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l'Atlantique septentrional ! et pour donner une idée aussi exacte que possible des fonds, il l’a coloriée avec les vases mêmes de ces fonds broyées avec de la gomme. Cette méthode offre le désavantage de donner des teintes trop peu dissemblables, qui produisent une confusion. Delesse ? a publié, en 1866, des cartes géologiques ou lithologiques des mers avoisinant la France, des mers d'Europe, et de celles baignant les côtes de l'Amérique septentrionale. Quel que soit leur mérite — et elles possèdent le plus grand, celui d’avoir montré la voie à suivre — on doit aujourd’hui considérer ces cartes faites antérieurement aux expéditions du Challenger, du Vüringen, de la Gazelle, du Talisman et du Zravailleur, comme des essais préliminaires plutôt que comme des documents définitifs. Récemment, Les officiers américains du Coast and Geodetic Survey, continuant œuvre commencée par Pourtalès, ont dressé la carte géologique de la partie nord-ouest de l’Atlantique, depuis Terre-Neuve jusqu’à l’embouchure de f’Orénoque; ils y ont marqué, par des nuances très tranchées, treize variétés différentes du sol sous-marin 3. Enfin, M. Jobn Murray vient de publier la carte des fonds des océans Indien et Antarctique. Au point où la science en est arrivée, il y aurait avantage à étudier d’une manière complète un coin de mer, si petit qu'il soit, car en agissant autrement on risque d’éparpiller ses efforts; les explorations ‘futures ne devraient désormais s'attaquer qu'à des localités circonscrites.
Une difficulté considérable serait aplanie si, dès à présent, on s’accordait sur la signification exacte des termes à employer. En effet, on se sert indifféremment en français des mots presque synonymes vases, boues, argiles, comme en anglais des mots 007e, mud, clay. Peut-être pourrait-on adopter les mots boues pour les sédiments littoraux pulvérulents, vases pour les dépôts profonds, et argiles pour les dépôts d’abîmes. L'étude chimique des divers sédiments viendrait ensuite, sinon préciser d’une facon absolue, du moins diminuer dans la mesure du possible le vague actuel des locutions.
Les eartes géologiques sous-marines rendraient de précieux ser-
1 L. Schmelck, Loc. cit.
2 Delesse, Lithologie du fond des mers.
* À. Auassiz, Three Cruises of the U. S. Coast. and Geodetic Survey steamer « Blake », 1, 286.
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vices pratiques à la navigation. En superposant deux cartes, l’une sur papier transparent et représentant, par exemple, la bathymétrie par courbes de niveau teintées d’après la profondeur, la seconde, une carte géologique donnant les aires recouvertes de roches, de sables, de vases, de sables vasards ou coquilliers, pour employer les termes en usage sur les cartes marines, un navire dans le voisinage des côtes, par un seul coup de sonde rapportant un échantillon du fond, aurait beaucoup plus de chances de préciser sa position, en temps de brume, qu'il ne le peut actuellement t. L’indication des profondeurs et de la nature du fond par points isolés est insuffisante; elle servira à dresser les cartes géologiques et bathymétriques par courbes et teintées ; mais ces dernières seules, par la non-concordance des couleurs superposées, laisseront reconnaître immédiatement la position du navire. A tout le moins, leur inspection permettra d’un seul coup d’œil de restreindre le nombre des positions possibles, de sorte qu'il suffira, s’il reste encore un doute, de s’avancer dans une direction connue, d’une distance connue et de sonder ensuite pour être alors fixé d’une façon définitive. Cest du reste, avec une part plus considérable faite à l’observation de la nature du fond, la méthode que le commandant Trudelle a appliquée à la navigation de la Manche, à l'entrée de New-York par,temps de brume et aux parages du cap Guardafui. La superposition des deux teintes restreint l'incertitude jusqu’à en faire presque une certitude. La profondeur et la nature du fond sont en quelque sorte deux coordonnées physiques de la position cherchée et elles sont susceptibles, en cas de nécessité, de remplacer les coordonnées astronomiques. Quant à l'intérêt purement scientifique que présenteraient de pareilles cartes pour la connaissance des lois qui régissent la distribution des sédiments âu sein des océans, il est de toute évidence.
Géologie du fond des lacs. — Le sol du fond d’un lac est en général un limon à l’état de poussière minérale impalpable, apportée par les affluents et dont la nature chimique varie avec la constitution géologique du bassin d'alimentation de ce lac. Le limon est une
13. Thoulet, Considérations sur la structure et la genèse des bancs de Terre- Neuve, Bulletin de la Société de géographie de Paris, 4889.
argile souvent ferrugineuse, plus ou moins mélangée de calcaire, c’est-à-dire une véritable marne, et contenant aussi des matières végétales qui, en se décomposant, opèrent la réduction des oxydes de fer. Lorsqu'on emploie pour recueillir les échantillons des appareils qui agissent comme des emporte-pièces et découpent un cylindre dans la vase, il n’est pas rare d'observer que la portion supérieure du témoin est colorée en rouge ou en jaune plus ou moins brun, ce qui indique que le fer y est peroxydé, tandis que sa portion inférieure est bleuâtre parce que le fer y est seulement à l’état de protoxyde.
On trouve dans le limon du sable siliceux fin, des grains de gravier entrainés par les crues des affluents ou apportés par les glacons qui, en hiver, se forment près des bords, cimentent le sable et les cailloux puis, au moment de la débâcle, se détachent et sont entraînés au large où ils fondent en laissant tomber leur chargement solide.
On rencontre encore des pierres d’un volume parfois considérable, des fragments de grosseurs diverses de coke, de houille, de cendres et d’escarbilles qui, dans les lacs parcourus par des bateaux à vapeur, proviennent des fourneaux des chaudières. Ces grains sont caractéristiques; ils se trouvent aussi bien dans la mer, au-dessous des routes fréquentées, qu'au fond des eaux douces. Le prince Albert de Monaco en a dragué de gros morceaux sur les bancs de Terre-Neuve et l’on en a recueilli dans tous iles lacs de Suisse.
M. Forel : divise les dépôts lacustres en quatre types : argileux (lacs du Caucase); marneux-argileux (Léman, lacs de Walenstadt, de Zurich, de Constance) ; marneux-calcaire (lac de Neuchâtel) et calcaire (lac de Joux). Chacun de ces types offre quatre facies : limoneux, vaseux, c’est-à-dire avec grande prédominance de matière organique, micacé et sableux.
Les dépôts organiques sont des incrustations tufoïdes formées dans la région littorale par des algues incrustantes (lacs de Neuchâtel, de Zurich, de Constance), des dépôts calcaires dus à des plantes dont les tissus s’imprègnent de carbonate de chaux, des poussières organiques, débris d’animaux et de végétaux.
1 F.-A. Forel, La Faune profonde des lacs suisses, Mémoire couronné par la Société …
helvétique des sciences naturelles, 1885.