DÉPOTS D’ABIMES
Argiles grises et rouges, fragments minéraux de 0,05" de diamètre.
En résumé et sauf exceptions locales, on voit que les galets partent du rivage, que dès le moment de leur immersion ils sont soumis à des actions mécaniques, à des actions physiques de dissolution et à des actions chimiques; que la résultante de ces actions est :
1° La diminution successive de la grosseur des fragments ;
20 Leur marche continue vers la haute mer;
30 La transformation des silicates en argile, dernier terme de leur décomposition ;
40 L’oxydation continue du fer des silicates se manifestant par l'aspect des vases qui passent successivement de la couleur grise ou
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e 184 MINÉRALOGIE ET GÉOLOGIE.
verte à la couleur bleue, puis à la couleur rouge, cette dernière correspondant à un maximum de stabilité du fer à l’état de peroxyde. Deux actions antagonistes s’accomplissent au fond des eaux, l'une destructive des dépôts par les procédés indiqués précédemment; l’autre créatrice par l’afflux continuel d'éléments solides nouveaux (êtres vivant et mourant à la surface, poussières, coraux, résultats d’érosion), ainsi que par les phénomènes de précipitation chimique. Les dépôts actuels sont la somme algébrique de ces deux modes d’action. L’étude détaillée de chacun de ces phénomènes, étude possible quoique à peine encore abordée, conduira infailliblement à la connaissance de la loi générale des dépôts, à la géologie sous-marine et, comme conséquence immédiate, à la géologie continentale rationnelle et appuyée sur des chiffres et des mesures. Pour traiter d’une façon complète l’étude de la géologie sousmarine, il y aurait lieu d'exposer toutes les données que possède la science et citer celles qu'elle ne possède pas encore sur l’ensemble des phénomènes concourant à la formation des fonds marins: Certains de ces phénomènes sont physiques ou chimiques, par exemple la solubilité et la précipitation des roches au sein des eaux douces et salées, l'attraction que les solides exercent sur les solides dissous, la diffusion, l’influence de la pression; d’autres sont mécaniques, comme l’usure exercée sur les roches par les eaux en mouvement, le transport et la distribution des sédiments par les courants, leur vitesse de chute, l’instabilité des talus de: matières meubles dans un liquide. Il conviendrait aussi de résumer les diverses théories proposées pour expliquer la répartition des sédiments, et qui sont généralement basées sur l’action des courants. Chacune de ces questions mérite d’être étudiée à part et la presque totalité des lois qui les régissent sont encore inconnues. Lorsqu'on saura par exemple la vitesse avec laquelle descend à travers l’eau un être microscopique déterminé, on comparera cette donnée à la solubilité dans l’eau salée de la matière qui compose la carapace, et on en conclura si la durée de la descente est suffisamment longue pour permettre à cette carapace d’arriver au fond avant d’être dissoute. Il est certain que, à mesure que la profondeur augmente, les coquilles de ptéropodes et d’hétéropodes disparaissent les premières, puis les foraminifères de surface les plus délicats et, enfin, les plus gros et les plus pesants. On sait encore que plus ces coquilles sont nom-
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breuses et plus est considérable la profondeur à laquelle elles s’accumulent sur le fond. En règle générale, une vase à ptéropodes ou à globigérines se rencontrera dans des eaux, plus profondes sous les tropiques que dans les régions tempérées. Entre 4500 et 5000 mètres, la disparition du calcaire est partout à peu près complète.
Il convient de remarquer que, bien que la différence des divers dépôts soit parfaitement marquée dans les échantillons typiques, ceux-ci passent des uns aux autres par degrés insensibles sans qu'il existe entre eux de ligne de démarcation tranchée, de sorte qu’il est souvent assez difficile de déclarer si un échantillon donné est une vase à globigérines, à ptéropodes, une boue bleue, verte ou coraillère. Une argile rouge possède une composition presque identique à celle du résidu laissé par une vase à globigérines après suppression des organismes calcaires, et elle ressemble souvent à une vase à radiolaires, car il n’existe entre ces deux dépôts d’autre différence que la plus ou moins grande abondance de spicules et de squelettes de radiolaires. Si le dépôt contient plus de 25 p. 100 de ces restes siliceux, on l’appellera vase à radiolaires, tandis qu’une moindre proportion lui fera donner le nom d'argile rouge.
En outre, le fond de la mer n’est pas constitué, comme certains auteurs avaient supposé, d’une sorte de gelée présentant de haut en bas une consistance de plus en plus compacte. La surface du sol sous-marin est aussi nettement délimitée que le dépôt qui se fait au fond d’un vase après un long repos. Le Challenger a recueilli à la drague !, par 3 566 mètres au sud-ouest de l'Australie, par 5305’ latitude sud, et 106° 15’ longitude est, des fragments de gneiss en partie enfoncés dans le sol sous-marin composé de vase à diatomées, et sur lesquels la profondeur à laquelle ils y pénétraient était marquée par une ligne très nette. Les portions au-dessus de la surface du dépôt offraient un léger enduit d’oxyde noir de manganèse et étaient couvertes de foraminifères (Hyperamnia vagans), d’actinies, d’annélides et de polyzoaires.
U serait très utile de dresser des cartes géologiques sous-marines. Jusqu’à présent, fort peu ont été faites et elles ne se rapportent qu’à une faible portion du lit océanique. Schmelck a dressé celle de
! John Murray, On marine deposits in the Indian, Southern and Antarctic Oceans, The Scot. Geogr. Magaz., t. IV, p. 426, 1889.
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