CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA CONSTITUTION CHIMIQUE DE L'EAU DE MER
Les chimistes ont exécuté une infinité d’analyses d’eaux de mer que rien n’empêcherait de réunir pour en former un tableau indiquant la composition des diverses mers; mais lutilité serait médiocre, et la rigueur apparente des chiffres tendrait plutôt à induire en erreur. L'analyse d’une eau de mer présente la plus extrême complication; on n’est pas certain de la nature des combinaisons formées par les sels, et la présence simultanée de ceux-ci dans le même échantillon peut donner naissance, pendant l'analyse même, à des réactions multiples sur lesquelles on discute encore En outre, les procédés employés par les divers chimistes étant souvent différents, il en résulte une difficulté de plus dans la comparaison des résultats obtenus.
On a admis en principe que la composition de l’eau de mer ne différait que très peu, pourvu que l'échantillon fût pris en plein
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Océan, et l’on s’est basé sur cette hypothèse pour évaluer les éléments composants uniquement d’après le dosage d’un seul d’entre eux. le chlore; on a supposé que l'unique variation provenait d’un mélange plus ou moins considérable d’eau douce. Une telle assertion est inexacte. En effet, s’il en était ainsi, les dosages directs et complets exécutés par un même auteur sur divers échantillons devraient donner des résultats identiques, c’est-à-dire que dans une analyse quelconque, les quantités de chaque sel devraient être les mêmes que dans une autre analyse, multipliées par un coefficient constant indiquant la proportion d’eau douce mélangée à l’ensemble invariable des sels. Or, il n’en est rien. Forchhammer! à remarqué l'existence de ces faibles variations dans la proportion des éléments composants. M. Schmelck?, reprenant ensuite la question, a cherché, en répétant plusieurs fois l'analyse d'un même élément, chaux, magnésie et acide sulfurique, dans un même échantillon d’eau, la valeur de lPerreur expérimentale, et il a constaté qu’elle était toujours inférieure aux variations observées par lui dans les divers échantillons qu’il avait analysés par les mêmes procédés. Dans une masse d’eau vaste comme l’Océan, dont toutes les parties en communication mutuelle sont brassées par les courants et les vagues, les différences ne peuvent être considérables ; mais elles existent néanmoins et, dans leur petitesse, elles sont précisément adéquates aux causes qui les ont provoquées et dont on veut rechercher la connaissance qu'on ignore.
La facon dont les auteurs énoncent les lois conclues à l’aide des résultats fournis par les analyses donne une preuve à l’appui de ces assertions ÿ.
I. La teneur en sel de la mer augmente, en général, à mesure qu'on s’avance des côtes vers la haute mer, par suite de l’afflux des eaux douces provenant des fleuves.
IT. La teneur en sel de l’eau de mer est maximum dans les deux zones des vents alizés, minimum dans la région des calmes équatoriaux et, en général, elle augmente depuis les hautes latitudes jusqu’au milieu des zones des alizés.
‘ Justus Roth, Allgemeine und chemische Geologie, 1, 492.
L. Schmelck, On the solid malter in sea-water, The Norw., North-Atl. Exped. 4876-78.
* Boguslawski, Handbuch der Ozeanograplie, 1, 134.
IT. La teneur en sel dans les océans et dans les mers isolées dépend du degré de Pévaporation et de la quantité des précipitations aqueuses ; elle est en relation avec les courants régnant à la surface et dans les profondeurs; c’est un facteur important de la circulation océanique.
IV. La teneur en sel de lOcéan est un facteur considérable de l'existence, du développement et de la diffusion des êtres organisés marins.
Ces quatre lois sont tellement évidentes qu'elles ne pouvaient manquer d’être vérifiées; on aurait pu les énoncer à priori. Les nombreuses et laborieuses analyses qui en ont précédé l’énoncé ont donc négligé forcément les très minimes différences qui. par leurs variations, auraient conduit à la découverte de lois plus précises.
Il importerait äussi beaucoup de savoir si la composition de l’eau de mer à varié dans la suite des âges géologiques, ou même si elie varie de nos jours d’un siècle à l’autre. Or cette question ne peut avoir une solution, puisque la composition de l'Océan actuel est établie en comparant, chacune pour sa valeur, des analyses faites dans diverses mers, alors qu'il faudrait en totaliser les résultats supposés exacts proportionnellement aux aires ou aux volumes occupés par des eaux de composition différente. Du reste, M. Dittmar! le reconnaît lui-même, car, dit-il, « un peu de réflexion montre qu'un « nombre d'analyses, quelque grand qu’il soit, ne permettra jamais « de calculer, avec un degré quelconque de certitude, la salinité « moyenne de l'Océan, et il en est de même du rapport de l’eau à la « somme totale des sels qui y sont dissous. » Malgré cet aveu, il admet néanmoins que l’eau de l'Océan a partout, pratiquement, la même valeur.
Dans les différentes parties du globe, la mer est soumise à des influences diverses, évaporation très forte dans les zones tropicales, pluies des régions tempérées, fonte des glaces dans les contrées polaires, qui modifient la composition de l’eau, détruisent ainsi l'équilibre de sa surface et obligent les molécules mobiles de l’eau à chercher à rétablir cet équilibre en donnant naissance aux courants marins.
Un courant doit donc, sinon sur la totalité, du moins sur un
1 Dittmar, loc. cit., p. 201.
espace assez étendu de son parcours, être constitué par une eau ayant une composition à peu près semblable qui la distingue des eaux environnantes au milieu desquelles elle se fraye un passage. « Tracer sur une carte avec exactitude, comme le dit M. Dittmar!1, « les courants qui sillonnent l'Océan et déterminer leur vitesse est « le plus important problème de l’océanographie générale et, sans « aucun doute, la solution en serait grandement facilitée si l’on pos- « sédait une représentation correcte et complète des surfaces de « contour d’égale salinité. » Une telle carte serait impossible à tracer si chaque échantillon d’eau, dont il faudrait prendre des milliers non seulement dans toutes les mers du globe, mais encore au même point, à des époques différentes de l’année, devait être analysé d’une facon complète.
Heureusement, il n’en est pas ainsi ; il suffit d’une valeur approchée où l'erreur d'observation soit inférieure aux différences de composition qu'il s'agit de reconnaître. La formule Q — /S1i7.5 — 1 151.9
17.5 n’exige que la mesure d’une densité et fournit une donnée, la salinité, caractéristique d’une eau déterminée. C’est ainsi que les savants de l'expédition norvégienne et M. Bouquet de la Grye, en France, ont tracé des cartes d’égale salinité de l'Océan. Il est vrai qu'il serait
plus simple de construire des surfaces d’égal poids spécifique, Suy.s
ou, plus généralement, S ;, et en même temps, un peu plus exact, on
car on s’affranchirait de la légère incertitude qui règne sur la valeur
précise de la constante 131.9.