonds qu'on suppose marcher d’une manière constante des pôles à l'équateur. En général, les mers méditerranées et les mers en bordure sont en cuveltes, et seuls le golfe Persique et la mer Vermeille, dont le sol
1 Supan, Grundzüge der physischen Erdkunde, p. 138.
va rejoindre en pente douce et continue celui de l'Océan, n’ont pas leur entrée barrée par un seuil. La Méditerranée se partage en deux bassins séparés par une crête qui s'étend de la Tunisie à la Sicile; l’océan du Nord, examiné par le Vôringen, se divise aussi en cuvettes bornées par des crêtes. Même pour les mers intérieures, les notions manquent de précision. Si, sur la terre, un col étroit apporte de notables modifications au régime des vents d’une région, une coupure dans une crête sous-marine doit en amener de bien plus importantes dans le régime des courants et dans certains phénomènes, tels que la répartition des faunes, qui en sont la conséquence immédiate. La crête Wyville Thomson, entre l'Écosse septentrionale et les Faeroer, règle toute l’économie de l’océan du Nord. Or, une foule d’autres mers sont à peu près absolument inconnues.
Cartes bathymétriques ; méthode Trudelle. — La meilleure facon de représenter le relief sous-marin consiste à en dessiner la carte par courbes d’égale profondeur au-dessous de la surface et qu'on nomme courbes isobathométriques ou isobathes. La configuration du sol apparaît encore mieux si l’on recouvre d’une teinte uniforme, qu'on choisit généralement bleue, les aires comprises entre deux isobathes successives, en augmentant d’autant plus la nuance que les aires sont situées plus profondément. C’est aimsi qu'ont été dressées les cartes du petit nombre d’océans qui ont été . jusqu’à présent étudiés suffisamment L’absence d’une carte topographique générale des océans à grande échelle est regrettable et ne se trouve pas justifiée par le mangue de documents relatifs à certains parages, Car rien n’empêcherait, pour les endroits douteux, de tracer les isobathes en pointillé tout en réservant le trait plein pour les régions à peu près ceriaines, ce qui indiquerait ainsi, graphiquement, le degré de confiance à accorder et les points ayant besoin d’être examinés à nouveau.
L’océanographie trouve cependant une importante collaboration de la part des compagnies industrielles qui s'occupent de la pose des télégraphes sous-marins. Celles-ci fournissent de précieux profils du sol immergé et recueillent de nombreux échantillons de fonds dont la topographie et la géologie océaniques tirent profit. C’est amsi qu'en 1855, la India Rubber, Gutta-percha and Telegraph Company, de Silvertown, a permis à M. Buchanan d’embarquer sur
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CARTES BATHYMÉTRIQUES. 115
le Buccaneer et de relever la topographie sous-marine du golfe de Guinée, à la suite des campagnes faites en 1883 et 1884 par les steamers Dacia, International et Silvertown, chargés de la pose du télégraphe entre Cadix, les Canaries, Saint-Louis du Sénégal, les îles du Cap Vert et Saint-Paul-de-Loanda !. Le plateau télégraphique qui s'étend entre l’Europe et l’Amérique; la Méditerranée, entre la France et la côte d'Algérie, ainsi que bien d’autres océans, ont été étudiés de cette façon.
Nous ne reviendrons pas sur lutilité que présenterait une carte isobathométrique générale du globe. IL n’est, pour ainsi dire, pas une branche de l’océanographie, marées, courants, distribution des sédiments et des températures dont l'étude puisse être achevée avant qu'on ne soit en possession d’un pareil document. Ces cartes ont une application pratique immédiate. M. Trudelle, ancien lieutenant de vaisseau et commandant du paquebot de la compagnie transatlantique la France, a en effet appliqué la méthode des courbes isobathes à l’atterrissage de New-York par temps de brume, à la traversée entre cette ville et Le Havre, le long de la Manche, et à la navigation dans les parages si dangereux du cap Guardafui?. Muni d’une carte où les courbes d’égale profondeur ont été tracées et où les aires isobathes sont marquées d’une teinte uniforme et d’autant plus foncée qu’elles correspondent à une profondeur plus considérable, il s’avance en pratiquant des sondages à intervalles de temps convenables, opération que l’emploi de l’appareil Thomson permet, à bord d’un vapeur, d'exécuter rapidement, facilement et sans ralentir ni modifier la marche. Il se place ainsi dans des limites topographiques telles que par quelques changements de route successifs, ces limites se rétrécissent graduellement et conduisent à une position exacte très voisine du port cherché.
Selon la localité, on se procure des repères, profondeurs ou nature de fond indiquant sans erreur possible les limites de l’espèce de coulisse ou de corridor dans lequel on doit se mouvoir. Le procédé
‘ The Exploration of the Gulf of Guinea, by J. Y. Buchanan, The Scott. geogr. Magazine, IV, 177, 1888.
? Voy. les ouvrages suivants de M. Trudelle, ancien lieutenant de vaisseau, capitaine du paquebot de la Compagnie générale transatlantique la « France » : New-York; Atterrissage à la sonde pour les bâtiments à vapeur. — La Manche; Alterrissage et navigation des bâtiments à vapeur par temps de brume. — Essai sur l'emploi de la sonde dans les environs du cap Guardafui.
donnera des résultats d’autant meilleurs que ce corridor sera plus large à son embouchure, en arrivant sur les atterrages ; mais, quel qu'il soit, il se rétrécira de plus en plus jusqu’à se transformer en une ligne, puis en un point déterminé, celui de l’arrivée.
La connaissance de la profondeur de la mer au-dessus de laquelle il flotte pendant des modifications de route précises et de direction déterminée, permettra au navire d'estimer sa position avec une exactitude de plus en plus grande. Il se placera dans une suite de lieux géométriques de moins en moins étendus à mesure qu'il se rapprochera davantage du point d'arrivée, l’incertitude de sa position réelle diminuant toujours et finissant par se convertir en une certitude. Dans le choix des repères, la connaissance des particularités locales jouera, d’ailleurs, un rôle important ; les courants, le sens habituel des erreurs commises en atterrissant, les causes de ces erreurs, si on peut les découvrir, car il en existe toujours une ou plusieurs, seront autant de particularités à étudier pour corroborer les indications topographiques et en tirer des considérations qui guideraient le navigateur dans ses recherches.
Terminologie du relief sous-marin. — La terminologie du relief sous-marin laisse à désirer car elle prête à une certaine confusion. Il y aurait un intérêt immédiat pour le développement de la science de l’Océan à ce que les différentes nations se missent d'accord pour le choix des termes à adopter et leur traduction dans les diverses langues. Pour nommer les localités sous-marines, on a choisi des noms géographiques, des noms de personnes, marins ou savants, et des noms de vaisseaux.
Bien que des noms géographiques soient toujours préférables parce qu'ils rattachent l’accident qu’on veut désigner à une région d’une connaissance courante, il n’existe aucun inconvénient à prendre des noms d’hommes ou de vaisseaux. Mais il y en a davantage à ne pas s’entendre sur le choix du terme servant à déterminer la nature même de l'accident. Avec Supan?, nous appellerons les élévations plateaux (Plateaux) lorsque leur longueur et leur largeur ne difiére-
1 J. Thoulet, Considérations sur la structure et la genèse des bancs de Terre-Neuve, Bull. de la Société de géogr. de Paris, t. X, 4889. * Supan, Grundzüge der physischen Erdkunde, p. 135.
ront pas notablement entre elles, et crêtes (Rücken, ridges) lorsqu'elles seront allongées ; les bassins (Becken) seront les dépressions prineipales dont les portions les plus profondes seront les gouftres (Tiefen); enfin, les dépressions restreintes seront simplement des creux ou des fonds (Senkungen). Nous connaissons déjà la valeur du terme plateau continental (continental Shelf, Flachsee).
Topographie des lacs. — Les données hydrographiques qui caractérisent un lac sont la position géographique déterminée par la latitude et la longitude d’un point important situé sur ses bords, l'altitude, la forme, la superficie, le relief immergé, le volume d’eau, la superficie et le modelé du bassin d'alimentation, c’est-à-dire la pente du terrain, au moins dans le voisinage immédiat du lac ; enfin, le nombre et le régime des affluents.
Le relief des lacs est en général assez simple à cause des mêmes raisons qui font que le relief des océans est moins compliqué que celui des continents sans cesse modifié par les phénomènes d’érosion dus aux agents atmosphériques. Un lac peut être considéré comme formé de trois parties distinctes: le littoral ou région des côtes, Le talus et le fond :.
Le littoral présente le relief le plus compliqué. Les alluvions apportées par les rivières et celles qui proviennent de l'érosion de la rive constituent d’abord (fig. 26) la grève ef alternativement émergée et submergée selon les variations du niveau de l’eau ; puis, elles s’accumulent sur une largeur atteignant parfois plusieurs centaines de mètres et forment alors ce qu’on désigne dans le Léman sous le nom de beine et dans le lac de Neuchâtel sous celui de blanc-fond. La beine est composée de deux parties :
la beine d’érosion ed creusée dans la rive par les vagues et la beime d’alluvion de résultant du transport des matériaux enlevés dans le
! F.-A. Forel, La Faune profonde des lacs suisses, mémoire couronné par la Société helvétique des sciences naturelles ; Georg, Genève, 1885.
creusement de la beine d’érosion. La profondeur de cette dernière est différente selon la puissance des vagues, fonction elle-même de la dimension du lac et de l'orientation de ses divers points. Dans le Léman, elle est de 2, 4 et 6 mètres au-dessous des eaux moyennes.
En avant de la beine, se trouve le mont cb, se continuant par les talus ou flancs ba, dont la pente plus ou moins considérable dépend beaucoup de la nature géologique du bassin lacustre. Au lac de Genève, elle atteint en certains erdroits 559, en d’autres de 450 à 250 ; mais le plus souvent elle ne dépasse pas 5° ou 100. Dans les lacs montagneux, il arrive fréquemment que les talus les plus abrupts correspondent aux points où les montagnes bordant le bassin possèdent les pentes les plus fortes.
Le fond d’un lac est presque toujours une plaine parfaitement unie. Cependant, il arrive aussi que le fond est coupé par des seuils, comme dans les lacs des Quatre-Cantons!, de Zurich, de Constance, de Lugano, de Côme et celui d'Annecy, en France, qui présentent deux ou plusieurs cuvettes. Ces partages offrent un grand intérêt parce qu'ils sont en relation avec les phénomènes de seiches ; ils modifient les vibrations de l’eau en imposant des positions déterminées aux nœuds et aux ventres de vibration absolument comme une ouverture pratiquée dans un tuyau sonore modifie le son émis par celui-ci. D’autres fois, le lac se divise en deux parties : l’une profonde, faisant face à l'entrée de l’affluent principal et souvent désigné sous le nom de grand lac; l’autre basse, du côté de la sortie de Paffluent et qu’on nomme petit lac. Les deux portions se raccordent par un talus formant barre, comme M. Forel l’a reconnu entre Promenthoux et Yvoire? ou Nernier, sur le Léman. où il l’identifie avec une moraine glaciaire.
Le débouché des affluents dans les lacs présente un intérêt particulier. Selon le cas, il existe, immédiatement à l’embouchure du fleuve, un delta ou accumulation de matières solides transportées, ou bien un chenal ou ravin sous-lacustre# comme celui du Rhône
1 F.-A. Forel, Carte hydrographique du lac des Quatre-Cantons. Étude de géographie physique. Archives des sciences physiques et naturelles de Genève, 3° période, t. XVI, uillet 1886.
: FA. Forel, La barre d'Yvoire au lac Léman, Bull. de la Société vaudoise des sciences naturelles, XXIE, 9%.
5 F.-A. Forel, Le Ravin sous-lacustre du Rhône dans le lac Léman, Bull. de la Société vaudoise des sciences naturelles, {, XXTIT, 4887.
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dans le lac de Genève et du Rhin dans le lac de Constance. Un phénomène analogue se produit dans l’Océan, par exemple à l’embouchure du Congo, dans le golfe de Guinée 1.
Lorsqu'on aura obtenu les cotes de profondeur, on les ramènera au zéro de l’étiage, s’il est connu, et on les joindra par des courbes isobathes dont l’écartement variera selon l'importance du lac. On les indique ordinairement de 5 m en en 5 m ou de 10 m en 10 m, selon la dimension du lac, et on colorie les aires d’égale profondeur en teintes bleues croissant d’intensité avec la profondeur.
‘J.-Y. Buchanan, The Exploration of the Gulf of Guinea, {he Scot geog. Magaz, IV, 177, 1888.